Déménageriez-vous en Abitibi-Témiscamingue pour faciliter l’établissement de votre fils? Yvon Lacasse et Yolande Morency de la Ferme Y.M. Lacasse l’ont fait, sans regrets.


Le couple a deux enfants, Mathieu et Andréanne. Cette dernière est aux études dans le domaine de la diététique. Quant à Mathieu, lorsqu’il a manifesté son désir de prendre la relève de la ferme bovine de ses parents, ceux-ci ont été prêts à envisager la seule solution : s’expatrier en Abitibi. Parfois, il faut s’astreindre à quelques sacrifices pour installer convenablement sa relève et continuer de vivre sa passion.

Parce que l’expansion où se situait la ferme, à Saint-Henri, en banlieue de Lévis, il fallait oublier ça. Le troupeau, qui comptait en 2001 environ 120 têtes, était trop petit pour subvenir aux besoins de plus de deux personnes. On devait trouver une solution. Et impossible de repérer d’autres terres pour faire pâturer les vaches avec leurs veaux.

Les Lacasse-Morency ont donc troqué leurs terres de Saint-Henri pour d’autres de qualité équivalente qui valaient dix fois moins cher en déménageant à Cloutier, en Abitibi. Un village où habitent aussi dix fois moins de gens qu’à Saint-Henri. Des terres moins chères et peu de voisins. Pour faire dans l’élevage bovin, qui dit mieux?

L’idée d’un déménagement en Abitibi a germé sur plusieurs mois. Yvon et Mathieu, en bons curieux, avaient entendu « des choses » sur cette région, mais avaient comme tout le monde les préjugés habituels : terres de roches et d’épinettes… Puis, la famille a décidé d’y prendre ses vacances. Région de forêts, de champs et de collines, l’espace n’y manque pas, ni les vastes horizons. Agréablement surpris, ils y reviendront quelques fois, toujours en « touristes », mais en évoquant chaque fois avec plus de sérieux un plausible déménagement. Jusqu’au jour où la décision familiale est mûrement réfléchie : on s’en va!

En élevage bovin vaches-veaux, les bâtiments importent généralement peu. Ce qui prime davantage : la superficie pâturable. « Pour que la production bovine soit viable, on doit à mon avis miser sur de grandes superficies en pâturage. L’Abitibi, c’est donc LA place pour l’élevage du bœuf », expose Mathieu.

La qualité des sols d’Abitibi surprend. On évoque souvent les anciennes mers qui, il y a 10 000 ans, ont laissé dans cette région des dépôts marins argilolimoneux fertiles et très peu de roches. Si peu de roches que les Lacasse les ramassent au printemps… en VTT! Sur les terres qui reçoivent une fertilisation minimale, il est possible de récolter deux belles coupes de foin, selon Mathieu. Yvon rajoute : « Dans la région, les producteurs bovins ont forcé beaucoup sur les troupeaux – leur taille et leur génétique. Les efforts doivent maintenant porter sur les terres. »

On pourrait penser que le faible prix des terres n’est qu’un avantage mais, paradoxalement, c’est aussi un inconvénient. La demande en terres cultivables est si faible et les prix si bas que « les propriétaires – qui ne sont même plus agriculteurs – préfèrent garder leurs terres plutôt que de les vendre », s’insurge Mathieu.

Pour s’occuper de leurs 600 vaches à prédominance Angus, Yvon et Mathieu ne comptent que sur eux-mêmes
et un employé occasionnel en temps de récoltes.


L’Abitibi-Témiscamingue et les ressources primairesle

Les comptes économiques de Statistique Québec permettent de comparer les PIB de l’Abitibi-Témiscamingue avec l’ensemble du Québec. Qui dit Abitibi-Témiscamingue dit donc invariablement exploitation des ressources primaires : bois, minerais et agriculture. Si les industries productrices de services participent pour la majorité du PIB de l’Abitibi-Témiscamingue (59 %), l’exploitation primaire des ressources naturelles est quant à elle responsable d’au moins 13 % de l’économie, sans compter les industries secondaires et tertiaires rattachées à ces ressources naturelles. On peut enfin dire qu’il se fait, économiquement parlant, légèrement plus d’agriculture en Abitibi que dans l’ensemble du Québec.



La végétation est même en train de repousser sur certaines parcelles. « Pendant que dans le sud, il y a des moratoires pour arrêter de défricher et faire de la terre neuve, ici en Abitibi, les terres agricoles sont reboisées! » s’emporte Yvon. Quand la demande pour des sols arables n’est plus là, le ministère des Ressources naturelles peut autoriser le reboisement de lots durement défrichés par les premiers habitants du village de Cloutier, en 1933. « Les colons qui ont tout défriché à la main doivent bien se retourner dans leurs tombes! » peste Yvon Lacasse.

Malheureusement, à Cloutier, on ne peut pas dire que l’agriculture soit très prospère… À peine deux fermes sont encore actives et celle des Lacasse constitue la seule ayant une relève. « Ce que j’aime le moins ici, c’est qu’on n’est pas nombreux, déclare Mathieu. Comme on n’a pas beaucoup de voisins producteurs agricoles, on ne travaille pas dans la même ambiance que dans le sud. Par exemple, à Saint-Henri, quand c’était le temps des foins, c’était entraînant pour tout le monde. »

Pour cela, quand ils ont le mal du pays, les Lacasse prennent les prospectus du Centre d’aide en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) et se mettent à la recherche de bons colloques dans le sud du Québec, question d’aller « se faire donner un coup de fouet », selon leur expression!

