Les verts font presque un slogan du végétarisme. Les nutritionnistes reconnaissent les bienfaits sur la santé d’un tel régime et nous proposent de diminuer notre consommation de viande. Les médias en parlent de plus en plus. Serait-ce le prélude d’une éventuelle campagne antiviande?


Utopique et farfelu, cet argumentaire? « Il cache tout de même un fond de vérité, estime le biologiste Claude Villeneuve. Sur un plan strictement environnemental, consommer des produits carnés, des ruminants par surcroît, implique nécessairement plusieurs sources d’émissions de gaz à effet de serre, surtout si le bétail est importé. Cela dit, aborder la question des sources d’émission et de leur importance relative nous conduit dans un univers de complexité. Il faut y apporter beaucoup de nuance et être prudent devant l’estimation en chiffre de la pollution engendrée. En même temps, il ne faut pas en vouloir au monde de désirer manger de la viande. Cet aliment fait partie de notre culture et il a, de tout temps, été associé au progrès. »

Dans son plus récent livre, Vivre les changements climatiques, réagir pour l’avenir, on apprend que « le cheptel bovin de la planète a connu une croissance constamment supérieure à celle de la population humaine au cours des 50 dernières années, au point que la biomasse des bovins dépasse celle des humains. La clé de cette disparité est liée au fait que les habitants des pays industrialisés et les classes les plus aisées des pays en développement mangent de plus en plus de bœuf et les restaurants de type restauration rapide se sont multipliés de façon exponentielle… On estime entre autres que les émissions liées au bétail connaîtront une augmentation de 21 % entre 2005 et 2020 ».

Selon le plus récent inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre, les émissions du secteur de l’agriculture sont passées de 7,48 à 7,68 mégatonnes d’équivalent CO2, entre 1990 et 2005. Cette augmentation de 2,7 % est causée principalement par la fermentation entérique (gaz produit par les ruminants).

La viande et notre santé
Pour la diététiste-nutritionniste Anne-Marie Roy, nous mangeons assurément trop de viande. « Le guide alimentaire canadien propose une consommation quotidienne de deux portions de viande ou l’équivalent en substituts pour les femmes et de trois pour les hommes. La portion recommandée de viande est de 2,5 onces. Or, c’est beaucoup plus qui est consommé, surtout chez les hommes »

Cette surconsommation de viande est néfaste autant pour notre santé que celle de la planète, défend Mme Roy. Son leitmotiv : penser plus loin que sa langue. Selon elle, l’argumentaire soute­nant que le végétarisme ou, à tout le moins, une diminution de la consommation de viande comme solution pour la santé planétaire n’est pas du tout exagéré. Sur un plan strictement physio­logique et nutritionnel, nous apprend l’auteure et conférencière, les régimes végétariens bien planifiés sont adéquats et bénéfiques dans la prévention et le traitement de certaines maladies. « C’est la position en vigueur depuis cinq ans, des Diététistes du Canada et de son équivalent américain, soit l’Association américaine des diététistes. » Sur le plan environnemental, poursuit la nutritionniste, l’augmentation de l’élevage de viande à l’échelle mondiale crée des conséquences importantes. « Lorsque je dis qu’il faut penser plus loin que sa langue, mon objectif est d’interpeller et de sensibiliser les consommateurs aux conséquences de leur choix alimentaire sur les plans écologi­ques, éthiques et de la santé. »

Débat télévisé
Accompagnée du communicateur Jacques Languirand, Anne-Marie Roy faisait d’ailleurs partie des panélistes invités à défendre cette question dans le cadre de l’émission de télévision Il va y avoir du sport. L’auteur Georges-Hébert Germain et le journaliste scientifique Jean-Marc Carpentier ont fait valoir tout le côté culturel lié à l’alimentation et par conséquent à notre goût pour la viande. Pour eux, une telle prise de position relève du dogmatisme. « C’est dans la nature des choses que l’être humain se nourrisse de viande, a sou­ligné Georges-Hébert Germain. Côté pollution, Jean-Marc Carpentier a pour sa part précisé que les pratiques d’élevage ne sont pas aussi polluantes que les médias peuvent nous laisser croire. Il faut nuancer cette équation trop facile!

Coup d’œil sur les quantités consommées
Selon les plus récentes données de la FAO, la consommation mondiale de viandes et de produits carnés est passée de 180 millions de tonnes équivalent carcasse, en 1990, à 237 millions de tonnes équivalent carcasse, en 2002. Par habitant, cela représente de 34,2 kg par personne par année à 38,3 kg par personne par année.

Plus près de nous, les dernières statistiques colligées en 2006 par Statistique Canada montrent une consommation de viande et de poisson d’envi­ron 43,5 kg par personne. Cette donnée ne tient pas compte des viandes autres que le bœuf, le porc et la volaille, ni des substituts à la viande, tels que les œufs, les noix et les légumineuses.

« Qu’on le veuille ou non, soutient Claude Villeneuve, la culture influence beaucoup les habitudes alimentaires. Les gens ont besoin de manger de la viande pour toutes sortes de raison. En même temps, ils souhaitent diminuer leur incidence sur la production de gaz à effet de serre. »

Les générations montantes épouseront-elles la cause des changements climatiques par le végétarisme? « Probablement plus qu’on ne le pense, estime la nutritionniste. C’est une action simple, accessible à tous et qui améliore notre santé. Si nous pouvions simplement repenser notre alimentation de manière à considérer la viande non plus comme un aliment central, mais plutôt un aliment d’accompagnement, ce serait un bon pas de franchi!»

Dans l’édition d’octobre 2007 du Coopérateur agricole, Marcel Mazoyer, professeur et directeur de recherche à l’Institut national agronomique de Paris-Grignon, estime qu’on ne décide pas de la diète de l’humanité. « Les gens font ce qu’ils veulent. »

En effet, la Chine, recensant 1,3 milliard d’habitants, s’enrichit. Et que fait ce peuple qui depuis longtemps ne met que du riz et des végétaux dans son assiette? Il ajoute la viande à son menu quotidien!
 






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