Je vous parlerai encore une fois d’une simple bactérie, le Clostridium perfringens (CP). Je dis bien encore une fois, puisqu’en février 2003, j’avais écrit un premier article sur ce sujet. En conclusion, je mentionnais que l’avenir nous amènerait possiblement de nouvelles stratégies de prévention. Cinq ans plus tard, où en sommes-nous?

Une révision s’impose. Le CP est un habitant normal de l’intestin des oiseaux. Généralement, avec l’utilisation d’antibiotiques et d’anticoccidiens pour prévenir l’entérite nécrotique et la coccidiose, et lorsque les conditions d’environnement favorisent une bonne santé intestinale, cette bactérie ne cause pas ou peu de problèmes. Nous savons aussi comment contrôler le CP avec les programmes anticoccidiens réguliers, mais sans antibiotiques utilisés comme facteurs de croissance. Ce qui est plus difficile, c’est de contrôler le CP sans facteurs de croissance et sans anticoccidiens, soit dans le cas de poulets élevés sans antibiotiques comme il s’en produit présentement au Québec.

La pression est forte pour réduire l’utilisation des antibiotiques en production animale. En Europe, les antibiotiques utilisés comme facteur de croissance sont bannis depuis les années 2000-2001. Cela n’a pas été sans difficulté pour les élevages de volaille, puisque ces produits agissent aussi comme agent de prévention de l’entérite nécrotique sous ses formes cliniques et sous-cliniques.

En France, par exemple, les problèmes intestinaux sont majeurs encore aujourd’hui, avec comme conséquence des litières humides et des problèmes de pattes. Plus près de nous, aux États-Unis, nous assisterons fort possiblement, à moyen terme, à l’interdiction des facteurs de croissance. Au Canada, il n’y a pas d’indication présentement quant à ce qui adviendra de l’utilisation de ces produits. Mais il ne faut pas s’imaginer que ce sera le statu quo. Et puis, du côté des consommateurs, il y a une demande pour des oiseaux produits sans antibiotiques. On doit donc envisager et tester diverses possibilités, ce que l’on fait déjà à La Coop fédérée depuis plusieurs années.

Plusieurs produits de substitution « non antibiotiques » peuvent être efficaces pour prévenir l’entérite nécrotique lorsqu’ils sont combinés à une régie rigoureuse et à une bonne nutrition. Pensons aux probiotiques, prébiotiques, acides organiques et enzymes, à certaines épices et extraits de plantes et aux MOS (mannan-oligosaccharides qui empêchent les bactéries de se fixer aux cellules de l’intestin). Mais est-ce suffisant? Y a-t-il d’autres éléments de solution?

Intestins nécrosé.

Clostridium perfringens : ses manifestations
Un intestin irrité ou malade peut favoriser la multiplication rapide des CP qui causeront l’entérite nécrotique. Lors de cette maladie, la bactérie libère une toxine qui tue les oiseaux rapidement. À la nécropsie des volatiles morts, la surface interne de l’intestin a l’apparence du liège. Un traitement initié promptement, selon les recommandations du médecin vétérinaire traitant, corrigera la situation.

Mais une autre manifestation de la maladie, plus insidieuse, plus redoutable et plus coûteuse, est la maladie sous-clinique. L’intestin présente peu de lésions, mais on retrouve un effet négatif important sur le gain de poids, le taux de croissance et la conversion alimentaire. Le fumier devient très liquide. La condamnation pour cause d’hépatite peut augmenter.

Cette manifestation survient quand l’épithélium (la surface interne) de l’intestin est endommagé ou lorsqu’il y a un débalancement de la flore intestinale (la population bactérienne normale de l’intestin). Ces deux facteurs provoquent l’activation du système immunitaire local de celui-ci qui se traduit par une production accrue de mucus. Ce mucus favorisera la prolifération rapide des clostridies qui produiront des toxines. Le facteur principal pouvant influer sur cet équilibre intestinal est le contrôle de la coccidiose.

