Laurent Boudreault, producteur laitier à Métabetchouan et copropriétaire avec son fils, Yvan, et son gendre, Éric Cloutier, de la ferme Boudreault et fils, a l’innovation dans le sang. Lorsqu’il est confronté à des problèmes de gestion ou veut améliorer un équipement inadéquat sur sa ferme, il réfléchit avec ses partenaires et trouve des solutions originales et efficaces. L’accès au crédit d’impôt remboursable offert par l’Agence de revenu du Canada (ARC), obtenu avec l’aide du Groupe Conseil R&D, n’a fait que stimuler davantage sa créativité.

L’ingéniosité de M. Boudreault s’est d’abord manifestée en 1991. Cette année-là, il a mis au point un système de transport de fumier par camion-citerne. Ce système réduit le nombre de voyages qui seraient autrement effectués en tracteur, évitant ainsi d’user les pneus de ce véhicule (non conçus pour rouler sur l’asphalte) et diminuant les besoins en main-d’œuvre pour cette opération. À l’époque, M. Boudreault a développé ce concept sans aucune aide.

Le système Voluration
En 2000, cet innovateur astucieux récidivait en proposant un système révolutionnaire de ration totale en continu (RTC), sans mélangeur stationnaire. Développé sans aide financière au début, le dispositif, appelé Voluration, a gagné en 2004 le troisième prix d’innovation technologique en agroalimentaire, décerné par le Centre de recherche Agrinova d’Alma.

Un prix mérité puisque Voluration offre plusieurs avantages par rapport à un système à ration totale mélangée (RTM).
 
Vue d’ensemble de la ferme

Premier avantage : l’ensilage est pesé en continu sur des convoyeurs dotés de balances très sensibles, ce qui permet d’adapter l’alimentation aux besoins nutritionnels de chaque groupe de bêtes. Ces rations mieux adaptées ont eu un effet sur la productivité du troupeau : avant l’installation du système, les vaches donnaient en moyenne 7500 kilos de lait par année. Aujourd’hui, cette moyenne est passée à 9500 kilos, soit 21 % de plus.

Le système a aussi engendré d’importantes économies en main-d’œuvre, en énergie et en espaces. « Avec notre système, cela nous prend 30 minutes, sans intervention humaine, pour alimenter 80 vaches alors qu’en temps ordinaire, cela prendrait deux à trois heures pour le même nombre de vaches », affirme M. Boudreault. Cela représente une épargne de 15 000 $ à 20 000 $ annuellement en coûts de main-d’œuvre, ajoute-t-il. Il permet aussi des économies d’énergie, 3640 kWh, selon Hydro-Québec, si on le compare à un système RTM de taille semblable.

Le Voluration prend aussi très peu d’espace puisqu’il n’est composé que de quatre éléments peu encombrants : deux convoyeurs peseurs, un panneau de contrôle (le centre nerveux du système) et une trémie doseuse. « Le développement de ce système nous a évité d’avoir à cons­truire un bâtiment pour mettre à l’abri un RTM (une dépense évaluée de 30 000 $ à 35 000 $) et l’achat d’un RTM, un équipement qui coûte environ 20 000 $.
 
Laurent Boudreault et son fils
Yvan devant le panneau de contrôle

« Notre installation a nécessité un investissement de 70 000 $, main-d’œuvre incluse, comparativement à environ 100 000 $ pour une installation RTM traditionnelle », affirme M. Boudreault. Si on ajoute à cela les économies en main-d’œuvre et en énergie, les bénéfices deviennent appréciables.

Le cœur du système est le panneau de contrôle multifonctionnel, de marque Multico. Ce panneau, conçu pour gérer l’équipement, est muni d’un écran couleur tactile, simple à utiliser. Toutes les commandes peuvent y être effectuées : dosage de chaque composante du mélange, heure de début de la distribution de la moulée, etc., et mise à jour continuelle de l’inventaire des aliments. Ce panneau est aussi doté d’un programme informatique unique qui a été développé, selon les indications de M. Boudreault, par l’entreprise Multico Électrique de Drummondville.

Une idée de génie, encore en expérimentation

Comment M. Boudreault en est-il venu à développer cette méthode d’alimentation originale?

« Dans les années 80, nous avons eu un RTM dont je n’étais pas satisfait, dit-il. C’était difficile à opérer, car chaque ingrédient devait être pesé l’un après l’autre. Nous avons ensuite implanté un distributeur de moulée informatisé, mais il ne permettait pas de mélanger les grains avec l’ensilage. Plus tard, on pensait revenir au RTM, j’ai estimé qu’il y avait sûrement moyen de développer quelque chose de mieux. »
 
Vaches mangeant le mélange
fraîchement distribué.


L’ingéniosité du dispositif aboutira-t-elle à sa commercialisation éventuelle? « Le système est encore en phase d’expérimentation et pas prêt à être commercialisé », dit M. Boudreault. D’ailleurs, la ferme bénéficie encore d’un crédit d’impôt remboursable offert par l’Agence du revenu du Canada. Grâce à ce crédit, les sociétés peuvent déclarer leurs dépenses de R&D au plus tard 18 mois après la fin de l'année d'imposition au cours de laquelle ces dépenses ont été engagées.

