C’est le slogan de vie de Bernard Maltais, propriétaire des Écuries Hanomar, à Laterrière, qu’il a fondée en 2000 avec son épouse, Évelyne Côté. Bernard ne se lance dans aucun projet avant d’avoir répondu clairement à trois questions : « En quoi consiste-t-il? Quelles sont les raisons de le faire? Qu’est-ce qui m’anime à le mettre de l’avant? » L’élevage de chevaux avait passé le test.



À 58 ans, Bernard Maltais est vigoureux, enthousiaste, décidé. On se plaît à le voir et à l’entendre s’exclamer devant la beauté de ses bêtes. Son enthousiasme est contagieux. Les chevaux qui s’ébrouent, se cabrent et galopent devant nos yeux sont un formidable amalgame de force, de grâce et de beauté. Toute la nature brute et sauvage transpire de chacun de leurs pores.

Deux douloureuses épreuves ont marqué à jamais la vie de Bernard. Le décès de son fils Richard, à l’âge de 17 ans, en 1994, d’un cancer des os. Le même qui a emporté l’athlète Terry Fox. Et logé au même endroit, dans la cuisse. Il en souffrait depuis l’âge de 14 ans. Le diagnostic était tombé comme un coup de masse. En progressant, la maladie a atteint la colonne vertébrale. Tout le bas de son corps, à partir de la taille, en a été paralysé. Le jeune Richard a été cloué au lit pendant un an. Un arrêt de travail a permis à ses parents d’être à ses côtés, à la maison, jusqu’à sa mort. Le désarroi a été total. Il n’est pas dans l’ordre des choses de voir son enfant mourir.

 
Bernard Maltaix poursuit les rêves qu'il chérissait avec son épouse Évelyne Côté (photo de droite). Ci-dessus, l'étalon
Salto de Hanomar.
L’an dernier, en mars, c’est son épouse qui décédait, à 56 ans, des suites d’une longue lutte contre trois types de cancer : du sein, des poumons, de l’utérus. De rémission en rémission, Évelyne se battait depuis l’âge de 29 ans.

« J’ai voulu tout abandonner, exprime Bernard. Puis j’ai réalisé que je ne pouvais pas laisser tomber ce qu’Évelyne et moi avions construit, ce dans quoi elle avait mis tout son dynamisme et sa passion. » Et il y avait Jean-Philippe, leur autre fils, ainsi que sa conjointe Mélanie qui, ensemble, attendaient la venue de bébé Alex, né en septembre 2007. Ces belles jeunesses démontraient beaucoup d’intérêt à poursuivre, malgré la douleur, les activités des Écuries Hanomar. Bernard s’est accroché.

C’est sur une ferme laitière de Laterrière, au Saguenay–Lac-SaintJean, que Bernard voit le jour. La réputation du troupeau Ayrshire que son père y élève s’étend à la grandeur du Canada. C’est son frère qui en prend la relève. Bernard choisit d’étudier pour devenir professeur d’éducation physique. Il enseignera à l’école primaire du village jusqu’en juin 2007.
 
Évelyne Côté

En 1995, son frère délaisse la production. Bernard reprend à son tour la ferme familiale. Le troupeau est composé de 65 têtes de haut statut génétique, dont 25 laitières. Son horaire d’enseignant lui permet de faire la traite matin et soir et de se consacrer à l’entreprise tout l’été.

En 1998, au lieu de grossir le troupeau pour en accroître les revenus, Bernard et Évelyne choisissent de diversifier les activités de l’exploitation. Ils mettent sur pied un projet de ferme pédagogique, plus abordable que l’achat de quota. La petite entreprise fonctionne à merveille. Près de 60 élèves la fréquentent chaque jour durant les mois de mai et juin. Si bien que de nouvelles installations pour accueillir tout ce beau monde sont nécessaires. Le couple projette d’ériger un bâtiment de 9 mètres sur 12 (30 pieds sur 40) pour permettre aux enfants de dîner et d’organiser des activités. Mais la Commission de protection du territoire agricole le leur interdit, sous prétexte que cette construction « nuira à l’agriculture locale ». Devant ce constat pour le moins décevant, Bernard et Évelyne décident, après quelque temps, d’abandonner la production laitière pour se consacrer à l’élevage de chevaux. Ils avaient toujours gardé quelques sujets à l’étable.

