De plus en plus, l’opinion publique dicte des façons de faire dans le secteur agricole. Les consommateurs veulent que la viande qu’ils achètent provienne d’animaux qui soient bien traités. De nombreuses chaînes de restaurants demandent des spécifications précises concernant la gestion des animaux.


utilisation de cages pour garder les truies gestantes, même si elle présente plusieurs avantages, semble heurter particulièrement l’opinion publique dans plusieurs parties du monde. L’image de ces bêtes devant passer leur journée entourées de barreaux de métal frappe l’imaginaire de la population qui se met à la place de cet animal. C’est pourquoi l’Union européenne ainsi que plusieurs États américains ont légiféré pour interdire la contention des truies en cage durant la gestation. Ainsi, la Floride, l’Arizona et l’Oregon demandent à leurs éleveurs que les truies soient gardées en parcs pendant au moins 75 jours au cours de leur cycle de production. En Europe, les éleveurs ont jusqu’en 2013 pour changer leur mode de gestion des truies. Des compagnies comme Smithfield et, plus près de nous, Maple Leaf ont annoncé que leurs truies seraient gardées en grands parcs à partir de 2017. Une chaîne de restaurant comme Wendy’s demande qu’au moins 20 % des porcs qu’elle achète proviennent de troupeaux de truies en groupe.

Nous devons être à l’écoute des demandes des consommateurs et, si en définitive cela devient un critère de choix pour acheter de la viande, nous devrons nous y conformer.

Lors du dernier séminaire porcin tenu à Banff, en janvier dernier, quelques membres du groupe VIDO de l’Université de Saskatchewan (voir l’encadré en page 49) ont présenté leur expérience avec les truies en groupe. Parmi ceux-ci, Tony Nicols, qui gère 4400 truies sur litière de paille. L’entreprise qui l’emploie, The Alberta Pig Compa­ny, est un gros naisseur finisseur de 12 000 truies.

Les façons de faire les plus populaires sont de garder les truies en cage du sevrage jusqu’à 28 jours après le sevrage. Jusqu’à une semaine avant la mise bas, les truies sont regroupées dans un parc par bande.

Truies sur litière de paille

Alimentation
Dans les grandes maternités, il est avantageux d’utiliser un système d’alimentation automatique. Il s’agit d’une cage d’alimentation munie d’un détecteur qui reconnaît chaque truie et lui donne une quantité d’aliment prédéterminée. Chaque truie porte une boucle d’oreille qui l’identifie auprès de la station d’alimentation à l’aide d’un numéro unique à chacune. À l’arrière de la cage, une porte actionnée par un détecteur de mouvement s’ouvre pour laisser entrer la truie, puis se referme pour laisser manger la truie seule. La moulée est servie par petite quantité à la fois et la truie peut retourner à la cage jusqu’à ce qu’elle ait mangé toute la ration à laquelle elle a droit pour la journée. De l’eau est aussi disponible dans l’alimenteur. La truie peut choisir de tout manger en un seul repas ou de le fractionner. L’ordinateur est consulté chaque jour et donne au porcher toutes les informations sur les quantités de moulée mangées et la liste des truies qui n’auraient pas mangé. Ce système permet d’alimenter chaque truie selon son besoin. Une cage peut nourrir jusqu’à 70 truies. Donc, un troupeau de 1500 truies pourra avoir un parc par bande d’une semaine de mise bas.

Dans les troupeaux de plus petite taille, il serait trop onéreux d’avoir un alimenteur par bande, on optera alors pour des groupes dits dynamiques où il y a des truies qui entrent et
sortent du groupe chaque semaine. On peut aussi opter pour l’alimentation au sol où la moulée
est déposée sur la partie pleine du plancher.

Planchers
Même si plusieurs troupeaux ontariens sont sur plancher 100 % latté, les utilisateurs s’entendent pour suggérer qu’au moins une partie du plancher soit plein afin de contribuer au confort des truies et de diminuer les problèmes de membres.

Chez Alberta Pig Compagny, la surface est divisée en deux parties. Une section couvrant les deux tiers de la surface est recouverte de paille (photo ci-contre), où les truies peuvent se coucher. L’autre section est entièrement lattée. C’est là qu’on retrouve la station d’alimentation automatique et les points d’abreuvement. La surface totale du parc est d’environ 2 mètres carrés (21 pieds carrés) par truie.

