Au royaume de la production laitière, les audacieux sont rois! Nous vous présentons dans ce dossier trois façons originales qu’ont trouvées des jeunes pour vivre leur rêve : produire du lait à leur compte. Des exemples éloquents d’établissement où le mot impossible n’a jamais été sur les lèvres.



Nicolas Bélanger, Bernard Richard et Rémi Faucher. L’union fait la ferme!


S'il est un dénominateur commun de ces trois cas, c’est l’appui sincère qu’ont reçu les nouveaux arrivants de la part de leur coopérative locale – Groupe Dynaco, Nutrinor et La Coop Montmagny. On doit aussi mentionner que ces jeunes producteurs ont tous pu compter sur des parents, des amis, d’autres producteurs laitiers, bref, sur un véritable réseau facilitant le démarrage.


L'union de la ferme

L’un a fourni les bâtiments, la terre et les aliments qu’il y cultive; un deuxième a apporté quelques très bonnes vaches, ses bras et ses méninges pour gérer au quotidien l’exploitation; un dernier a procuré le capital financier nécessaire pour démarrer l’entreprise, en plus de prendre occasionnellement le relais pour la traite. Et voilà!

On pourrait les appeler les trois mousquetaires du lait. Bernard Richard, le propriétaire des bâtiments et des terres, Nicolas Bélanger, le producteur laitier expérimenté et Rémi Faucher, le bailleur de fonds, ont décidé de chevaucher ensemble pour relancer les opérations d’une ferme laitière inactive depuis plus de deux ans, l’ancienne ferme de Bernard. En langage économique, disons que la conjugaison d’un capital foncier, d’un capital financier et d’un capital humain a permis un démarrage d’entreprise inédit!

Bernard Richard et son épouse France Laplante, sans relève intéressée, ne s’étaient jamais vraiment résignés, après avoirvendu le quota, à vendre aussi les bâtiments et les terres. On se fait bien plus facilement à l’idée de vendre un bout de papier (quota) que des bâtiments familiaux et des terres ancestrales de Rivière-Ouelle, si riches en argile, sans un seul caillou. Ils louent donc, contrat de cinq ans en poche, leurs infrastructures et leurs terres à Ferme Belfau, moyennant un paiement mensuel. Pas plus compliqué que ça.

 
LE MOT DE LA FAIM

Veaux : Lactoremplaceur
BOVO XLR, moulée cube
Goliath 21 et Goliath 31
en couverture;

Taures : Supplément
Goliath personnalisé;

Vaches taries : Minéral P-4
personnalisé;

Transition : Transilac 14 personnalisé
et Lactiveur 911;

Vaches en lactation : Moulée complète avec,
en couverture, les
suppléments Top Lac,
Pro Lac Ultra et Pulp-O-Lac;

Expert-conseil :
Pascal Couturier,
Groupe Dynaco,
coopérative agroalimentaire.


L’équation gagnante de Ferme Belfau? 30 kg de quota acheté + 10 kg de quota prêté par le programme de la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ) = un quota de 40 kg de matière grasse. Une première traite fructueuse est réalisée en septembre 2006.

« Son » troupeau, Nicolas a commencé à le monter lors des sept ans qu’il a passés à traire des vaches chez un autre producteur, acquérant une connaissance formidable des bovins laitiers. « Aujourd’hui, je réalise mon rêve de vivre de la production laitière », illustre Nicolas, 33 ans, qui a préalablement étudié à l’ITA de La Pocatière, s’assurant de sa subvention à l’établissement. Un bel aboutissement pour ce vacher aguerri qui a travaillé toute sa jeunesse sur les entreprises laitières de ses oncles.

L’objectif de Nicolas, c’est d’investir dans un actif hautement productif pour une ferme en démarrage : les vaches. En témoignent la moyenne de production annuelle, qui frise déjà les 12 500 kg de lait, et le classement actuel des bêtes : 1 EX 2E, 2 EX, 9 TB, 18 BP, 3 B et 5 NC.