Il y a plusieurs années, avec l’introduction récente des ionophores, le contrôle de la coccidiose était à son apogée. La santé intestinale était très bonne et, avec l’inclusion préventive d’antibiotiques, le Clostridium perfringens ne causait que peu de dommages. Avec le temps, et malgré la rotation des produits utilisés, les coccidies ont développé des résistances et les lésions à l’intestin sont maintenant plus fréquentes. On se retrouve donc, à l’occasion, avec des épisodes d’entérite nécrotique vers trois à cinq semaines d’âge, chez le poulet de chair, et vers quatre à dix semaines, chez la dinde. Ces âges correspondent au moment où l’on observe le maximum de lésions de coccidioses dans les intestins des oiseaux.

Plusieurs facteurs de régie favorisent aussi les infections à Clostridium. La densité d’élevage accrue, le vide sanitaire trop court qui augmente la pression bactérienne dans les poulaillers et l’humidité élevée de la litière qui contribue à la croissance des coccidies et des CP.

La qualité des ingrédients et de la moulée est un autre facteur. On sait qu’il est plus facile de provoquer l’entérite nécrotique avec des diètes élevées en protéines. La source de protéines, ainsi que sa qualité, est importante. De hauts niveaux de farine de poisson ou de sous-produits d’origine animale, s’ils sont de moindre qualité, augmentent les chances de développer de l’entérite nécrotique. Dans l’Ouest canadien, les moulées à base de blé favorisent l’entérite nécrotique. L’orge a le même effet.

En prévention, il faut donner à nos oiseaux des moulées de qualité, éviter les changements catégoriques de formulation ainsi que les augmentations importantes et subites de consommation (suite à une baisse de température, à un manque de moulée et à un accroissement marqué de la longueur de la période de lumière).

La prévention
La recherche se tourne vers la génétique, par la sélection d’oiseaux dotés d’une résistance accrue. Le développement de vaccins est aussi une avenue intéressante. Des travaux sont en cours pour mettre au point des vaccins vivants, des vaccins sous-unitaires – on trouve la partie de la bactérie responsable du développement de l’immunité et on la combine à une autre bactérie pour en faciliter l’administration –, des vaccins de Clostridium mutants non toxiques, etc.

Un vaccin toxoïde, fait à partir de toxines inactivées, est maintenant sur le marché aux États-Unis. Ce type de vaccin était déjà développé et utilisé chez le bovin, le mouton et le porc. Pour la volaille, il doit être administré par injection à deux reprises aux oiseaux reproducteurs pendant la période d’élevage afin qu’ils puissent fournir des anticorps maternels à leur progéniture. Une nouvelle avenue fort intéressante. Un coup de pouce à la prévention des infections dues à CP par la vaccination des parents et également aux autres produits de protection qui ne sont pas toujours aussi efficaces que désiré dans le cas des infections dues au CP en élevage sans antibiotiques. Ce vaccin sera éventuellement homologué au Canada.

Les résultats d’utilisation préliminaires sont prometteurs. Le vaccin n’a pas d’impact négatif sur la mortalité des poulettes reproductrices, sur la production d’œufs, sur la fertilité ou l’éclosion. Les tests indiquent que le vaccin produit une immunité passive qui procure une protection importante contre l’entérite nécrotique des poulets sans antibiotiques. Cet effet est encore plus grand durant la saison froide. Chez un intégrateur américain produisant des oiseaux sans antibiotiques, les chances d’avoir de l’entérite nécrotique étaient 47 % moins élevées (73 % pendant la saison froide), entre 22 et 28 jours pour les poussins issus de parents vaccinés contre le CP, comparativement aux poussins sans anticorps maternels.

Bien entendu, l’administration de ce vaccin augmente le coût de production des poussins. Mais il faudrait considérer cette élévation de coût comme un investissement pour obtenir une meilleure protection contre les infections déclenchées par le CP. Une part de ce coût additionnel devrait être compensée par un contrôle plus efficace de celles-ci et, en conséquence, par des résultats supérieurs en élevages sans antibiotiques.

Donc, malgré que le contrôle des infections causées par le CP demeure un défi important, la recherche avance et nous amène de nouvelles possibilités de prévention. Mais il faut maintenir les efforts pour déterminer la meilleure manière d’utiliser les produits offerts et poursuivre la recherche pour se donner d’autres outils de protection. C’est une guerre sans fin et chaque approche novatrice de prévention est un pas en avant. 


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