Le premier mois de l’année est rarement le plus attendu. C’est tout le contraire toutefois pour la plupart des propriétaires d’érablière.

« Ce mois me fait rebondir! » s’exclame Cécile Brassard-Pichette, vice-présidente de Citadelle. Il annonce une période bien arrosée et bien sucrée!

Lors de notre passage chez elle, l’acéricultrice nous montre fièrement son refuge où, avec son conjoint Jean-Robert Pichette, elle se retrouve tout le printemps durant pour y évaporer la coulée provenant de 4000 entailles. L’acquisition de l’érablière voisine, par le plus jeune des fils, est venue doubler le nombre d’entailles.

Native de Saint-Lin–Laurentides, Cécile devra, en 1990 – soit dix ans après l’acquisition de l’érablière –, faire face à une dure réalité : son conjoint est atteint de sclérose en plaques et ne peut plus exercer son métier. En prime, il doit se faire opérer pour un cancer de la vessie. Le temps des sucres passé, elle annonce à ses deux garçons, alors âgés de 10 et 14 ans, la possibilité de vendre l’érablière de 2000 entailles. « Ils ont pleuré et m’ont promis tous les deux qu’ils allaient travailler fort pour remplacer papa… Malgré les apparences, se rappelle Cécile, je sentais que ce coin de forêt allait devenir une soupape pour toute la famille. »

Mère de quatre enfants et occupant un poste d’enseignante à l’école primaire du village, Cécile passera douze printemps, de 1990 à 2002, à jongler avec la coulée des érables et la remise du troisième bulletin. « Même si Jean-Robert m’a toujours accompagnée, j’ai dû apprendre rapidement les rudiments du métier! »

Tout en sourire, Cécile jase de la coopérative Citadelle dont elle est vice-présidente depuis un an, mais active au sein du conseil d’administration depuis 1992. « Ce poste m’a aidée à bien comprendre le rôle social d’une coopérative, témoigne-t-elle. Je trouve bien dommage qu’il soit si peu connu. Le sentiment d’appartenance s’est effrité avec les années. Le “nous” s’est perdu. C’est un peu comme si la jeune génération n’adhérait plus à ce “nous” qui est pourtant porteur de si belles valeurs de solidarité. »

À la retraite de l’enseignement, depuis 2002, Cécile dispose d’un peu plus de temps pour bien gérer l’érablière, s’occuper de son monde et donner du temps à Citadelle. « C’est une bougie
d’allumage pour les autres, concède son conjoint, une organisatrice hors pair. C’est elle qui, en 2005, a été présidente du comité organisateur du colloque annuel du conseil nord-américain du sirop d’érable. Une réussite sur toute la ligne! »

Depuis près d’un an, l’acéricultrice fait partie de l’organisme SOCODÉVI avec lequel elle a eu l’occasion de se rendre au Mali. « J’ai eu le bonheur de rencontrer des femmes fabriquant du beurre de Karité et de réfléchir avec elles sur des manières d’améliorer la commercialisation de leurs produits. »

Tout au long de notre entretien, Cécile Brassard-Pichette racontera différents passages de sa vie en soulignant la sainte protection de Notre-Dame des érables dont la statuette enjolive l’entrée de la cabane à sucre. « Il y a des temps où il ne faut pas lâcher prise et accepter ce qui nous arrive. Avec le recul, je constate que la cabane à sucre demeure un lieu privilégié pour apprécier la nature et se retrouver en famille », précise-t-elle en me montrant une photo de ses petits-enfants, Émile et Camille.


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