Rémi Faucher, agronome de 48 ans, ex- directeur général de Groupe Dynaco, une coopérative agroalimentaire pour laquelle il a travaillé pendant plus de 20 ans, voulait tout bonnement produire du lait. C’est d’ailleurs lorsqu’il était chez Dynaco qu’il a lié connaissance avec Nicolas, lors d’un voyage exploratoire dans des fermes laitières de la Montérégie et des Bois-Francs. « Oui, c’est une gammique un peu particulière, mais elle fonctionne », expose Nicolas. « C’est réalisable, rajoute Rémi. N’empêche, ce n’est pas toujours facile, surtout financièrement. » Admettons. Mais ne dit-on pas qu’un rêve, ça n’a pas de prix?

Pascal Guillemette et Geneviève Gonthier ont fondé la Ferme Pagelait, LEUR ferme laitière.


« Soyez réalistes : demandez l’impossible. »
- Ernesto « Che » Guevara, révolutionnaire marxiste, 1928-1967.


Un troupeau pour Noël

Daniel Gonthier, de Saint-Charles de Bellechasse, a trait les vaches de sa ferme de 1978 à 2001. Vers la fin, voulant passer à autre chose, il tend des perches à ses filles – une infirmière, une esthéticienne et une technologue agricole –, sondant leur désir de reprendre la ferme. Les deux premières ayant d’autres intérêts, c’est à Geneviève Gonthier que revient la décision.

Alors célibataire, Geneviève n’est pas prête à assumer seule les responsabilités qu’exige une entreprise laitière. Quota et vaches sont donc vendus, les bâtiments et les terres demeurant la propriété de Daniel. Nous sommes en avril 2001. Puis, deux tout petits mois plus tard, l’amour – quel coquin! – se pointe le bout du nez. Geneviève rencontre Pascal Guillemette. Celui-ci, dont les parents ne sont pas du milieu agricole, a en poche son cours de production laitière du Centre de formation agricole de Saint-Anselme. Du coup, il voit son rêve de devenir son propre patron s’envoler… Pour Daniel, Geneviève et Pascal, c’est la consternation!

Pascal trouve donc du travail comme vacher, puis comme travailleur chez Olymel, à Vallée- Jonction. Geneviève, de son côté, sillonne les campagnes en tant qu’experte-conseil pour La Coop. Puis quelques années se passent, du lait coule dans les lactoducs.

En août 2006, un couple d’amis producteurs laitiers leur parlent du nouveau programme de prêt de quota. Pascal se remet à rêver. Il échafaude déjà son plan d’affaires. Geneviève, plus pragmatique, ne veut pas se faire de faux espoirs. Mais après tout, ne dit-on pas que mieux vaut tard que jamais?

Dès l’automne, lors de son congé de maternité, Geneviève en profite pour monter et étoffer leur dossier, qu’ils déposeront un an après. Puis c’est la longue et lancinante attente de la décision de la Fédération… qui finit par leur octroyer, en octobre, ce prêt de 10 kg, remboursable à raison d’un kg par année à partir de la sixième année. Un prêt sans lequel l’établissement aurait été imposs… très difficile!

Avant ce « oui » officiel, Geneviève et Pascal commencent déjà à prendre des arrangements, mettre des sous de côté, remettre en condition des bâtiments qui n’avaient pas servi depuis six ans, et même à entreposer du foin, généreux dons de producteurs de lait de leur région, en prévision de leur démarrage!

Les vaches font donc leur entrée à l’étable le 29 décembre 2007. Beau cadeau de Noël! Une première livraison de lait a lieu le 1er janvier 2008 à 9 h, sous les flocons. Des souvenirs indélébiles… L’année part en grand! Le 20 mars 2008, un autre soleil à dessiner sur le calendrier : une première génisse naît et s’affublera du préfixe de la ferme, Pagelait Fight Vanille.

