En octobre dernier, Le Coopérateur agricole vous présentait un article sur la possible commercialisation de viande d'animaux clonés et de leur descendance envisagée aux États-Unis. La décision est maintenant tombée : la Food and Drug Administration (FDA) donne son accord à la viande et au lait issus de clones. Effets et réactions aux États-Unis, en Europe et au Canada?

Rappelons qu’il ne s’agit pas d’une viande modifiée comme telle, mais bien d’une copie exacte d’un animal choisi. Pour l’instant, la décision ne traite que des bovins, des porcs et des chèvres.

En plus de son imposant rapport final de 968 pages, la FDA a publié un plan de gestion du risque quant à l’utilisation de clones et de leur descendance ainsi que des recommandations à l’intention des industriels. On y apprend que l’agence compte réunir les différents intervenants concernés par cette autorisation, notamment pour faciliter la transition du marché. Ce point s’avère délicat, car les Américains se déclarent majoritairement opposés à ce type de produits. Un des moyens pour parvenir à cette transition pourrait être l’absence d’information, puisque la FDA n’envisage aucun étiquetage ou mesure spécifique pour accompagner la commercialisation de ces aliments. Au contraire, si un producteur souhaite se démarquer en faisant mention sur son étiquetage que ses produits sont exempts de clones, l’agence prévoit que sa demande sera examinée au cas par cas pour assurer le respect des exigences de véracité de l’étiquetage.

Il semble peu probable que des animaux clonés ou leur descendance entrent dans la chaîne alimentaire avant quatre à cinq ans, en raison du faible nombre d’entreprises maîtrisant la technologie et du nombre limité de clones disponible, évalué à environ 570 bêtes, pour la plupart des bovins. Les clones seraient plutôt destinés à la duplication de reproducteurs de grande qualité alors que leur progéniture pourrait atterrir dans nos assiettes.

Il ne faut pas conclure pour autant que la nouvelle passera comme une lettre à la poste, car le dépôt du rapport a suscité une levée de boucliers de la part d’organismes de défense des consommateurs, de certaines industries et de membres du Congrès. « La FDA fait preuve d’imprudence, car si nous découvrons un problème sanitaire avec ces produits une fois lancés sur le marché, l’absence d’étiquetage rendra leur rappel impossible, comme nous le faisons pour un médicament », affirme la sénatrice démocrate Barbara Mikulski (Maryland Est). De plus, selon un sondage effectué pour le groupe non partisan Pew Initiative on Food and Biotechnology, 64 % des Américains se disent mal à l’aise avec la commercialisation de viande clonée.

Les principales critiques émises à l’égard du clonage sont le faible taux de succès de la technique – un clonage sur soixante réussit – et les problèmes de développement fréquents lors de la gestation. Pour le reste, on constate de hauts taux de rejets, de morts d’embryons et de malformations. De plus, la mortalité des animaux clonés demeure très au-dessus de la moyenne et leur vieillissement, généralement prématuré, reste inexpliqué. Néanmoins, pour des animaux qui vont à l’abattoir en bas âge, cela ne représente vraisemblablement pas un souci pour les industriels intéressés par cette technologie, pas plus que pour les scientifiques qui espèrent que les techniques employées s’amélioreront avec l’usage.

En Europe, le débat ne fait que commencer
Du côté de l’Union européenne, le débat ne fait que commencer alors que l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) émettait au début de janvier un rapport préliminaire indiquant « qu’il est très improbable que les animaux clonés et leur descendance présentent de nouveaux risques alimentaires par rapport aux animaux nés selon des procédés courants ». Le rapport était disponible pour consultation sur le site Internet de l’EFSA jusqu’au 25 février et sa version définitive est attendue en mai.

Déjà dans la tourmente au sujet de la polémique sur les organismes génétiquement modifiés (OGM), la Commission européenne a pris ses distances de cet avis et a annoncé son intention de consulter les citoyens européens sur la question, à l’aide d’une enquête Eurobaromètre parmi les 27 États membres. Les critiques n’ont pas tardé à surgir de la part d’associations de consommateurs et d’organisations agricoles en Europe. Les détracteurs reprochent aux scientifiques leur manque de recul quant aux implications de ces manipulations et la nécessité de mesurer les impacts éventuels sur la santé humaine, sous plusieurs critères stricts. Entre autres, l’EFSA qui est basée en Italie n’a pu manquer le coup de canon de Sergio Marini, président de la Coldiretti, le principal syndicat d’agriculteurs italiens, dénonçant ce « risque inacceptable » et « l’alignement préoccupant de l’EFSA sur la FDA » : « Nous sommes prêts à une forte mobilisation pour empêcher que n’arrive dans nos assiettes une réalité aussi hallucinante. »

Du côté de la France, Michel Barnier, le ministre de l’Agriculture se dit « non seulement très prudent, mais très, très réservé » sur une telle autorisation en Europe. Hors de question de calquer le modèle américain, car pour M. Barnier, la France « dispose de son propre modèle fait de produits de qualité, de produits authentiques et de produits authentifiés ».

En soulignant l’ampleur actuelle des souffrances et des problèmes de santé des animaux porteurs et des animaux clonés, le comité de bioéthique de la Commission européenne, pour sa part, « ne voit pas d’arguments convaincants justifiant la production de nourriture à partir de clones et de leur progéniture ».

Il est à prévoir que la pression populaire et l’avis défavorable du comité de bioéthique devraient inciter la Commission européenne à refuser la commercialisation des produits clonés pour l’alimentation. Il reste que les Américains pourraient alors revenir à la charge et user d’un recours devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), de façon à faire pression sur les dirigeants européens. Dans le contexte actuel du contentieux sur la culture d’OGM interdite sur le territoire de l’Union européenne, excepté le maïs, les Européens et les Américains semblent prendre définitivement des chemins divergents quant aux innovations touchant à l’industrie agroalimentaire.

Rien n’est décidé au Canada
Est-ce que ces produits pourraient se retrouver sur les tablettes des supermarchés canadiens? Santé Canada devra d’abord compléter sa propre évaluation du risque. « À l’heure actuelle, aucun aliment issu d’animaux clonés n’est vendu au Canada », insiste Paul Duchesne, porte-parole de Santé Canada. Indiquant prendre en compte toutes les études internationales disponibles, l’organisme s’est montré très prudent sur la question jusqu’à maintenant… et peu pressé de rendre son avis. Contrairement aux États-Unis, « nous ne subissons pas les mêmes pressions parce qu’on n’a pas de compagnies en clonage qui font du lobby », remarque François Pothier, du département de sciences animales de l’Université Laval. Toutefois, le chercheur reconnaît que la décision américaine de ne pas étiqueter les produits issus du clonage pourrait mettre de la pression sur le Canada à les accepter à défaut d’être capable de les identifier.

Pour en savoir plus :
Rapport final du Food and Drug Administration sur l’évaluation du risque associé à la viande issuedu clonage http://www.fda.gov/cvm/Documents/CloningRiskAssessment_FINAL.pdf

Plan de gestion du risque de la FDA quant à l’utilisation de clones et de leur descendance http://www.fda.gov/cvm/CloningRA_RiskMngt.htm

Recommandations du FDA aux industriels quant à l’utilisation de clones et de leur descendance http://www.fda.gov/cvm/Guidance/Finalguideline179.htm

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