On investit dans l’achat de terre ou de quotas laitiers? On concentre nos activités dans un domaine ou on se diversifie? C’est une des questions qu’entend assez fréquemment Joël Lavigne, directeur des services financiers aux entreprises, Marché agricole et agro-alimentaire, région Est-du-Québec, à la BMO Banque de Montréal. Encore récemment, un couple de producteurs agricoles – âgés tous deux de 55 ans, toujours passionnés pour leur métier, avec une relève (un enfant de 25 ans) déjà bien intégrée – se tenait dans son bureau de Lévis et jonglait avec l’une ou l’autre de ces options.


« Ces producteurs de l’est du Québec étaient prêts à investir jusqu’à 500 000 $ pour accroître leurs revenus. Ceci en considérant leur endettement actuel d’un million sur un actif de deux millions ainsi que l’ajout des nouveaux revenus. »

L’achat de terres leur permettrait d’accroître la portion de leurs revenus provenant de la culture de l’orge, une céréale dont le prix est à la hausse, comme on le sait. L’investissement d’un demi-million de dollars pour de nouveaux quotas laisserait cependant place à l’acquisition d’une quarantaine d’hectares de terre dont une partie pourrait être destinée également à la culture de l’orge.

M. Lavigne a donc dressé, au bénéfice de ses clients que nous appellerons Conrad et Thérèse pour les besoins de leur anonymat, l’impact de cet investissement sur leurs résultats annuels selon les scénarios envisagés.

Cet exercice permet de comparer trois ratios financiers servant à guider les entrepreneurs dans leur prise de décision, dont l’évaluation des flux monétaires engendrés par chaque projet afin de faire correspondre à chacun la période de récupération de l’investissement.

Dans l’hypothèse où la majeure partie de la somme empruntée est destinée à l’achat de nouveaux quotas, le professionnel de la BMO Banque de Montréal a réservé 350 000 $ à cette addition, calculant 14 kg à 25 000 $ chacun; le solde est consacré à l’achat de vaches (25 000 $) et d’équipements ainsi qu’à des travaux de rénovation (40 000 $), à divers frais (15 000 $), laissant les 70 000 $ restants à l’acquisition de nouvelles terres. Dans les environs de la propriété de Conrad et Marie-Thérèse, la terre se transige à 1729 $ l’hectare (700 $ l’acre), permettant ainsi une expansion de 41 hectares.

Avec la présence de la relève, M. Lavigne a également intégré, aux revenus additionnels des producteurs, les profits acquis sur un prêt de 5 kg/jour consenti par la Fédération des producteurs de lait du Québec. L’entreprise disposera de cinq ans de grâce avant de commencer à les racheter au rythme d’un kg/jour par année.

Il obtient ainsi des revenus supplémentaires nets de 137 900 $. Cette option engendre des flux monétaires de 64 500 $. Le banquier a aussi calculé une valeur actualisée nette de 498 051 $ sur 10 ans. L’actualisation ramène les revenus futurs sur une base de dollars d’aujourd’hui.

De plus, comme ça se fait dans d’autres secteurs, il est intéressant de calculer le taux de àrendement interne (TRI) ou le rendement sur l’investissement. Dans cette première hypothèse, le TRI s’établit à 4,9 %, « ce qui est une référence acceptable puisqu’il est fréquent de rencontrer un rendement de 5 % en agriculture », précise M. Lavigne.

La seconde option, tournée complètement vers l’achat de terre, obligera Conrad et Thérèse à faire l’achat d’équipement destiné au fourrage et aux céréales de gabarit plus imposant. Le directeur aux services financiers aux entreprises de Lévis a prévu 97 000 $ pour les nouveaux semoir et tracteur (le tracteur actuel sera donné en échange) pour un plus performant. Avec le solde, ils entreront en possession de 233 hectares de terre supplémentaires.

L’avantage de cet investissement est de permettre une diversification des revenus de la ferme, qui seraient alors divisés plus équitablement entre le lait et les céréales. Une plus grande part du remboursement pourra s’amortir sur 20 ans, le coût d’achat de quotas et de machinerie devant être comblé en 10 ans contre 20, pour la terre.

Toutefois, le profit sur la vente d’orge est évalué à 210 $ l’hectare, ce qui génère des flux monétaires de 48 800 $ annuellement. Cette fois, la valeur actualisée nette obtenue après 10 ans est fixée autour de 377 000 $ et le taux de rendement interne fléchit à 4,4 %.

« Le délai de récupération dans le premier cas est de 7,5 ans. C’est-à-dire que le couple de producteurs aura engrangé 500 000 $ de nouveaux fonds nets dégagés arrivés à ce terme. Dans la seconde hypothèse, ils n’accumuleront cette somme qu’après plus de 10 ans. »

Comme financier, M. Lavigne penche incontestablement vers le premier scénario. Il convient que la volonté de ses clients de se diversifier est tout de même fort à propos. Dans cet esprit, il les invite à réaliser d’abord le projet le plus rentable et, une fois leur prêt remboursé, de revenir à la charge avec leur idée d’une importante acquisition de terre.

Cette décision leur revient toutefois puisque pour le créancier, les deux projets sont réalisables.

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