Telle une voiture de course, la truie d’aujourd’hui est plus performante que sa contemporaine d’il y a quelques années. Sous le capot, elle cache un haut potentiel de performance. Tout comme la voiture de course, elle laisse moins de place à l’erreur de conduite. Une ou deux fausses manœuvres du côté de la régie et oups! On est loin du niveau de performance que l’animal aurait pu atteindre.


Depuis que nous effectuons, à la Ferme de recherche CRF de Frampton, des travaux de recherches sur la nutrition et l’alimentation de la truie pour Cooperative Research Farm, plusieurs mesures ont été prises sur les truies et les porcelets afin de répondre aux besoins des différents essais. Ces informations sont conservées et deviennent disponibles pour consultation et analyse.

À partir de cette banque d’information, nous avons fait une comparaison des données recueillies sur les truies que nous avions en 2002 et celles que nous avons utilisées pendant l’année 2007. L’idée est bien sûr de chiffrer les améliorations de performances techniques obtenues, mais aussi de suivre l’évolution des caractéristiques des truies et voir si elles ont changé. Si tel est le cas, il faut se demander si cela exige que nous changions nos façons de faire.


Quelques comparaisons
La figure 1 ci-contre montre que les truies, et cela pour toutes les parités, sont plus productives aujourd’hui. Le travail d’amélioration génétique effectué sur la prolificité donne des résultats intéressants, plus de 1,2 nés totaux/portée en moyenne.

La figure 2 dessous nous démontre que cela se traduit heureusement par une hausse du nombre de sevrés, ce qui constitue un avantage financier de la ferme.

Bien que l’augmentation du nombre de porcelets nés vifs et sevrés par portée se traduise par une baisse du poids individuel des porcelets (données non présentées ici), les poids de portée à la naissance et au sevrage ont augmenté (sevrage à 21 jours).

L’augmentation du poids de la portée sevré (voir la figure 3) et le gain de poids de la portée durant la période de lactation indiquent que la truie de 2007 est plus laitière. L’écart de gain de poids de la portée durant la période de lactation est en moyenne de 4,25 kg à l’avantage du groupe de 2007. Pour permettre ce gain, il faut que la truie de 2007 ait augmenté sa production de lait de près de 17 kg au total pour la même période de lactation. D’où provient ce lait? Est-ce que la truie d’aujourd’hui consomme plus d’aliment que celle d’hier? Produit-elle ce lait en utilisant plus de ses réserves corporelles?

Côté consommation, la figure 4 (à la page 48) nous indique que l'ingestion journalière d’aliment n’a à peu près pas changée entre les deux groupes, soit 120 g de plus par jour en moyenne pour des truies de 2007.

La truie de 2007 n’a donc pas pu compter sur une plus grande quantité d’aliment ingérée pour produire le lait supplémentaire. Elle a malheureusement puisé dans ses réserves corporelles pour soutenir cette production accrue. Lorsqu’on la compare à celle de 2002, on voit qu’elle a perdu en moyenne 3 kg de poids de plus (variant de 6 kg chez les cochettes à 2 kg pour les multipares) pendant la lactation, qui, elle, est demeurée de 21 jours. Par contre, la perte de gras dorsal est très similaire entre les deux groupes de truies. Elles perdent en moyenne 2,1 mm durant la période de lactation. La truie moderne se donne donc plus au profit de la croissance de sa portée.




Soulignons que le poids corporel entre les deux groupes est à peu près identique, ce qui signifie qu’en pourcentage, plus de réserves corporelles disparaissent aujourd’hui.

Maintenant, quel est l’impact de la composition corporelle sur les critères de productivité de la truie? Les relations que nous avons démontrées dans le passé sont-elles encore les mêmes? À titre d’exemple, nous avons indiqué que l’épaisseur de gras dorsal à la mise bas avait un effet dépressif sur la prise alimentaire pendant la période de lactation. Cette relation a-t-elle changé, ou est-elle toujours la même? Et qu’en est-il des autres?

À la figure 5, on constate la relation entre la prise alimentaire et la perte de poids pour nos deux groupes de truies. Dans les deux cas, plus la prise alimentaire est élevée, moins la perte de poids chez la truie est importante. Quand on y pense, c’est logique, et surtout pas nouveau. Par contre, ce que les deux courbes nous indiquent, c’est que pour la même prise alimentaire, le groupe de truies de 2007 perd plus de poids. Prenons un exemple précis. À 5 kg de consommation, la truie de 2007 perd environ 18 kg de poids vif, alors que celle de 2002 n’en perd qu’environ 13. Comment peut-on expliquer cela? Rappelons-nous que la truie de 2007 produit plus de lait, avec à peu près pas d’augmentation de consommation d’aliment. Il est donc logique alors, bien que malheureux, que son poids diminue davantage.



La figure 6 fait voir la relation qui existe entre l’épaisseur de gras à la mise bas et la prise alimentaire pendant la période de lactation. Cette relation est demeurée la même. Plus la truie est grasse au moment de la mise bas, moins elle consomme pendant la lactation. Par contre, une comparaison des deux courbes entre 20 et 30 mm de gras dorsal révèle que pour la truie de 2007 l’augmentation de l’adiposité a un effet dépressif plus grand sur la prise alimentaire. À forte adiposité, la truie de 2007 est plus pénalisée au chapitre de sa consommation. En 2002, à 25 mm de gras dorsal, la consommation moyenne est de 5 kg, en 2007 elle n’est plus qu’à 4,5 kg.

D’autres comparaisons faites à partir de la base de données nous permettent de voir la relation entre l’épaisseur de gras dorsal à la mise bas et les pertes de poids et de gras pendant la lactation. Ces relations n’ont pas changé au fil du temps. Plus la truie est grasse à la mise bas, plus les pertes de poids et de gras sont importantes en cours de lactation. Par contre, comme pour la prise alimentaire, à adiposité élevée à la mise bas (> que 20 mm), la truie de 2007 est plus pénalisée que la truie de 2002, c’est-à-dire qu’elle perd plus de poids.

D’autres relations ont été faites et présentées à l’équipe d’experts-conseils du réseau lors d’une journée d’information tenue sur le sujet le 27 mars dernier. Une discussion avec eux vous permettra d’en apprendre plus.



Que devons-nous retenir de ces comparaisons?
Les truies présentes dans les élevages en 2007 sont plus productives. Elles ont des portées plus nombreuses, elles sont plus laitières, ne consomment pas plus d’aliment et utilisent davantage leurs réserves corporelles. Du côté état de chair, elles laissent moins de place aux variations. Il faut absolument éviter les truies trop grasses (> 22 mm), car elles sont très pénalisées.

En terminant, si on veut profiter du niveau de performance élevé que permet la truie d’aujourd’hui, on doit augmenter les quantités d’aliment ingérées en lactation. Ce que l’on qualifiait hier comme étant bon, ne l’est plus en ce moment. Il faut faire mieux. Tout ce qui influence la prise alimentaire en lactation doit être révisé et contrôlé afin de l’améliorer. Jumelée à cela, l’évaluation de l’état de chair devient une pratique encore plus importante, compte tenu des fortes baisses de performances mesurées chez les truies qui figurent en dehors des recommandations.

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