Exceller en agriculture, nombreux sont ceux qui y parviennent. Mais quand ce défi est doublé d’un autre bien plus grand, celui de cheminer avec un enfant ayant un handicap, les efforts déployés n’en sont que plus méritants. Le Coopérateur vous présente l’histoire touchante de Francine Labbé et Daniel Goupil, dont le fils Marc-Antoine est aux prises avec une déficience motrice.


La vie est un miracle. Réussir à aligner des milliards de cellules dans un organisme de manière à former un tout cohérent et fonctionnel, voilà qui tient du prodige. Le contraire – les dysfonctionnements ou les déficiences – ne devrait donc pas nous étonner. Et pourtant…

Cheminer avec un enfant différent
Daniel Goupil et Francine Labbé se rencontrent lors de leurs études secondaires à la Polyvalente de Saint-Anselme. Après les études universitaires de Francine, en 1991, Daniel achète la ferme familiale (une transaction en bloc de 100 %, chose qu’on ne voit plus aujourd’hui) et leur amour se concrétise par un mariage en 1993. En 1995, une belle blonde s’annonce. Marie-Ève naîtra en pleine forme. Trois ans plus tard, un deuxième poupon se déclare. Marc-Antoine aura lui moins de chance. Une petite malformation congénitale sera à l’origine d’une déficience motrice importante.

La grossesse de Francine se déroulait pourtant normalement. Mais après un accouchement par césarienne, bébé doit voir fréquemment le pédiatre en raison de troubles digestifs. De plus, il se tient toujours raide comme une barre. Quelque chose ne va pas; on ne sait pas encore quoi.

Puis, à l’âge de cinq mois, quand Marc-Antoine devrait pouvoir se maintenir assis, on commence à constater des retards de développement du système moteur. Mains constamment fermées, déplacements difficiles, non, quelque chose cloche. Son développement « normal » ne se déroule pas « normalement », selon les chartes. On consulte de nouveau, cette fois-ci un neurologue. Le diagnostic tombe : quadriparésie spastique ou paralysie partielle.

En l’apprenant, Francine et Daniel passent par toute la gamme des émotions : la culpabilité, le découragement, la résignation, l’acceptation et l’espoir. Même le bonheur, graduellement, a su faire son chemin dans la maisonnée. Un bonheur, lui aussi, « différent », mais pas moins tangible. Francine Labbé explique : « Le bonheur, c’est souvent de petites choses. Il suffit de les reconnaître et de les apprécier. Notre petite famille, c’est ce que nous avons de plus précieux. »

« Le niveau de culpabilité est très élevé quand on apprend la nouvelle. Je me suis même demandé si c’était de ma faute, si j’avais lavé le plancher au Pine-Sol durant la grossesse! » s’exclame Francine.

À trois ans, une chirurgie à la colonne vertébrale améliore sensiblement la motricité du petit garçon. Par la suite, de multiples séances de physiothérapie apporteront aussi un peu de sou-plesse aux membres inférieurs de Marc-Antoine et favoriseront l’apprentissage de la marche. Mais les solutions restent physiques puisqu’il n’existe pas de traitement pharmacologique. Stimuler l’enfant à bouger et à apprendre, voilà une des clés du succès du développement de Marc-Antoine, dont on a peine à savoir, quand il est assis, qu’il a une déficience. Et pour preuve : il réussit même à se chicaner avec sa grande sœur, signe d’un développement normal!

À ce propos, lors de notre passage, Marc-Antoine s’escrimait sur son jeu vidéo Game Boy et sur son ordinateur à différents jeux qui ne sont que bénéfiques pour son développement. Marc-Antoine est encore meilleur que son père pour ce qui est de l’utilisation de l’informatique!

Les premières années, c’est toutes les journées de maladie et les vacances qui partent en fumée. Puis on apprend graduellement l’existence de ressources spécialisées dédiées aux enfants ayant des déficiences physiques. À l’École Madeleine-Bergeron, cette école spécialisée de Québec où Marc-Antoine se rend chaque jour, il n’est plus le « pas bon » qu’il aurait été dans une école régulière. Il est plutôt l’un des meilleurs, ce qui lui est stimulant. Physiothérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes et orthopédagogues, tous ces spécialistes se relaient et allègent énormément la vie des parents.

Daniel Goupil a une confiance indéfectible envers l’expert-conseil chez Unicoop, Philippe Charlebois, qui démontre une passion également pour la génétique Holstein. Un conseiller capable de s’adapter à la philosophie de production du client, qui a une bonne expérience et est très disponible.