« La ferme des Boudreault bénéficie ainsi du crédit depuis 2005, ce qui constitue pour eux une aide appréciable », affirme Stéphanie Claveau, conseillère scientifique en crédits R&D au Centre de service R&D du Saguenay–Lac-Saint-Jean–Charlevoix–Côte-Nord, rattachée au Groupe Conseil R&D Agricole et Agroalimentaire du Québec. Selon Mme Claveau, la moyenne de l’aide accordée par ferme est de 20 000 $ par année.

Une aide substantielle, mais non utilisée à son plein potentiel dans les fermes québécoises, car le Groupe Conseil R&D estime que de 5 % à 10 % des entreprises agricoles effectuent, sans le savoir, des travaux de R&D.

Récupérer la chaleur d’un séchoir à grain

L’accès à ce crédit a d'ailleurs encouragé les Boudreault à se lancer dans une autre aventure : la récupération de la chaleur produite par le séchoir à grain de la ferme. L’idée de départ était de réduire la facture de propane, combustible nécessaire à cette opération. Les besoins en combustible sont en effet plus importants au Lac Saint-Jean à cause du taux élevé d’humidité des grains de maïs. « Avec la hausse constante du coût du combustible, l’opération nous coûte donc plus cher que dans d’autres régions du Québec », affirme M. Boudreault.

Loin de se décourager de cet état de fait, les Boudreault se sont retroussé les manches et ont trouvé une façon originale de diminuer leurs coûts de propane.
 
Abri pour le séchoir à grain

« En 2005, nous avons recouvert entièrement notre séchoir à grain d’un abri de façon à conserver la chaleur dégagée par l’appareil, explique M. Boudreault.

Nous avons ensuite installé un système de récupération de la chaleur, qui fonctionne selon le même principe qu’un radiateur de voiture. « L’air chaud qui sort du séchoir est récupéré et réchauffe l’air qui entre dans le séchoir, dit M. Boudreault. On augmente ainsi la température de l’air dirigé vers le séchoir de 6 à 8 °C et on réduit la quantité de propane employée pour réchauffer l’air nécessaire au séchage des grains. » L’efficacité énergétique de l’appareil s’en trouve accrue et les émissions de gaz à effet de serre diminuées.

Le système a été testé pour la première fois à l’automne 2005. Cependant, les tests d’efficacité énergétique n’étant pas terminés, on ne sait pas encore combien il a fait économiser de propane à la ferme. Mais économies, certes, il y aura.

Que nous préparent les Boudreault pour les prochaines années? Avec leur grand esprit d’innovation, on peut s’attendre à tout.

Un organisme en pleine croissance
Il y a trois ans, lors de la création du Groupe Conseil R&D, les crédits d’impôt R&D offerts par l’Agence de revenu du Canada étaient peu connus. « Aujourd’hui, un nombre croissant de producteurs s’y intéressent, posent des questions et demandent le crédit, affirme Jean-Pierre Lacombe, directeur général du Groupe qui souligne qu’aucune demande n’est refusée. Jusqu’à maintenant, nous avons pu récupérer quatre millions de dollars en crédit d’impôt pour les producteurs. »

La Coop fédérée a été le premier partenaire à s’allier au groupe, en 2005. Depuis, on en compte quatre autres : Hydro-Québec, Desjardins, le MAPAQ et La Financière agricole. M. Lacombe croit que le travail fait par son organisme contribuera à stimuler l’agriculture au Québec et à éviter que ce secteur économique ne tombe en désuétude comme cela est arrivé avec le vêtement et le textile, par exemple.

« Les producteurs sont pleins d’idées innovatrices, mais jusqu’à tout récemment, ils ne les développaient pas, ou très peu, par ignorance des moyens financiers mis à leur disposition », affirme M. Lacombe. Le Groupe Conseil travaille à renverser cette situation.
 
Écran tactile apparaissant lors de l’opération de distribution des rations.

Page d’accueil de l’écran tactile du panneau de contrôle

Crédit d’impôt pour la recherche et le développement

Vous êtes producteur et vous désirez réaliser une recherche sur l’environnement ou valoriser vos résidus de céréales. Bonne nouvelle! Ce genre d’activités et bien d’autres peuvent être admissibles aux crédits d’impôt de R&D offerts par l’Agence de revenu du Canada. Le Groupe Conseil R&D s’est d’ailleurs donné pour mission de faire connaître le programme aux producteurs agricoles et de les aider à obtenir le crédit de façon à encourager l’innovation en agriculture. Le Groupe évalue que près de 2000 demandes en crédits de R&D additionnelles pourraient être formulées pour le Québec seulement. Afin de propager la bonne nouvelle, le Groupe Conseil dispose de cinq centres de service couvrant onze des dix-sept régions agricoles du Québec et éventuellement, l’ensemble du Québec sera desservi.



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