Marc Turcotte ne laisse personne indifférent. L’image qu’on se fait de lui va bien au-delà de sa puissante carrure qui, au premier abord, impressionne. C’est avant tout dans le cœur des gens qu’il laisse son empreinte.



J'e n’aime pas m’imposer et j’ai toujours voulu passer inaperçu », admet l’administrateur de La Coop fédérée. Ceux qui le côtoient le savent généreux et attentif. On dit aussi qu’il s’exprime sans détour, fait preuve de beaucoup d’entregent et d’un leadership fort. Ces qualités, il les démontrera à de multiples occasions.

Dans les coopératives de consommation de la Péninsule acadienne, il est perçu comme un très bon ambassadeur. Marcel Garvie, président de la Coopérative de Caraquet et du réseau Coop Atlantique, le qualifie de géant au cœur d’or.

« Marc favorise le rapprochement entre les coopératives francophones de l’Atlantique et celles du Québec afin de développer, entre autres, de nouvelles façons d’échanger avec les sociétaires. »

Au sein des autres coopératives du territoire qu’il chapeaute, Purdel, Baie des Chaleurs, Saint-Fabien, Saint-Alexis, même son de cloche.

« C’est lui qui a piloté la réforme de la repré­sentativité des coopératives de ce secteur afin qu’elles fassent davantage front commun », fait remarquer Laurier Doucet, directeur général de La Matapédienne, coopérative agricole.

Des rapprochements, Marc en établit aussi avec l’Union des producteurs agricoles. Avec Gaston Pépin et Claude Guimond, respectivement directeur régional et président de l’UPA Bas-Saint-Laurent, il organise, à l’intention des producteurs, des colloques traitant des enjeux de l’heure.

En 1994, il entre au conseil du Centre agricole coop de La Matapédia. De 1997 à 2000, il assume les mêmes fonctions au conseil de La Coop fédérée.

Il y sera réélu en 2003. On le nomme au comité exécutif de l’entreprise en 2007, année au cours de laquelle il quitte la présidence de La Matapédienne qu’il occupait depuis 2001. L’administrateur a aussi été membre de la Table de concertation agroalimentaire régionale de 2000 à 2002.

« Marc est un rassembleur, exprime Rénald Dumais qui lui a succédé à la tête de La Matapédienne. Alors qu’il occupait la présidence, nous avons travaillé intensément, avec l’appui de La Coop fédérée, au retour à l’autonomie de la coopérative. Ce projet lui tenait beaucoup à cœur. C’est un passionné et il s’est engagé à fond dans la cause. Il a organisé de très nombreuses tournées de secteurs pour sensibi­liser les membres à l’urgence de rester unis. Il a été très habile. » La Matapédienne est aujourd’hui une coopérative rentable qui fait la fierté de ses membres et de ses employés avec, dans sa mire, de multiples projets de développement.

À la municipalité de Val-Brillant, son village natal, situé en bordure du lac Matapédia, on connaît aussi le grand potentiel de Marc Turcotte. En 1995, il est nommé au conseil municipal.

Deux ans plus tard, il est élu maire. On souhaite alors qu’il mette un terme à une certaine politicaillerie qui sclérose le développement. Mission accomplie. Son règne lui aura permis d’en faire beaucoup pour le bien des citoyens au chapitre des loisirs, des infrastructures et de l’aména­gement du territoire. Mais il sera défait en 2005.

« Ça l’a beaucoup déçu, souligne Laurent Proulx, président de Purdel, car il se donnait pour la muni­cipalité tout comme il le fait pour la coopération. »

Directeur général et secrétaire trésorier de la MRC de La Matapédia, Jean-Pierre Morneau garde un bon souvenir du passage de Marc Turcotte au conseil des maires. « Il a favorisé une cohabitation harmonieuse entre le milieu rural, urbain et touristique, dit-il. Sa grande connaissance en matière d’agriculture était un atout précieux et il en faisait généreusement profiter tous ses collègues. »

Le respect de ses concitoyens est au cœur de ses préoccupations. « Puisque sa ferme est située en plein village, Marc a toujours fait preuve d’imagination pour qu’elle passe pratiquement inaperçue », mentionne Georges Sirois qui siège au comité d’urbanisme de la municipalité de Val-Brillant et au comité agricole de la MRC de La Matapédia. Il y a une dizaine d’années, Marc prend la décision d’installer la fosse à fumier de l’autre côté de la route principale qui sépare sa terre, et à bonne distance de la ferme et des habitations. C’est également dans cette optique qu’il a fixé certains ventilateurs de son étable non pas sur les murs, mais plutôt au plafond. Le bruit qu’ils émettent et les odeurs sont ainsi projetés au travers du toit et n’importunent pas les voisins. Enfin, il est un des premiers producteurs de la région à avoir mis de l’avant un programme agroenvironnemental de fertilisation.

