À l’origine, deux coopératives voisines actives dans le porc, Comax et Covilac, vivaient, tout comme l'ensemble de la filière porcine québécoise, des difficultés financières liées au prix du porc et à des maladies tels le syndrome reproducteur et respiratoire porcin (SRRP) et le Circovirus. C'est alors que les directeurs généraux de ces deux coopératives se rencontrent et décident de conjuguer leurs forces pour donner naissance aux Élevages Covimax. Aujourd’hui, Covimax est un réseau d'élevages qui produit plus de 140 000 porcs annuellement, soit près de 12 % du volume total coop.

« La restructuration de nos activités dans le porc par l’intercoopération nous a permis de rester actifs en production porcine et d’imaginer la rentabilité », affirme Robert Brunet, directeur général de Comax. Un succès puisque les deux coopératives (Comax et Covilac) ont conservé leur identité. Ce fut un projet ambitieux ayant causé bien des cheveux blancs, mais qui en valait amplement la peine, selon les principaux intéressés. La clé de la réussite : la communication entre les équipes et la fixation sur l’objectif ultime. « Trouver une solution au problème était une condition non négociable, enchaîne M. Brunet. Mieux vaut prendre le changement par la main plutôt que de se faire surprendre par le changement… »

Le projet Chrysalide de La Coop fédérée propose un nouveau modèle d’affaires à cette image qui repose sur une répartition plus optimale des rôles entre tous les processus de fabrication, d’entreposage, de transport, d’administration et de gestion et les activités de la force de vente et du service à la clientèle. Covimax est un premier pas précédant le projet Chrysalide, mais qui s’inscrit tout à fait dans sa philosophie.

Denis Richard décrivait Chrysalide, lors d’une entrevue accordée au Coopérateur en décembre dernier, comme « un projet humain parce qu’il demande énormément d’efforts de concertation, de consultation et de collaboration. Pour faire le virage, ça prend une adhésion très claire, de la volonté et de l’enthousiasme ».

Le directeur des élevages Covimax, Joël Zummo, et le responsable du suivi des maternités, Thierry Boulet, peuvent confirmer, pour l’avoir expérimenté au jour le jour, qu’une telle restructuration demande une capacité d’adaptation exceptionnelle de la part de tous les intervenants concernés. « Il ne faut pas avoir peur du changement et de se remettre en question et il faut faire preuve d’ouverture d’esprit, ajoutent-ils. Mais surtout, il faut le faire avec plaisir. Malgré toutes les embûches (et elles furent nombreuses), on a eu du plaisir. »

Français d’origine installé au Québec depuis sept ans, Thierry Boulet rapporte qu’en France, des coopératives actives en production porcine produisent au-delà de 1 000 000 de tonnes de moulées par an avec des équipes de quarante représentants, cinq vétérinaires et un seul directeur. Parlons d’efficacité! « Avec des équipes plus nombreuses, soutient le Français d’origine, on peut espérer avoir des gens plus spécialisés qui permettent aux producteurs d'avancer plus vite et ainsi de baisser les coûts de production. »

Anatomie d’une restructuration réussie
Historiquement, les coopératives voisines, Comax et Covilac, produisaient environ 80 000 porcs chacune annuellement dans une proportion de 90 % à forfait. À la suite de l’épidémie du circovirus, de 2005-2006, les pertes financières tant pour les éleveurs que pour les coops furent importantes. On tenait à rester présents en production porcine, mais une baisse radicale des coûts de production s’imposait, de l’ordre de 25 $ par tête. « Pour ce faire, une seule solution : améliorer l’efficacité afin de parer aux inévitables revers que l’avenir peut nous réserver », explique Thierry Boulet. « La communication est directe du début à la fin de l’élevage : après le suivi technique dans chacune des maternités, je peux planifier ma roue d’élevage et le transport pour les trois à quatre prochains mois ». Avec l'élevage en bandes, c'est beaucoup plus facile de faire de la planification et, par conséquent, d’être plus efficace. Le service personnalisé n’en souffre pas, au contraire, puisque les éleveurs ne font affaire qu’avec un seul intervenant et que les représentants connaissent tous les éleveurs.

Chaque coop supportait une équipe de quatre à six personnes au terrain pour un volume ne permettant pas leur spécialisation. « Plus on suit d’élevages différents, plus on apprend, souligne Thierry Boulet. Nos secteurs d’activité correspondent aussi mieux à nos affinités et compétences respectives. Aujourd’hui, ceux qui sont en poste sont heureux d’être où ils sont. » L’équipe terrain se complète avec Dominic Châtelain et Sébastien Gagnon, responsables du suivi en pouponnière et engraissement, Dr Martin Choinière, vétérinaire et Gérald Paquin (vente FAF — fabrication à la ferme). Une équipe administrative travaille avec l’équipe terrain afin de fournir toutes les données technicoéconomiques, ainsi que le contrôle des expéditions à l’abattoir.