Mathieu n’est toutefois pas venu en Abitibi à reculons. « Je ne voulais pas me dire que j’irais m’établir à un endroit et que je finirais par aimer ça. La qualité de vie est très bien ici. On est à peine à 25 minutes de Rouyn-Noranda, une ville de 40 000 habitants. » La proximité d’un environnement urbain importait pour la famille, question de services et de vie culturelle.
 
Alors que la mode en Abitibi est plus à l’élevage de type ranch (peu d’infrastructures), les Lacasse ont fait le pari
du béton.




En montant s’installer en Abitibi, Yvon et Mathieu ont en quelque sorte emporté avec eux leur modèle de production. Alors que la mode en Abitibi est plus à l’élevage de type ranch (peu d’infrastructures), eux ont fait le pari du béton. L’automne dernier, ils ont tout juste achevé l’édification d’une structure d’élevage de 37 mètres sur 77 (120 pieds sur 254) pour loger 300 de leurs vaches et leur veau. Une toiture recouvre presque la moitié de la plate-forme de béton sur toute sa longueur, dont la partie sans toiture est orientée vers le sud.

Pour la construction de cet ouvrage et comme certains matériaux sont chers dans cette région, ils ont dû brasser eux-mêmes l’équivalent de 3600 poches de ciment dans leur bétonnière achetée expressément pour ce projet! « On avait le choix d’investir dans les copeaux de bois pour nos sites d’hivernement comme font presque tous les producteurs d’ici ou de miser sur le béton. On a préféré construire sur du solide pour pouvoir mieux travailler les pieds au sec », explique Yvon. La quantité astronomique de copeaux nécessaires dans les enclos d’hivernement les ont fait opter pour cette structure métallique semi-abritée. Les copeaux coûtent de plus en plus cher et sont de moins en moins disponibles, même pour les Abitibiens.




  Ferme Y.M. Lacassee
Nombre de vaches : 600;
Poids moyen des veaux d’embouche : 318 kilos (700 livres);re;
Vêlages : du 15 mai au 1er novembre;
Taureaux : 28 de race Angus, ratio mâle-femelles de 1:25;
Alimentation : pâturage, ensilage graminées et légumineuses, minéraux Transi-Bœuf et Opti-Bœuf;
Objectifs : acquérir plus de pâturages, faire croître la productivité des terres, continuer d’augmenter la taille du troupeau pour payer un employé à temps plein et permettre à Yvon de prendre une semi-retraite.

Pour s’occuper de leurs 600 vaches à pré-dominance Angus, Yvon et Mathieu ne comptent que sur eux-mêmes et un employé occasionnel en temps de récoltes. Résultat : ça travaille fort chez les Lacasse! Mais il faut dire que la gestion des terres est plus extensive que dans le sud du Québec, tout comme la gestion du troupeau. Par exemple, les vêlages se font sans assistance, directement au pacage. À la fin novembre, lors du sevrage des veaux, on pratique d’un seul coup toutes les opérations sur ceux-ci : écornage, castration, pose d’étiquettes d’oreilles et vaccination. Les veaux sont ensuite préconditionnés et engraissés quelque mois avant leur expédition, question de produire des lots uniformes.

Les éleveurs récoltent et font pâturer les animaux sur une trentaine de lotissements en location (283 hectares), en plus des 283 hectares qui leur appartiennent en propre. Outre leur site d’élevage principal à Cloutier, les Lacasse ont aussi deux pâturages à Bellecombe et deux à Rollet, les villages voisins. Sur le rang 7-8 à Rollet, ils ont même loué toutes les terres!


L’Abitibi semble entrer graduellement dans leur cœur, dans leur vie. Quand devient-on un vrai Abitibien? « Je ne me sens pas encore comme un vrai, comme un gars de la place, répond Mathieu, 26 ans. Et je ne sais pas si un jour je réussirai à me considérer comme tel. Mes parents et moi avons une mentalité différente des gens d’ici. On ne chasse pas, on ne pêche pas… On n’a même pas de motoneige! Mais on aime comme eux les grands espaces. » N’empêche, le hasard a voulu que Mathieu rencontre sa tendre moitié en Abitibi : Annick, bachelière en sciences de la santé, une amourachée de ses épinettes noires.

Enfin, ambiance détendue et complicité naturelle règnent dans cette famille. Car pas moyen de se marcher sur les pieds : alors que Mathieu se consacre surtout au troupeau, Yvon s’adonne à la mécanique et Yolande à la gestion et à la comptabilité, en plus de son emploi à l’Office québécois de la langue française, à Rouyn-Noranda. L’auteur a donc relu son texte plusieurs fois avant de l’envoyer à la rédaction du Coopérateur!

Un prix des terres alléchant…

L’Abitibi regorge de bonnes terres pour qui veut démarrer en agriculture ou prendre de l’expansion. Selon le Groupe AGÉCO, qui publie une compilation annuelle de la valeur moyenne des terrains basée sur les transactions réalisées par La Financière agricole du Québec, c’est en Abitibi-Témiscamingue que le prix des terres en cultures est le plus faible au Québec, soit 1000 $ par hectare en 2006. En comparaison, la moyenne était de 9000 $ par hectare en Montérégie-Est.

Référence : www.groupeageco.ca/fr/pdf/stat/vale_terre07.pdf



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