Les Écuries Hanomar sont ainsi nommées pour trois raisons : Hano, pour Hanovrien – la race qu’ils avaient décidé d’élever au départ –, Ma, pour Maltais et R, en mémoire de leur fils Richard.

Jean-Philippe, Bernard, Alex et Mélanie, en compagnie de Phoenix,
le nouvel espoir des Écuries Hanomar. Ci-dessous, Pégase de Hanomar lors d'une compétition équestre.

«Réalisant que l’association de la race hanovrienne est peu organisée en Amérique du Nord, Bernard et Évelyne optent plutôt pour la race Canadian Warmblood. « Les races dites Warmblood, informe l’éleveur, tirent leurs origines des croisements réalisés entre des chevaux européens utilisés pour le transport et la guerre, et des chevaux de races orientales ou de race Thoroughbred. De haute stature, entre 16 et 18 mains, ces chevaux sont à la fois robustes et rapides. Warmblood désigne aujourd’hui un groupe de races de chevaux qui, depuis 1950, ont dominé les Jeux olympiques et les jeux équestres mondiaux dans les disciplines de dressage, de saut d’obstacles et de cross-country. Parmi ces races, on retrouve le Hanovrien, l’Oldenburg, le Trakehner, le Warmblood suédois et le Warmblood hollandais. »

Bernard et Évelyne mettent sur pied leur élevage avec l’acquisition de trois juments poulinières de haut calibre, importées d’Allemagne et achetées aux États-Unis. L’une d’elles, Flagstone, est la fille du fameux et non moins célèbre étalon Furioso II. Les juments sont logées dans l’étable laitière réaménagée à cette fin. Un bâtiment inondé chaque matin de musique classique que diffuse Radio-Canada. Mélomane et amateur de chansons françaises, Bernard avait nommé Brel son tout premier cheval.

Directeur, pour la région du Saguenay-Lac- Saint-Jean, de la Canadian Warmblood Horse Breeder Association, dont le but est de produire des chevaux destinés aux disciplines équestres, Bernard possède aujourd’hui cinq chevaux. Deux juments poulinières et trois étalons. L’écurie héberge aussi 14 chevaux de diverses races appartenant à des particuliers.

Les objectifs de l’éleveur sont de positionner ses chevaux sur le marché d’élite des compétitions sportives, et de vendre la semence de ses étalons et les embryons dont les ovules proviennent de ses juments à haut potentiel génétique.

Un de ses étalons, Pégase de Hanomar, élevé à la ferme et fils de la jument Dualité qu’il possède, ainsi que de l’étalon Popeye K, est à l’entraînement depuis juillet 2006, en Floride, avec l’équipe olympique canadienne d’équitation. Il sera de retour en mai pour la saison d’accouplement. « David O'Connor, l’entraîneur de l’équipe, aimerait bien l’accueillir dans ses rangs, fait savoir Bernard. Aussi, un réputé cavalier français, qui a eu l’occasion de voir ce cheval à l’œuvre, a estimé qu’il serait sans doute prêt pour les Jeux olympiques de Londres en 2012. On m’a déjà offert 50 000 $ pour. J’ai refusé, car je veux développer un marché pour sa semence. »

Pégase et Charlie – une autre jument que possèdent les Écuries Hanomar évaluée, elle, à quelque 60 000 $ – ont donné naissance à Phoenix. Fille d’un étalon du centre équestre Hilltop Farm aux États-Unis, une référence dans le milieu, Charlie, aux yeux de Bernard, est une jument extraordinaire. « Elle représente le type idéal du Warmblood : énormément de stature, de force et de caractère, dit-il. C’est d’ailleurs la matriarche du troupeau. Aucun étalon n’est susceptible de pouvoir l’impressionner. »