Performances
Une étude de l’Université du Minnesota réa­lisée en 2007 a analysé les résultats Pigchamp d’un grand nombre de troupeaux et n’a pas trouvé de différence de performance entre la gestion en stalle ou en groupe. Alberta Pig Company a une productivité de 26,9 porcelets sevrés par truie par année en stalles traditionnelles et 27,3 en gestion en groupe sur paille. Aussi, en gestion en groupe, les morts nés ont diminué et la longévité des truies semble meilleure. Une fois la hiérarchie établie, il n’y a pas de batailles entre les individus.
 
Truies sur litière de paille à gauche, partie lattée au centre et
station d’alimentation à droite

Les cochettes

Un système d’alimentation automatisé requiert une adaptation pour l’entrée des cochettes dans le groupe. Il est suggéré d’habituer les cochettes au système avant la saillie et d’avoir une section spécialement réservée pour entraîner des jeunes truies. Pour ce faire, on laisse les barrières de l’alimenteur ouvertes pour que les cochettes y circulent librement. Quand elles montrent des signes de chaleurs, elles sont ramenées en stalles et réintroduites en groupe 28 jours après la saillie.

Il peut être très difficile de prendre tout un troupeau en stalles et de l’habituer à un système en groupe. C’est pourquoi la plupart de ceux qui utilisent cette méthode l’ont fait lors d’un peuplement complet ou d’une augmentation majeure du troupeau.
 
Entraînement des cochettes dans une section réservée
à cette fin

Coûts
Lors de la construction de nouvelles installations, le coût des grands parcs ou des stalles est sensiblement le même. Le montant consacré aux stalles est utilisé pour les alimenteurs automatiques dans le cas de la gestion en groupe. Si des rénovations majeures s’imposent dans un bâtiment existant, on pourra mettre environ le même nombre de truies et le coût pour remplacer des stalles reviendra à peu près au même que celui d’ajouter des alimenteurs.

Main-d'oeuvre
Dans un système avec paille, on note une augmentation d’environ 20 % du temps de main-d'œuvre nécessaire à la gestion des truies gestantes. Quand on n’a pas de paille, il faut quand même compter de 5 à 10 % de plus de temps de main-d'œuvre. Une fois habitués, les employés aiment généralement mieux travailler avec les truies en groupe qu’en stalles. Les truies sont plus dociles et se manipulent mieux. Les employés requièrent un plus haut degré d’attention et d’observation que dans une gestation en stalles. Ils doivent aussi être à l’aise avec l’utilisation d’un ordinateur.

En résumé

On ne devrait pas changer de système simplement pour être à la mode. Par contre, si on a des rénovations majeures à faire ou un projet d’expansion, la gestion des truies en grands groupes est une avenue à explorer.


VIDO (Vaccine and Infectious Disease Organisation)

VIDO est un institut de recherche de l’Université de la Saskatchewan, à Saskatoon, spécialisé dans le dévelop­pement des vaccins et le transfert technologique.

Une de ses activités est le Groupe technique en production porcine. C’est un groupe de travail qui réunit une dizaine de personnes directement engagées dans l’industrie porcine canadienne. Les membres viennent des différentes provinces et œuvrent dans des domaines variés de la production porcine. On y retrouve notamment des producteurs, ingé­nieurs, agro­nomes, agroéconomistes, vétérinai­res, généticiens et des scientifiques de VIDO. Les buts de ce groupe technique sont de permettre à ces acteurs d’échan­ger sur les mul­ti­ples aspects de la production en relation avec la santé, la régie et l’écono­mie et d’en faire profiter toute l’industrie canadienne. Leurs travaux débouchent sur des publications de vulgarisation et des projets de recherche ciblés. Ces dernières années, leurs études ont porté notamment sur les balances trieuses et l’engraissement en groupe, le design et la régie dans les diverses sections de l’élevage. Ces publi­ca­tions sont dispo­nibles sur Internet à l’adresse http://www.vido.ca/producers/ techgroups/swine/publications.php

Une de leurs dernières réalisations est la banque de données sur les mala­dies du porc. C’est un recueil de centaines d’articles scientifiques s’adressant autant aux produc­teurs qu’aux vétérinaires. Vous trouverez ces informations intéressantes sur Internet à l’adresse http://www.vido.org/swinediseasenet/

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