Cette année, 10 800 familles deviendront partenaires d’une des 114 fermes membres du réseau de l’Agriculture soutenue par la communauté (ASC). Un système de mise en marché qui repose sur des partenariats de proximité entre les consommateurs et les agriculteurs.



Le concept existe ailleurs au Canada et un peu partout à travers le monde, explique Isabelle Joncas, responsable du réseau, chez Équiterre. La grande différence, c’est qu’au Québec les fermes sont regroupées en réseau par un organisme qui en assume l’entière coordination. »

Concrètement, il s’agit d’un mode de mise en marché basé sur un engagement entre le consommateur qui, dès le printemps, paye sa part de récolte et l’agriculteur qui doit lui livrer un panier de victuailles durant une période d’environ 24 semaines. Initié en 1996 par Équiterre, cette formule a démarré avec 250 familles et sept agri-culteurs biologiques qui, pour la plupart, avaient déjà mis en place cette manière de vendre leurs fruits et légumes.


 
Isabelle Joncas
Robert Saint-Arnaud, de la ferme Campanipol, est l’un de ceux-là. Depuis 1992 qu’il expérimente ce mode de distribution. « Je livre des paniers aux enfants de mes premiers clients, lance fièrement l’agriculteur biologique. Copropriétaire de l’entreprise avec Danielle Lefebvre, il gère une ferme maraîchère située à Sainte-Geneviève-
de-Batiscan. Une ferme hautement mécanisée produisant un peu plus de 50 fruits et légumes différents sur une superficie productive de 8 hectares. Par année, elle distribue entre 375 et 400 paniers par semaine, de la mi-juin jusqu’à la fin novembre. « L’idée des paniers s’est pratiquement imposée d’elle-même, raconte Robert St-Arnaud. Si on se reporte à il y a 15 ans, c’était beaucoup plus difficile de vendre des aliments biologiques. Il fallait donc être très imaginatif pour développer le marché et l’intérêt des consommateurs.
 
Robert Saint-Arnaud

Le prix des paniers
« La fixation du prix des paniers fut un véritable casse-tête à nos débuts, se rappelle le bachelier en agronomie. Nous avions fait l’erreur de fixer les prix trop bas prétextant l’absence d’intermédiaire entre nous et le consommateur. Or, nous avons rapidement compris qu’il y a tout un travail de classification que nous devons assumer nous-mêmes, précise l’agriculteur. Il y a des frais liés à l’équipement de réfrigération, à l’espace, au matériel et à la main-d’œuvre nécessaires. Nous fixons nos prix à l’aide de la veille de prix mis en place par Équiterre. Cela nous permet d’avoir des références et des comparatifs. »

L’entreprise Campanipol offre deux formats de paniers. Le plus petit coûtera cette année 23 $ l’unité, pour une somme totale de 565 $. Ce format vise à satisfaire les besoins d’une famille de quatre. Le plus gros, quant à lui, reviendra à 34 $ unitairement pour une somme totale de 825 $. Des formulaires d’inscription sont envoyés en mars chez l’ensemble des partenaires. Ils ont un mois pour acheter leur part de récolte qu’ils paieront en totalité ou encore en plusieurs versements. Bon an, mal an, environ 80 % des participants renouvellent leur adhésion.

« La formule ne convient pas à tout le monde, reconnaît Robert St-Arnaud. Certains trouvent contraignant d’aller chercher leur panier à toutes les semaines au point de vente prévu. Parfois,
ils ne sont pas très à l’aise avec le fait de ne pas savoir à l’avance les aliments offerts. Le contenu varie en fonction de la saison et il faut ajuster les menus en conséquence. »

Les paniers bios Campanipol sont livrés à Montréal, à Québec et à Trois-Rivières par l’entremise de 28 points de vente. En saison, les livraisons s’étalent sur trois jours, soit du mardi au jeudi. « Nous avons toujours demandé l’aide de nos partenaires pour distribuer nos paniers, précise le maraîcher. Certains agriculteurs sont présents à tous les points de chute et remettent eux-mêmes les paniers. Notre situation est différente puisque nous sommes loin de la plupart de nos postes de distribution. Ce sont donc des partenaires qui se portent volontaires pour assurer la dernière étape de la vente. »

Mode passagère?
La question fait réfléchir l’agriculteur. « Il y a effectivement une part de mode qui influence la popularité de cette formule. Parmi les défis qui se posent aux agriculteurs biologiques mentionnons de continuer à améliorer le service, à innover et faire évoluer la formule pendant qu’elle bénéficie d’un intérêt particulier auprès du grand public… »

Lucie Legault, de Montréal
Mère de quatre enfants et partenaire depuis 10 ans de la ferme Campanipol

C’est en visitant le Salon Manger santé que Lucie Legault a entendu parler d’Agriculture soutenue par la communauté. Un concept qui l’a interpellée dans ses valeurs. « Je savais, par ma sœur nouvellement agricultrice, que les fermes biologiques de petite taille avaient de la difficulté à accéder aux différents marchés d’alimentation. Le fait de devenir partenaire d’une ferme nous permet de soutenir une forme d’agriculture qui nous tient à cœur. » Question de prix, la mère de famille les trouve très comparables à ce qui est offert en magasin. « Les paniers nous donnent accès à une plus grande variété d’aliments et nous sensibilisent en même temps à leur saisonnalité. Il faut, par contre, s’habituer à s’ajuster dans notre manière d’orga-niser nos repas, car on ne choisit pas les victuailles offertes. »

Parmi les contraintes les plus souvent citées lorsqu’il est question de panier ASC, mentionnons le court laps de temps pour aller le chercher au point de chute. Lucie a réglé ce problème en offrant au producteur un espace de distribution chez elle. « Ce n’est pas très compliqué, raconte-t-elle. Je dois simplement me rendre disponible quelques heures et m’assurer que la quinzaine de paniers soit réclamée par les partenaires… »

 
Lucie Legault

Joëlle Mailhot, Sainte-Anne-de-la-Pérade
Jeune professionnelle de 27 ans

« C’est comme avoir son propre potager sans avoir les contraintes de l’entretien, témoigne Joëlle Mailhot. Cette manière d’acheter des fruits et des légumes offre la possibilité de développer un sentiment d’appartenance avec une ferme de ma région et d’avoir accès à des aliments bios à un prix très accessible. C’est une manière d’acheter qui me plaît beaucoup. Je crois que je vais être partenaire pour longtemps! »



 
Joëlle Mailhot

Le partage d’expertise encouragé
Au-delà du travail de recrutement, de promotion, de coordination et d’encadrement, le réseau ASC d’Équiterre devient progressivement un centre d’expertise reconnu et de plus en plus sollicité en matière d’agriculture biologique maraîchère diversifiée.

« La culture de notre organisme a toujours été de valoriser le partage d’expertise entre les membres, précise Isabelle Joncas. Des visites d’entreprises et des rencontres d’échanges sont organisées chaque année. Depuis trois ans, un service de mentorat est accessible aux nouveaux membres. » L’organisme travaille actuellement à la rédaction d’un guide technique sur la gestion de la ferme maraîchère diversifiée.

Critères d’adhésion
Pour devenir membre du réseau, les fermes doivent répondre à quatre critères bien précis :

Être certifiées biologiques ou être en processus de certification;

Offrir des paniers à leurs partenaires dont le contenu doit provenir à 75 % de la ferme pour ceux d’été et à 50 % pour ceux d’hiver;
S’engager auprès de leurs participants à produire un nombre de paniers prédéterminé répondant à des standards de qualités, de quantités et de diversité;
Intégrer une dimension sociale au lien commercial.
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