Ricardo Boulet fait preuve d’humilité, malgré des résultats, en tant qu’éleveur, hors du commun. S’il est réservé de nature, il dégage malgré tout une singulière détermination et une belle assurance. C’est la force tranquille de celui qui connaît sa valeur, mais qui ne cherche pas à impressionner.



À 35 ans, il est le propriétaire, avec son épouse, Annie Laflamme, de la ferme A. & R. Boulet et du troupeau Bonaccueil. Deux cents têtes, 75 vaches en lactation et un quota de 85 kilos. Une génétique de race pure reconnue dans les plus hautes sphères du monde de la Holstein.

Le 19 juillet prochain, leur ferme de Saint-François de Montmagny sera l’hôtesse du 63e pique-nique Holstein. Un événement qui attire quelques milliers de visiteurs, organisé cette année par Le Club Holstein Montmagny-L'Islet-Kamouraska en collaboration avec l’Association Holstein Québec.
 
La ferme A. & R. Boulet de Saint-François de Montmagny sera l'hôtesse du prochain pique-nique Holstein.
« Je le fais d’abord pour mes parents, indique Ricardo. Pour partager avec d’autres tout ce qu’ils ont réalisé. » Un hommage à la génération qui l’a précédé et qui a permis à la ferme, en lui assurant de solides bases, de prendre toute son ampleur. Ricardo ne cache pas que la tenue du pique-nique, dont la première édition remonte à 1938, sera bonne pour les affaires. Il faut savoir joindre l’utile à l’agréable.

L’élevage est sa grande passion. Lorsqu’il s’agit de développer des familles de vaches productives, de haut statut génétique et de conformation exceptionnelle, Ricardo ne travaille pas, il s’amuse. La dernière classification du troupeau Bonaccueil, en avril, a révélé une nouvelle vache Excellente, 3 Très Bonne à la première lactation, puis une de 88 points et une de 89 points à la deuxième lactation, ainsi qu’une de 87 points à la troisième lactation. Cette récolte a porté le total du troupeau à 5 Excellente, 48 Très Bonne, 39 Bonne Plus et 2 Bonne. On ne saurait douter du bien-fondé de ses choix en matière d’élevage. Et puis côté productivité, le troupeau Bonaccueil, dont 85 % des sujets portent ce préfixe, fait aussi bonne figure avec ses 10 737 kg de lait de moyenne et des MCR de 232-227-243.

Ricardo, son épouse Annie Laflamme et leurs trois enfants, Jérôme, Justin et Tessia

Ricardo n’a jamais misé outre mesure sur la productivité du troupeau. « Il ne faut pas trop en demander aux vaches, car ça nuit à leur longévité, dit-il. Une vache surexploitée aura du mal à se reproduire. La force de notre troupeau, c’est la constance et l’équilibre. »

À La reproduction est au cœur de la stratégie d’affaires de l’éleveur. Environ 20 % des ventes de la ferme découlent du commerce de sujets et d’embryons. Ricardo souhaiterait un jour doubler et même tripler cette proportion. « À revenu égal, les investissements nécessaires pour développer et vendre de la génétique de haut niveau sont moindres que ce qui est requis, en quota et bâtiment, pour produire du lait, assure-t-il. Et le marché de la génétique est en croissance à travers la planète. Les demandes nous proviennent d’un peu partout. On recherche entre autres des vaches qui mettront bas des taureaux à fort potentiel. »

États-Unis, Argentine, Espagne, Suisse, France, Italie, Japon et République tchèque sont, à l’étranger, les principaux marchés de la ferme A. & R. Boulet. Pour les approvisionner, Ricardo transige avec un courtier canadien. Son cousin Pierre, fils d’Alfred Boulet qui a tenu le pique-nique Holstein en 1982, est également un important collaborateur. Lorsqu’il s’agit de vendre et d’acheter des animaux sur les marchés locaux ou d’en importer de l’extérieur, Pierre est son homme de confiance.