De la maison, grâce à une caméra installée à l’écurie, Bernard peut surveiller comment se déroule le poulinage, au terme d’une gestation de 11 mois. « La jument met toujours bas la nuit, indique-t-il. C’est une lointaine habitude qui permettait de se prémunir contre l’attaque des prédateurs. Elle veut être seule et dans le calme. En trois ou quatre contractions, le poulain est sorti. Quand on se rend à l’écurie, au matin, il est debout et tète allègrement. »

Au moment de notre visite à la ferme, l’étalon Phoenix avait 10 mois et une stature déjà impressionnante. Bernard ne le laisserait pas aller pour moins de 15 000 $. « Le poulain Warmblood grandit très vite, fait remarquer l’éleveur. La première année, il atteint au moins 80 % de sa taille. Il faut optimiser la croissance d’un poulain et non la maximiser, souligne Bernard. Sa croissance cesse à l’âge de sept ans. Un bon éleveur doit être très vigilant. C’est la raison pour laquelle il faut du temps pour mener un cheval au niveau compétitif. Les récoltes de semence peuvent toutefois commencer dès l’âge de deux ans. Phoenix de Hanomar pourra en fournir dès le printemps 2009. » Christian Beaulieu, expert-conseil à la coopérative Nutrinor, guide l’entreprise en matière d’alimentation.

Le troisième étalon de la ferme, Salto de Hanomar, âgé de quatre ans et fils de la jument Flagstone et de l’étalon Santiago, est actuellement dans un centre d’entraînement à Saint-Clet où l’on parfait ses habiletés.

À la mort d’Évelyne, son fils Jean-Philippe, professeur d’arts plastiques et d’art dramatique au secondaire puis Mélanie, qui travaille auprès de jeunes élèves en difficulté d’apprentissage, sont venus habiter à la ferme avec Bernard. Ensemble, ils souhaitent mettre sur pied un centre de reproduction équin pour desservir l’est du Québec, qui en est dépourvu. Les éleveurs de la région doivent actuellement faire affaire avec les centres de reproduction de Saint-Hyacinthe ou de Joliette. « On veut offrir des services d’insémination et de transfert embryonnaire », indique Bernard. Mélanie travaille d'ailleurs à l’élaboration d’un nouveau site Internet.

Ils souhaitent aussi relancer la ferme pédagogique, une initiative qui coule de source pour ces trois enseignants. Un manège intérieur sera construit cet été et financé en partie par la vente de 20 des 65 hectares de la ferme. Un plan d’affaires est en préparation avec le soutien d’un organisme régional d’aide au développement d’entreprises. « C’est un projet qui tenait beaucoup à cœur àÉvelyne, mentionne Bernard, elle qui s’occupait, chaque été, d’accueillir à la ferme cinq jeunes filles de 17 ou 18 ans pour suivre des cours ou travailler. Même gravement malade, elle a poursuivi ses rêves et investi dans ses projets de vie. Elle m’inspirera toujours. » Vision, raison, passion…


 


Dès la naissance du poulain, l’éleveur procède à son imprégnation. Il le touche, le caresse, le soulève dans ses bras pour lui faire comprendre qu’il n’est pas une menace, et qu’il est aussi en contrôle.

L’accouplement naturel est fécond dans 90 % des cas, tout comme pour l’insémination artificielle avec semence fraîche. Le pourcentage chute à 50 ou 60 % avec semence congelée et par voie du transfert embryonnaire. « Le hic avec l’accouplement naturel, souligne Bernard, c’est qu’il peut être très violent et propager des maladies. » L’insémination artificielle permet, en diluant le sperme, de multiplier les doses et d’accroître le nombre de juments fécondées par le même étalon. Les étalons passent ainsi moins de temps à la saillie et peuvent poursuivre, en parallèle, leur carrière de compétiteur.

Alimentation

Moulées
Célébrité 14 %
Célébrité haut rendement
Célébrité poulain

Minéral
Forteq
Pro-bloc au pâturage

Fourrage
Foin sec seulement (de graminées, trèfle à l'occasion) exempt de poussière.

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