Une vieille affaire l’Ordre national du mérite agricole? Tout de même, quand un concours affiche ses 119 ans, il y a risque que ceux et celles qui le recherchent affichent leurs rides? Pas vraiment, a-t-on pu constater en interrogeant deux postulantes des dernières années. Même qu’on pourrait en conclure que bien des jeunes producteurs québécois des régions de Montréal, Laval, Laurentides-Lanaudière et de l’Outaouais – les territoires auxquels s’adresse le concours en 2008 – doivent actuellement presser leurs parents de présenter la candidature de leur entreprise d’ici le 1er mai afin de figurer au tableau d’honneur.

« Ma mère m’avait avertie que si notre entreprise devait être en lice pour l’Ordre national du mérite agricole, c’était à moi seule de travailler sur le document de candidature, relate Isabelle Caron, la jeune actionnaire de 27 ans des Serres Caron, de L'Islet-sur-Mer. Je n’ai pas hésité longtemps. Je trouvais que c’était une excellente façon de faire le point sur notre entreprise et de réfléchir à ses possibilités. De plus, ce fut assez aisé de compléter notre dossier et je n’ai pas hésité à me tourner vers notre conseillère du MAPAQ lorsque les questions me laissaient perplexe. Elle m’aiguillait vers le type de réponses désirées. J’ai participé à bien d’autres concours dont l’inscription était beaucoup plus ardue et nécessitait plus de temps. »

Cybel Dubuc, des Jardins I.E.C. Dubuc de Saint-Édouard-de-Napierville, partage cet avis : « Nous voulions savoir, mon frère Ian et moi, par les yeux d’autrui, ce que nous pouvions améliorer, indique la jeune mère de 28 ans. Le dossier à prépa-rer n’était pas vraiment complexe, je n’ai même pas eu besoin d’aide de quiconque pour le finaliser. »

La rencontre avec les jurés s’avère donc le moment clé de cette participation à l’Ordre national du mérite agricole. Cybel Dubuc, pour une, se rappelle ce passage à l’été 2005, alors que les visiteurs ont fait un tour complet des champs de la ferme – les Jardins I.E.C. Dubuc sèment des carottes et des oignons –, de ses entrepôts et des lieux environnant les résidences des membres de la famille.

« Nous avons présenté l’historique de l’entreprise pendant la visite de nos serres, raconte Isabelle Caron. Puis, nous nous sommes retrouvés dans notre bureau pour présenter nos procédures administratives et exposer nos états financiers.
 
Isabelle Caron, son frère Jean-François
et leur mère Denise Deschênes

J’ai aussi présenté une vidéo qui illustrait mieux les serres lorsque nous nous trouvons en pleine production. J’avais pris le temps de filmer au préalable, mais rien de très sophistiqué. Mais surtout, nous avons beaucoup discuté. Ils nous ont fait voir des choses sous certains angles que nous n’avions pas considérés. J’ai également abordé le projet d’expansion de notre volet de marché de détail auquel je travaille; nous avons examiné le plan d’affaires que j’avais élaboré.

Ils ont rapidement convenu que c’était un bon projet et que nous devions aller de l’avant rapidement. Cela nous a conforté, ma mère, mon frère Jean-François et moi, surtout par rapport à nos comptables qui émettaient beaucoup de doutes sur la viabilité du projet. »

Même une fois les représentants du concours partis, les trois propriétaires des Serres Caron ont continué de deviser sur leurs remarques.

« Plein de petites choses sont ressorties de ce dialogue, continue pour sa part Cybel Dubuc. Nous en avons pris bonne note. Bien sûr, certaines choses nous rejoignent moins personnellement, comme l’incitation à être davantage actif dans notre milieu social. Toutefois, nous sommes aujourd’hui encore mieux outillés pour la prochaine fois où nous soumettrons à nouveau notre candidature à l’Ordre national du mérite agricole… parce que nous avons l’intention de répéter l’expérience. Après tout, nous qui ne connaissions pas le concours, cela nous est apparu fort sérieux. »

Pour Cybel et Ian Dubuc, de même que pour Isabelle Caron, il faut aussi noter que leur première participation à cette épreuve leur a réservé une grande surprise.

Les premiers ont vu leurs parents obtenir la mention de la formation de la relève agricole de l’édition 2005 tandis que le dynamisme de la seconde a permis à sa mère de rafler l’an dernier la mention de la relève agricole féminine.

L’étonnement a été total pour les jeunes producteurs visés par ce mérite.« Mes parents nous avaient délégués, mon frère et moi, à la remise des prix, se rappelle Cybel Dubuc. Nous ne savions pas qu’il y avait une telle mention. Quand notre nom a été prononcé, on était tellement ébahi que plusieurs minutes se sont écoulées avant qu’on comprenne vraiment de quoi il en retournait et qu’on se lève pour aller sur la scène. »

Selon la jeune productrice, la condition fixée par les parents de Cybel et de son frère, de compléter des études collégiales avant de devenir partenaires dans l’entreprise, explique la bonne disposition du jury à leur égard.

Quant à Isabelle Caron, les jurés du concours lui ont indiqué qu’ils avaient été séduits par son engagement à tous les niveaux de l’entreprise, par son apport de nouveaux processus et de techniques novatrices, par son désir de se perfectionner – elle complète un certificat en administration après un DEC en sciences pures et un autre en technique de production horticole et de l’environnement en voie ornementale à l’ITA de Saint-Hyacinthe – et par les résultats de ses initiatives sur le chiffre de ventes des produits des serres.

« Mais cette mention, c’est le prix de ma mère : elle me fait confiance. »Toute l’entreprise de L'Islet-sur-Mer a profité des retombées de cet honneur, propagé entre autres par les journaux régionaux. Des lettres de félicitations ont fait grossir le courrier reçu quotidiennement, des cadeaux de partenaires ont été déballés, les résidants ont abordé les propriétaires sur la voie publique ou dans les commerces locaux, etc.

« Pour nous, ce fut très valorisant de participer, notre notoriété a été du coup rehaussée. Même chez les gens de L'Islet-sur-Mer, on a senti beaucoup de fierté. Ils étaient fiers de voir que malgré le décès de mon père en 1999, la relève de l’entreprise était assurée. »

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