Certains éleveurs tendent à se spécialiser dans la génétique. Est-ce par crainte du démantèlement de la gestion de l’offre qui est sous forte pression à l’OMC? « Pas en ce qui me concerne, répond Ricardo. C’est que j’aime travailler avec de beaux animaux et transiger dans ce marché. Je ne crains pas pour l’avenir de la gestion de l’offre. Les achats de quota que nous avons faits au fil des ans ont été parmi nos meilleures décisions d’affaires. »

En 2003, quand les frontières américaines ont été fermées aux exportations canadiennes en raison d’un cas de vache folle déclaré en Alberta, les ventes de sujets de l’entreprise vers les États-Unis ont stoppé du jour au lendemain. « Je me suis retrouvé avec un surplus d’animaux sur les bras, indique Ricardo qui occupe le poste de vice-président du Club Holstein de sa région. J’ai acheté du quota pour assurer leur production de lait. Je ne mets pas tous mes œufs dans le même panier. Advenant que le marché de la génétique ne fonctionne plus, je pourrai toujours compter sur les revenus du lait. »

Si on peut dire qu’un succès ne vient jamais seul, la ferme A. & R. Boulet en est un bel exemple. L’entreprise en remporte énormément dans les arènes d’exposition. Mentionnons Bonaccueil Fancy Morty TB-87-2 ans et Bonaccueil Leduc Sarah EX-93, qui ont décroché les nominations All Canadian et Tout Québec. Aussi, plusieurs de ses taureaux ont trouvé preneurs dans des centres d’insémination artificielle au Québec, au Canada et aux États-Unis.

L’atteinte de tels résultats est bien entendu le fruit d’un travail de longue haleine. On parle ici de près d’un demi siècle d’effort. C’est en 1960 que les parents de Ricardo, Colette et Auguste Boulet, s’établissent sur une terre de 81 hectares (200 acres). Le père d’Auguste, Maurice, donne un solide coup de pouce au jeune couple en la leur vendant à bon prix. Ce qu’il fait aussi avec trois autres de ses cinq garçons, Alfred, Grégoire et Marius. Visionnaire, Maurice avait acquis plusieurs terres dans la région. Ce bien, il a voulu le partager.

Colette et Auguste débutent alors avec moins de dix vaches logées dans une étable vétuste. En 1965, ils la démolissent puis en construisent une à leur goût. « Le financement étant difficile à obtenir à cette époque, mon père l’a construite avec ses propres moyens et le bois qu’il avait lui-même bûché », souligne Ricardo.

L’étable est encore debout. Solide comme celui qui l’a bâtie. Elle a d’ailleurs servi de base à deux agrandissements. En 1998, on y annexe une étable à taures, lumineuse et bien ventilée. Puis, en 2004, on l’élargit. On en profite pour la doter d’une nouvelle laiterie, d’un bureau et d’un local destiné à l’entreposage des doses de semences. Car c’est Ricardo qui fait toutes les inséminations. Depuis l’âge de 14 ans. Auguste et Ricardo avaient suivi ensemble leur cours d’inséminateur, dispensé alors à la ferme. « Mon père m’a toujours confié beaucoup de responsabilités », indique le benjamin d’une famille de trois. Ses sœurs, Marthe et Chantal, qui ont aussi beaucoup aidé à la traite et à la récolte du foin, occupent aujourd’hui des emplois hors du secteur agricole.

L’intérêt de Ricardo pour la production laitière remonte à sa plus tendre enfance. « Mon père m’amenait partout avec lui », dit-il. Et, à 16 ans, c’est lui-même qui mène le bal en matière de croisements et de choix de taureaux. Il s’exerce à développer le potentiel du troupeau. Ricardo étudie la zootechnie au campus de La Pocatière de l’ITA. Il gradue en 1994, à 22 ans, et s’établit à la ferme comme actionnaire. Le troupeau est alors composé de 80 têtes, dont 35 vaches.

Cinq ans plus tard, en 1999, ses parents procèdent au transfert de la ferme. Ricardo et Annie en deviennent propriétaires. Les parents sont toujours présents pour les appuyer, et à s’occuper de leurs petits-enfants. En 2001, Ricardo a épousé Annie, son amour d’enfance. Trois beaux enfants sont nés de leur union : Jérôme, qui a aujourd’hui 5 ans, Justin, 2 ans et Tessia, 1 an.

