Evo Morales, premier président de la Bolivie d’origine amérindienne, élu en 2005, s’est montré, dès sa prise du pouvoir, très favo­rable au développement de l’économie et de l’agriculture. Le 1er mai 2006, seulement cinq mois après le début de son mandat, il nationalise les hydrocarbures, pétroles et gaz, dont le pays est bien pourvu. Les ressources minières sont également abondantes. Morales souhaite tirer profit de ce pactole qui gît dans le sous-sol de la nation. La nation est vaste (27e au monde) et, avec quelque neuf millions d’habitants, peu peuplé (85e). Les frontières de la Bolivie, qui n’a pas d’accès direct à la mer, sont ceinturées par le Brésil, le Paraguay, l’Argentine, le Chili et le Pérou.

Aux yeux de Morales, l’agriculture apparaît comme une priorité. Et pour la relancer, dans une économie où le taux d’intérêt moyen est de l’ordre de 18 %, il accorde aux paysans des prêts à faible taux. Une conjoncture qu’il veut favorable à la réalisation de projets qui permettront d’accroître leur autosuffisance et leur niveau de vie.

Des représentants du réseau La Coop ont réalisé, au cours des dernières années, plusieurs missions de coopération en Bolivie. Ces missions ont été rendues possibles grâce à la Société de coopération pour le développement international (SOCODEVI), une organisation financée par les contributions de ses membres et l’Agence cana­dienne de développement internationale.

Ghislain Cloutier, 1er vice-président et Sophie Bédard, administratrice à La Coop fédérée, font le bilan des efforts mis de l’avant pour orga­niser des élevages de porcs, de poulets et de ­pondeuses ainsi que des cultures de grains par ­l’entremise de quatre coopératives rattachées à Agrocentral, une fédération de coopératives boliviennes.

C’est dans quatre villages, Padilla, Serrano, Tomina et Sopachuy, juchés à environ 2100 mètres au dessus de la mer et situés à quelque 150 kilomètres de Sucre, la capitale de la Bolivie, que les projets seront réalisés. L’objectif consiste à produire du poulet, du porc, des œufs, et le grain nécessaire pour alimenter les élevages, afin de développer une agriculture de subsistance et d’approvisionner une partie du marché de la métropole.

« Ces initiatives permettront à de nombreuses familles d’agriculteurs d’améliorer leurs revenus grâce à une nouvelle activité économique dans des régions très pauvres de la Bolivie », souligne Sophie Bédard.

Un projet de coopération mis sur pied il y a une dizaine d’années a permis à Agrocentral de transformer et d’exporter avec succès, en Argentine et au Brésil, de l’origan que produisent plusieurs centaines de ses membres. « Cette grande réussite, très structurante pour le milieu et les producteurs, nous a encouragés à lancer des projets d’élevage », explique Ghislain Cloutier.

Aussi, pour bien les encadrer, une entreprise a été fondée : l’APAD (Acuerdo para la Producción Agropecuaria Diversificada en distintos productos cárnicos ou Accord pour la production agroalimentaire diversifiée en produits carnés distincts). Elle rassemble les quatre coopératives qui comptent au total 500 adhérents, la fédération Agrocentral et SOCODEVI. L’APAD est en fait une entité administrative qui gérera ce que fourniront les partenaires en matière de ressources. Agrocentral et les quatre coopératives ont chacune souscrit pour 10 000 $. Ces sommes ont servi à l’achat de terrains et d’équipement ainsi qu’à créer un fonds de roulement pour accumuler de la valeur de manière à pouvoir se financer dans le futur et verser des ristournes.

Martin Beaurivage (derrière au centre), chargé de projet à SOCODEVI et Ghislain Cloutier (derrière à droite), 1er vice-président à La Coop fédérée, accompagnés des administrateurs des coopératives engagées dansles projets de productions animales et d’origan.

Une employée ébouillante le poulet pour ensuite le déplumer..