Laisser fleurir la vie
Dans nos sociétés, le « non-standard » dérange. Le mendiant, le punk, l’ado qui écoute sa musique à tue-tête, le veau à huit pattes, le plant de maïs à trois épis, l’enfant ayant une déficience… On se sent invariablement mal à l’aise devant lui et l’enfant le ressent très bien, ce malaise par rapport à sa condition, cet embarras qu’il provoque chez autrui. Marc-Antoine en pleurait d’ailleurs beaucoup un peu plus jeune…

Ce « petit ange », comme dirait Francine, les a toutefois fait progresser comme individus. « On est peut-être devenu de meilleures personnes, plus ouvertes aux différences, plus sensibles aux autres. On est plus intolérants à d’autres égards : l’injustice, le taponnage, les mauvaises nouvelles à la télé qu’on ne regarde plus », déclarent, à l’unisson, Francine et Daniel. Oui, en somme, elle est riche cette différence qui nous confronte à « autre chose », à percevoir la vie différemment.

Une telle épreuve a aussi eu son lot d’effets positifs sur Marie-Ève. L’aînée a assumé pleinement son rôle de grande sœur protectrice, très mûre, qui s’occupe beaucoup de son frérot.

Francine et Daniel ont eu à affronter les préjugés, à subir les amis qui se désintéressent d’eux. « Personne ne nous a dit “nous ne voulons plus vous voir” », raconte Francine. L’abandon par les autres qu’ils ont essuyé a été plus graduel, plus insidieux. « On aurait aimé que les gens nous disent “on ne sait pas comment réagir ou comment vous aider, mais on est là”. »

Avec un enfant handicapé, il faut composer avec ses difficultés d’apprentissage et de motricité au jour le jour et garder un équilibre. « Je ne suis pas que la mère d’un enfant handicapé, estime Francine Labbé. J’ai toujours travaillé à l’extérieur. J’ai besoin de sortir et de voir des gens, de me
valoriser dans mon travail. » Celle qui occupe présentement les fonctions d’agente aux communications et ressources humaines à La Coop Unicoop dit aussi que « cette période de turbulence nous a amenée à se questionner, à faire des choix, à quitter ce qui nous irritait et que l’on pouvait quitter, à composer avec le reste et surtout à l’apprécier. Encore aujourd’hui, des choix se présentent et nous procédons de la même façon. »

Daniel Goupil n’est pas en reste. « Les champs et la machinerie ne sont pas mes plus grandes sources de motivation. Mais si on m’enlevait les vaches… » Daniel aime regarder ses animaux. Sa meilleure, c’est Louiselle Allen Ève, une famille de vaches créée par Daniel et qui figure parmi les meilleures Allen au Canada. Une de ses filles est même sous contrat avec le CIAQ. Une source de fierté pour lui.

Vivre dans l’incertitude est un autre défi pour les parents. Comment Marc-Antoine se développera-t-il? Quel sera son degré d’autonomie? Réussira-t-il à s’intégrer à la vie en société? Seul l’avenir le
dira. « Aujourd’hui, nous sommes plus sereins face à notre situation. Est-ce à cause des progrès de Marc-Antoine ou parce qu’on prend de l’âge? s’interroge le couple. On fait davantage confiance à la vie. » Faire les choses par convenance ou par obligation, le couple n’y croit plus. « Nous avons trouvé nos valeurs profondes », image Daniel.


Marc-Antoine s’escrime sur son jeu vidéo Game Boy et sur son ordinateur
à différents jeux qui ne sont que bénéfiques pour son développement.


Ferme Louiselle

Daniel Goupil : administrateur à la Fédération des producteurs de lait, administrateur au syndicat de base de l’UPA Lévis-Bellechasse; directeur du Club Holstein Lévis-Bellechasse;Troupeau : Holstein, 80 sujets de race pure, dont 35 vaches en lactation; Classification actuelle : 1 EX 2*, 1 EX, 19 TB, 22 BP, 1 B; Production : 9750 kg de lait (3,8 % PRT et 3,3 % M.G.); MCR 214-217-220;Cultures : 45 hectares au total (maïs ensilage, fourrages et pâturages); Ressources humaines : un employé 2 jours par semaine, en partage avec un autre producteur laitier;Objectifs de production : améliorer l’efficacité, la rentabilité et encore et toujours… la génétique! Faire du lait, mais pas au détriment de la santé du troupeau. La production laitière, pas juste une activité économique, c’est aussi… un loisir!


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