1- Réorganisation de l’équipe
Chaque personne est à la bonne place. Les tâches ont été redéfinies, certains en ont souffert, bien entendu. « C’est inconcevable dans le fond que des coops voisines offrent les mêmes services sans se parler », estime Joël Zummo. Son arrivée à la tête des élevages Covimax fut bien accueillie puisqu’il agissait depuis 12 ans à titre de représentant de territoire pour les deux coops.

« La réussite est basée sur la confiance et la communication, ajoute Thierry Boulet. Il faut se valider, expliquer les décisions et encore se remettre en question sans perdre de vue l’objectif ultime : la rentabilité. »

Joël Zummos directeur des élevages Covimax et Thierry Boulet, responsable du suivi des maternités.


Le ratio tonnes de moulées par expert-conseil devait être amélioré. On visait passer de 9500 tonnes par personne, avant Covimax, à 13 000 tonnes en 2007. Or, en 2008, le ratio a atteint 18 000 tonnes par expert-conseil.

En regroupant les activités dans le secteur porcin, on est parvenus à un volume suffisant pour implanter des roues d’élevage, favoriser la spécialisation en fonction des compétences et affinités de chacun dans l’équipe et ainsi augmenter l’efficacité.

2- Achever la mise en bandes des élevages
Covimax est le seul réseau avec une conduite en bandes dans 100 % de ses maternités. Depuis la mise en place de ce système, 86 bandes de 1032 porcelets en moyenne ont été sevrés avec une augmentation du poids au sevrage passant de 5,7 à 6,4 kg en moyenne.

(juin 2007 : mise en bandes aux 2 semaines de 3000 truies; août 2007 : mise en bandes aux 4 semaines de 4300 truies)

Les déplacements ont été revus de la maternité aux pouponnières pour réduire le kilométrage et assurer un approvisionnement monosource des porcelets.

3- Plan d’action contre le circovirus
Mise en place du plan de Madec en 2006 et vaccination de tous les porcelets depuis juin 2007. « La production porcine en région à haute densité d’élevage comporte un risque sanitaire élevé. Nous n’avions pas le choix d’implanter une régie plus rigoureuse et un suivi en bandes tout plein - tout vide par filière monosource », explique le vétérinaire, Martin Choinière. De cette façon, si on détecte un problème en engraissement, on peut rapidement remonter à la source et valider si on retrouve ce problème en maternité.

4- Ajustement et harmonisation des programmes alimentaires
Les meuneries des coops respectives se sont spécialisées. Les équipements sont utilisés de façon optimale et la logistique de transport est simplifiée. Par exemple, les livraisons pour maternités sont regroupées le lundi et les recettes sont uniformes pour tous les élevages.

On produit de plus gros lots de moulée qui incluent aussi les commandes pour élevages indépendants. La qualité est ainsi plus homogène.

On est aussi passé de quatre à trois moulées en pouponnière, et de la gamme Physio à Prestige en engraissement.

5- Implantation du cahier des charges Covimax
Les méthodes d’élevage sont uniformisées et le nombre d’intervenants est réduit. Il est plus facile de diffuser les bons coups et de corriger le tir dans le cas contraire.

Dominic Châtelain, responsable du suivi en pouponniére et en engraissement
Martin Choinière, vétérinaire
Sébastien Gagnonin, responsable du suivi en pouponniére et en engraissementent

Pouponnières monosource            
  Poids entrée Poids sortie GMQ Conversion
alimentaire
Mortalité IEP
25 % supérieur provinciale 6,0 24,6 445 1,47 1,20 142,10
Moyenne Covimax 6,4 29,1 458 1,55 2,01 126,43
Moyenne provinciale 5,9 25,2 415 1,53 3,40 110,30



Covimax en chiffres
Deux coopératives qui ont fusionné leurs activités dans le porc dans la région sud-ouest du Québec.

Une solution, une visions
7300 truies, 22 000 places en pouponnières,
49 000 places en engraissement
90 % d’élevage à forfait
140 000 porcs abattus annuellement, soit près de 12 % du volume total coop
425 000 animaux transportés, ce qui représente un coût de 750 000 $
4,2 millions $ en achats de porcelets
4,8 millions $ en forfait et salaires
13,1 millions kg de viande de porc
60 653 kg de côtes levées
Covimax procure un revenu à 70 familles


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