Sur le terrain
Dans ce pays le plus pauvre d’Amérique du Sud, les infrastructures routières sont souvent déficientes et dans les régions rurales, les sources d’eau et d’électricité très limitées. « Lorsqu’on envisage de construire des bâtiments d’élevage, on doit tenir compte des vents dominants, de l’ensoleillement, des sources d’énergie dispo­nibles et de la possibilité d’approvisionner les marchés, explique Ghislain Cloutier. On fonctionne donc largement par ventilation et éclairage naturels. Aussi, pour toutes ces considérations, les bâtiments seront érigés près des villages où se trouvent les coopératives et sur des terrains qui leur appartiennent. Cela créera de l’emploi, notam­ment à la ferme et pour l’abattage des cheptels. »

Pour assurer les chances de succès des projets, on a préconisé la mise sur pied d’une chaîne de valeur inversée. « C’est-à-dire, explique Ghislain Cloutier, une filière qui, au lieu de partir du producteur (grain, poulet, abattage, consommateur), s’amorce d’abord par les besoins du marché. Par exemple, du poulet ou du porc produit selon certaines normes de qualité ou environne­mentales. »

Il faut savoir, par exemple, que les porcs et poulets créoles produits traditionnellement par les paysans, bien souvent en mode d’autosuffisance à la ferme, ne correspondent pas à ce que recherchent les consommateurs de Sucre.

De même, les 500 membres des quatre coopé­ratives, pour la plupart producteurs d’origan, cultivent aussi du grain, principalement du maïs, à la main, sur de petites superficies qui se montent au plus à cinq hectares. Il s’agit de maïs autoch­tone à gros grains qui offre peu de rendement et qui sert tant pour l’alimentation humaine qu’animale. Ces paysans ne sont pas équipés pour conserver leur récolte et la traiter pour en éviter la contamination par les insectes. Des commerçants itinérants ont d’ailleurs profité de cette situation en leur proposant des prix dérisoires pour leur récolte. « L’idée est donc de les inciter à produire aussi du maïs Cubano, indique Ghislain Cloutier, plus propice à l’alimentation animale, de manière à alimenter une meunerie. Puisque les sols sont pauvres, les fumiers des élevages serviront à les engraisser et à améliorer les rendements. »

La meunerie sera mise sur pied à Padilla. Une seule suffira pour approvisionner tous les élevages du projet, exprime Ghislain Cloutier. Les coûts de production sont relativement modestes. Une bonne infrastructure peut être érigée pour aussi peu que 25 000 $. »

Une école d’agriculture de Santa Cruz où l’on sort les enfants de la rue pour les former gratuitement pendant deux ans. À gauche, Martin Beaurivage, chargé de projet à SOCODEVI et avant-dernière à droite, Pierrette Lemieux, conjointe de Ghislain Cloutier, 1er vice-président à La Coop fédérée.
Le projet, appuyé par SOCODEVI, vise à mettre en place des élevages de porcs, de poulets et de pondeuses ainsi que des cultures de grains pour développer une agriculture de subsistance et approvisionner une partie du marché des grandes villes.

Le poulet
Dix poulaillers de 100 mètres carrés sur un étage et d’une capacité de 1000 oiseaux chacun seront construits à Sopachuy et Padilla. Ils permet­tront de produire, à raison de cinq élevages par année, 50 000 poulets. Mâles et femelles seront élevés séparément. Le poulet est abattu à la main à six ou sept semaines d’âge par les femmes et les enfants du village. L’abattoir se résume à une toiture soutenue par des poteaux. Le poids carcasse est de l’ordre de 1,8 kilo. Le poulet est vendu et livré à l’état frais à l’APAD qui en effectuera la mise en marché.

Une chambre froide sera par la suite cons­truite. Elle servira à entreposer les poulets abattus de manière à pouvoir les livrer le lendemain. Il faut compter trois heures de route pour se rendre à Sucre. Un camion isolé permettra de conserver la fraîcheur du produit. Cette façon de faire haussera la compétitivité des produits de la coopérative sur le marché de Sucre, qui est déjà approvisionnée par des entreprises de Santa Cruz, la région la plus riche du pays, mais située à une journée de route de Sucre. Les produits seront commercialisés dans les marchés publics. On compte aussi développer, à la ferme, une certification HACCP et Bio.

Le porc
C’est à Serrano qu’on a choisi d’ériger une maternité de 50 truies et un engraissement qui permettront de développer une agriculture de subsistance pour de nombreuses familles. La moitié des porcelets produits seront engraissés sur place et l’autre moitié distribuée à des familles de producteurs membres de la coopérative. Ces derniers les engraisseront pour les vendre et ainsi accroître leurs revenus. Le projet sera financé à hauteur de 25 000 $ par La Coop fédérée par l’entremise de la Fondation SOCODEVI. Luc Pellan, président de Comax, avait amorcé les premiers pas en la matière il y a quelques années.