 
Comestar Liane Stormatic TB-87 Production : 02-03; 12488 kg;
4,0 % gras; 3,3 % protéine;
MCR 308-333-316
IPV + 2981
6 taureaux dans des centres
d'insémination
Bonaccueil Chance Income
TB-85 1er veau
Production : 04-07; 13 639 kg;
3,5 % gras; 3,1 % protéine;
MCR 281-264-275

Bonaccueil Fancy Morty
TB-87 2 ans ; Production : 02-04; 13 040 kg;
3,5 % gras; 3,0 % protéine;
MCR 310-293-298
1re 2 ans senior, Expo-Québec, confrontation
Holstein de l'Est et Expo BBQ 2006
Mention honorable All-Canadian et Tout-Québec 1 an senior 2005
Mention honorable
Tout-Québec génisse senior
et 2 ans senior
Copropriété de Ferme boulet inc.

Comestar Liane Stormatic TB-87 Production : 02-03; 12 488 kg; 4,0 % gras; 3,3 % protéine; MCR 308-333-316 IPV + 2981 - 72e au Canada 6 taureaux en centre d'insémination

Bonaccueil Leduc Sarah
EX-93
Production : 05-03 14 029 kg; 4,0 % gras; 3,1 % protéine; MCR 281-302-278 1re vache adulte Expo BBQ 2006 Nominée Tout-Québec classe 3 ans junior, 4 ans et 5 ans Copropriété de ferme Pierre Boulet inc.

Parile Jasper Rosanna Championne junior, Royal Winter Fair, EIHQ, Grand Prix de la Génétique, Expo Montmagny 2007 Détenue avec Sébastien Moffet et Joël Lepage Maintenant propriété de Morsan Farms, Ponoka, AB

« La génétique est une game qui n’est pas facile à jouer, fait remarquer Ricardo. Il faut savoir prédire les demandes et sentir les tendances du marché. C’est comme à la bourse. Il y a une part de spéculation. Et, à travers tout ça, un peu de chance. » Dans le cas des taureaux, il s’agit de mettre la main, avant la cohue, sur le prochain espoir. Cela permet, une fois le taureau éprouvé, d’avoir déjà de ses génisses prêtes à être vendues. Comment Ricardo s’y prend-il? « J’utilise beaucoup Internet pour suivre l’évolution des taureaux, dit-il. Je vérifie la classification de leurs filles, la production, les composantes du lait. Bien sûr, on peut se tromper. Je suis déçu, parfois. Mais dans l’ensemble, c’est bon. Je continue. »

« C’est comme pour les expositions, poursuit l’éleveur. Il ne faut pas se fier qu’à l’apparence de l’animal même si elle est exceptionnelle. C’est peut-être le hasard. Il faut étudier sa généalogie. »
Toute cette expertise et les succès que l’entreprise connaît depuis des décennies font de Ricardo un candidat au titre de Maître éleveur. Dans sa catégorie, il fait partie des 20 premiers au Canada. Il y a donc de bonnes chances que, d’ici trois ou quatre ans, il accède à ce club sélect. Une reconnaissance, si elle se concrétise, qu’il accueillera de bon cœur, mais en toute modestie. Car pour lui, ce titre n’est pas une fin, plutôt un tremplin…

Crédit d’impôt pour la recherche et le développement

Vous êtes producteur et vous désirez réaliser une recherche sur l’environnement ou valoriser vos résidus de céréales. Bonne nouvelle! Ce genre d’activités et bien d’autres peuvent être admissibles aux crédits d’impôt de R&D offerts par l’Agence de revenu du Canada. Le Groupe Conseil R&D s’est d’ailleurs donné pour mission de faire connaître le programme aux producteurs agricoles et de les aider à obtenir le crédit de façon à encourager l’innovation en agriculture. Le Groupe évalue que près de 2000 demandes en crédits de R&D additionnelles pourraient être formulées pour le Québec seulement. Afin de propager la bonne nouvelle, le Groupe Conseil dispose de cinq centres de service couvrant onze des dix-sept régions agricoles du Québec et éventuellement, l’ensemble du Québec sera desservi.



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