La capacité qu’il a de mener plusieurs dossiers de front ne date pas d’hier. Dès l’âge de 18 ans, formé à l’école d’agriculture de Sainte-Croix de Lotbinière, Marc travaille à la ferme fami­liale durant l’été. L’automne et l’hiver, entre les traites, on l’embauche à la coopérative d’Amqui.

Le jeune homme installe des débouleurs de silos, s’affaire à la meunerie, aide les mécaniciens dans le garage à machinerie. Il y passera cinq ans.

La ferme l’occupe de plus en plus et il se charge aussi de l’administration. Son père, Épiphane, lui laisse toute la latitude qu’il souhaite. En 1982, il en devient l’unique propriétaire. Sa sœur Jacinthe se joint à lui en 1992. L’entreprise laitière est depuis exploitée en copropriété. Cette année, la ferme qu’a fondée leur grand-père Cyprien a eu 100 ans.

Rénald Côté connaît Marc depuis l’adolescence. « À l’école, il était curieux et c’était l’aspect pratique des choses qui l’attirait, exprime son grand ami. Marc a de l’ambition et ne supporte pas l’incompétence. Il est diplomate, mais n’en fait pas accroire. Sa franchise dérange parfois. Mais ce n’est pas qu’à sens unique, car il aime aussi qu’on ne passe pas par quatre chemins pour lui parler. »

Malgré toutes ses occupations, Diane, son épouse, et leurs enfants, Élise, 17 ans, et Samuel, 14 ans, figurent en tête de ses priorités. « Il m’en faudrait vraiment beaucoup pour que je n’accompagne pas ma fille à ses cours d’équitation ou que je refuse une balade en vélo avec mon fils même s’il commence sérieusement à me clencher », exprime Marc. Aussi arrive-t-il à l’occasion que ses flos, comme il les appelle, l’accompagnent pour les six heures de route qui le mène au siège social de La Coop fédérée. Qu’il s’agisse des siens ou de ceux de sa sœur Jacinthe, Alex, 22 ans, et Édith, 19 ans, tous font partie, pour lui, d’une grande famille pour laquelle il décrocherait la lune.

Le 1er août 1981, alors âgé de 25 ans, un accident de moto, avec le cortège des consé­quences qui en découlera, changera à jamais la perception qu’il se fait de la vie. « J’ai frôlé la mort », affirme Marc qui réalise depuis toute l’importance de vivre pleinement, de se fixer des objectifs et de les mener à terme.

Des projets, il en a toujours eu des quantités sur sa table à dessin. Sa ferme, qui a remporté les premières médailles de bronze et d’argent de l’Ordre national du mérite agricole, a constamment été un véritable centre d’ingénierie, de recherche et de développement. En 1990, il amorce un projet d’étude sur le blé humide avec le soutien d’Elliot Block, alors éminent chercheur en production laitière à l’Université McGill. Puisqu’il ne peut cultiver de maïs grain dans sa région, il opte pour cette céréale à la fois énergétique et protéique qui lui permettra de réduire les coûts d’alimentation de son troupeau. Marc et Elliot Block convainquent Agriculture et Agroalimentaire Canada de les appuyer. Les résultats sont concluants. Les coûts d’alimentation sont coupés en trois. Et les performances techniques du troupeau, composé en parts égales de Holstein et de Ayrshire, se classent, selon les compilations de Valacta, parmi les meilleures.

Machinerie, construction, électricité, plom-berie, Marc peut concevoir et rafistoler à peu près n’importe quoi. Mentionnons l’agrandissement de l’étable, un savant système de chauffage au bois qui alimente en eau chaude toutes les résidences et bâtiments de la ferme, un chariot à ensilage sur rail, une génératrice portative et l’aménagement de routes pour faciliter l’accès à ses terres. Son père et un voisin agriculteur lui ont largement transmis leur savoir-faire.

« Il faut prendre le temps d’accomplir les choses, conseille le producteur de 52 ans. Si j’ai besoin de deux ou trois ans pour rénover un bâtiment ou aménager une terre à mon goût, je n’y vois aucun problème. C’est bien moins coûteux que de donner le travail à forfait. » Économe, il l’est aussi avec ses achats d’équipements.

Le tracteur qui sert à semer ses 81 hectares (201 acres) de blé, 12 hectares de soya et 11 hectares de maïs ensilage a 27 ans, et la batteuse, près de 40.
 

En considérant l’avenir, Marc fait place à la relève. Son neveu Alex l’inspire. « Il me fait voir les choses sous un angle que je n’avais pas envisagé. » Marc lui a cédé une terre pour qu’il apprenne à la gérer selon ses intérêts. Les trophées de produc­tivité qui s’empilent sur les tablettes dans la laiterie témoignent de priorités qui ne sont plus parmi les siennes. « Je délègue et laisse le soin à ma sœur et à son fils d’exploiter au mieux les 70 kilos de quota de la ferme. » Tout en gardant un œil bienveillant sur la relève montante… « Il ne faut pas niveler par le bas, dira Marc. Il faut encourager les meilleurs à se développer. Ils entraîneront les autres dans leur sillage. »


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