« Le projet avance à bon rythme, renseigne Sophie Bédard, productrice de porcs, qui a effectué une mission en Bolivie en juin dernier. Les producteurs sont très heureux de la possibilité qui leur est donnée de mieux produire et d’améliorer leur sort. » L’administratrice a présenté à un groupe d’une vingtaine de producteurs les principes de base en production porcine : design de bâtiments, synchronisation des mises bas, biosécurité, équipements, etc. Martin Beaurivage, chargé de projet pour SOCODEVI, en Bolivie :
« Les constructions devraient commencer sous peu. On se concentre actuellement sur le design du complexe porcin. » Si tout se déroule bien, la production pourrait démarrer au printemps 2009.

« En ce qui a trait à la mortalité, les élevages que j’ai visités s’en tirent très bien, indique Sophie Bédard. On dispose là-bas d’une main-d’œuvre abondante qui permet une présence quasi conti­nuelle en maternité. »

Du côté de la génétique, les instigateurs du projet travailleraient avec l'entreprise GEPORBOL, qui utilise une lignée d'origine espagnole et dont les grands-parents proviennent d'Argentine. Leur verrat est de souche Landrace et leur truie Largewhite, parent avec du Yorkshire.

« Nous sommes présentement en train d'étu­dier la faisabilité de construire notre propre abattoir dans la municipalité de Padilla, mentionne Martin Beaurivage. Nous désirons fonctionner avec tous les équipements pour offrir un produit sain et de qualité : chambre froide, bassins d'oxydation et traitement des eaux usées, récupération des viscères, etc. »

« Le porc est actuellement vendu au poids, sans aucune différenciation quant aux découpes du produit, fait savoir Ghislain Cloutier. Des ententes avec Olymel permettront éventuellement de former les gens dans le but de développer des découpes et de bénéficier de la valeur ajoutée qui en résultera. »

« Le marché de Sucre est limité pour la vente de porc, ajoute Martin Beaurivage. On devra faire la mise en marché dans d'autres grandes villes comme La Paz, Potosi et Cochabamba. »

Les pondeuses
À Tomina, on aménagera dans un premier temps une structure de 4 mètres sur 10 pouvant accueillir 1000 pondeuses d’œufs de consommation. « Chaque poule disposera de 70 pouces carrés [0,05 mètre carré] d’espace, à raison de trois poules par cage, soit les mêmes normes qu’ici, fait remarquer Ghislain Cloutier. Il s’agit de poules brunes, plus pesantes, et pouvant servir de source de viande à la fin de leur cycle de ponte. »

L’objectif du projet est de constituer un complexe composé de trois poulaillers de ponte et d’un poulailler d’élevage de remplacement. Sur un cycle de 15 mois, on changera le troupeau de ponte tous les cinq mois de façon à assurer une production sans interruption.

Précisons que, dans les zones rurales, les œufs se vendent à l’unité et au même prix, peu importe leur poids ou leur grosseur. Par contre, dans les villes, le prix de vente est différencié selon la grosseur. Et comme à de multiples endroits en Europe, l’œuf n’est ni lavé ni réfrigéré.

Le but de la mission bolivienne est de créer de la valeur et de la redistribuer équitablement sous forme de ristournes lorsque la santé du réseau le permet. Chacun des maillons en bénéficiera. Agrocentral, les coopératives d’éleveurs et les producteurs de grains, à raison d’un tiers chacun. « C’est une bonne façon de les sécuriser et de leur per­mettre d’assurer le développement de leurs entre­prises et de leur milieu. Mais gérer une coopérative, ce n’est pas un acquis. Il faut en parler souvent, même chez nous », rappelle Ghislain Cloutier.

Ci-dessus, une meunerie est en construction dans le village de Padilla. Elle desservira tous les élevages tant à Padilla qu’à Serrano, Tomina et Sopachuy. Ci-dessous, cinq des dix poulaillers que compte le projet. Chaque bâtiment peut accueillir 1000 poulets à chair.

 

La Fondation Socodevi…

La Fondation a comme objectif de recueillir des dons pour appuyer financièrement des communautés locales et des organisations de type associatif (coopératives et mutuelles) qui se situent dans des pays en voie de développement. L’appui de la Fondation SOCODEVI permet d’aider concrètement des populations au Mali, au Cameroun et maintenant en Bolivie.

La Fondation est soutenue grâce à des activités de financement, des collectes de fonds et la contribution des membres. À elle seule, en 2008, La Coop fédérée a versé 25 000 $ à la Fondation. Depuis sa création en 2006, la Fondation SOCODEVI a recueilli plus de 100 000 $ en dons. Soulignons finalement que l’objectif 2007-2008 de 65 000 $ a été dépassé pour atteindre plus de 85 000 $!

Pour plus d’informations sur SOCODEVI et sa Fondation : www.socodevi.org



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