Charles et Marie* ont augmenté la taille de leur troupeau porcin pour améliorer les revenus de l’entreprise et verser un salaire à temps plein à Jean, leur fils aîné, qui désire prendre la relève. Une fois le transfert complété, les parents comptent en tirer un bon montant pour leur retraite tout en laissant les moyens à Jean de bien gérer l’entreprise.

*noms fictifs

Le transfert, débuté en 2001, sera complété en 2009. « L’aspect pécuniaire est important, mais il faut savoir être équitable pour que le processus de transfert se fasse dans l’harmonie, dit Jacques Giguère, directeur de comptes agricoles au CFE Desjardins Chaudière-Nord. Il faut également bien planifier et bien structurer chaque étape du transfert. »

Dès que Charles et Marie ont su que leur fils comptait prendre la relève de l’entreprise, ils ont entrepris d’augmenter la taille du troupeau. Le fait d’échelonner la croissance du cheptel sur plusieurs années a permis à l’entreprise de mieux gérer la progression de la dette.

Les parents et la relève, avec l’aide de leur directeur de compte, ont également pris soin de bien évaluer le potentiel de transférabilité de l’entreprise, c’est-à-dire le montant que pourra leur apporter la vente de celle-ci, en prévision de leur retraite, sans toutefois compromettre la viabilité de l’entreprise.

« Le défi est de faire en sorte que le nouvel endettement, au lendemain de la vente à la relève, laisse une marge excédentaire acceptable pour assurer la rentabilité et permettre la continuité, voire même du développement, explique M. Giguère.

Dans le porc ça demande plus de marge de manœuvre que dans le lait par exemple, parce qu’il y a plus d’impondérables. »

L’étape suivante consistait à déterminer le revenu nécessaire au moment de la retraite afin de répondre à leurs objectifs.

Le conseil que M. Giguère donne à ses membres est de ne pas envisager la vente de l’entreprise comme étant l’unique source de revenus pour la retraite en agriculture. « Depuis plusieurs années, nous encourageons les producteurs à prendre des REER, à faire des placements pour bonifier le
montant qu’ils recevront une fois la ferme vendue. »

Dans certains cas, il faut également prévoir l’achat ou la construction d’un deuxième lieu
d’habitation, soit pour les parents ou pour la relève.

Un montant moindre…
Le marché étant ce qu’il est, la rentabilité et la liquidité des entreprises laissent peu de marge de manœuvre à la relève pour rembourser les parents.

Dans le cas de Charles et Marie, la vente de l’entreprise va toutefois permettre de combler les besoins de retraite des parents. « Voilà l’importance d’une bonne planification et de prendre les bonnes décisions à toutes les étapes du long processus de transfert », souligne M. Giguère. Toujours actifs à la mi-cinquantaine, les parents ont décidé de continuer à travailler à la ferme en tant qu’employés après huit années de cogestion. Ceci constitue pour eux un revenu complémentaire. Selon M. Giguère : « Il ne s’agissait pas ici d’un simple transfert des tâches, mais également des responsabilités de l’entreprise vers la relève. »

En 2001, Charles et Marie ont cédé la maison de ferme lors de la première étape du transfert. Se
servant du droit acquis en territoire agricole, ils ont construit une deuxième résidence sur un lot adjacent à la ferme. Celle-ci ne sera pas incluse dans la vente de l’entreprise.

Le souci d’être équitable
Charles et Marie ont toutefois deux autres enfants à charge. Ils aimeraient bien pouvoir les aider comme ils l’ont fait avec leur aîné.

« Tous les intervenants vous le diront, c’est la grande inquiétude de tous les parents, selon M. Giguère. Ils savent que s’ils donnent 400 000 $ à celui qui reprend la ferme, ils ne pourront pas donner le même montant aux autres. Mais être équitable avec ses enfants ne veut pas nécessairement dire leur donner le même montant. Être équitable peut également vouloir dire : les aider à s’accomplir pleinement, à réaliser leur rêve, leur projet de vie. » Les 25 000 $ versés pour payer les frais de scolarité d’un enfant, pour faire une mise de fonds sur une maison ou un commerce peuvent avoir un impact aussi grand dans sa vie que les 400 000 $ déboursés à celui qui voulait s’établir en agriculture, mais qui devra travailler 70 heures par semaine en raison des exigences du métier.








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