Certes, il y a bien quelques petits irritants. Les plafonds de l’étable sont bas – Pascal passe toujours proche de s’y cogner la tête –, mais qu’importe? Un plafond bas ne tuera pas la passion de tirer des vaches. Mi-figue, mi-raisin, Pascal dit s’y habituer. Quand on sait que les relever aurait coûté la mirobolante somme de 35 000 $, pour une entreprise en démarrage, les plafonds bas, on fait avec!

Geneviève conclut l’entretien : « Ça paraît gros se lancer en production laitière, mais il faut y croire. Les programmes sont là pour nous aider. »

 
LE REPAS EST SERVI

Génisses (0-6mois) : Golistar XLR Deccox Goliath 19

Deccox; Préparation au vêlage : Transilac 14;

Vaches en lactation : Moulée complète cubée VIP 16 % avec Fortifiant 6-2 (Tampon) Supplément Pulp-o-Zyme (0-90 jours) Supplément Symbiose Top Lac.


Des plafonds bas n’empêcheront pas Pascal de vivre son rêve : exploiter sa propre ferme laitière.

Félix-Antoine, 2 ans et demi, n’a pas peur des grosses vaches. Geneviève est présentement enceinte d’un deuxième enfant.


Le Fonds coopératif d'aide à la relève agricole

Vous l’avez lu dans l’édition de septembre du Coopérateur… La Coop fédérée et la Fédération de la relève agricole du Québec, à qui s’est joint le Mouvement des caisses Desjardins, ont lancé le Fonds coopératif d’aide à la relève agricole. Un ingénieux programme d’aide financière (escomptes sur les intrants achetés dans les coopératives agricoles et aide financière à l’établissement chez Desjardins), couplé à un soutien du développement des compétences (formations, mentorat d’affaires) de même qu’un accès à du support professionnel (juridique, administratif ou psychologique). Le Fonds coopératif vient appuyer la relève dans plusieurs sphères de son établissement, répondant à plusieurs de ses besoins. Informez-vous auprès de votre coopérative agricole locale ou votre directeur de compte agricole chez Desjardins.




Maxime Turcotte et Marie-Ève Côté. Le petit Éli, né en août 2007, a entendu souvent le mot quota
de la bouche de ses parents


Sur le thème de la détermination

La première fois que le camion passera ramasser le lait de leur ferme de Saint-Bruno (Lac-Saint-Jean), Maxime Turcotte et Marie-Ève Côté s’en souviendront longtemps… parce que l’alimentation électrique de la pompe ne fonctionnait pas! Dix minutes et un petit stress plus tard, tout était réparé et une première livraison avait lieu. Ouf!

La première impression qu’on a du couple Turcotte-Côté est frappante. Ils sont si jeunes… mais si matures! Exemple éloquent de cette jeunesse agricole qui pousse et veut prendre sa place, Maxime et Marie-Ève, 26 ans chacun, dégagent une belle énergie et une confiance en eux peu commune.

Quand l’occasion s’offre à Marie-Ève de reprendre l’entreprise familiale, Ferme Émico, elle hésite. Puis ses parents vendent le quota, pour s’en tenir à la culture. Parallèlement, Maxime, dont le père et le frère exploitent la Ferme Turcotte et fils, voulait aussi s’établir. Indépendant d’esprit, il préférait lancer sa propre entreprise plutôt que de s’installer dans celle de sa famille. Une option financièrement difficile, mais légitime.

Mais comment démarrer dans le lait quand « jeunesse » et « garanties financières » ne vont pas de pair? L’idée d’utiliser le programme de prêt de quota surgit. Mais même à cela, en montant leur dossier, Maxime et Mari-Ève constatent que les organismes de financement et de développement économique régionaux sont hésitants à leur prêter des sommes. Ces jeunes ont beau être pleins de bonnes intentions, on ne connaît pas leurs aptitudes à gérer une PME. « Quand tu es en démarrage, tu n’as pas d’historique de production ni d’états financiers à présenter. Tout ce qu’on avait, c’est notre sérieux dans le paiement de notre hypothèque de maison », expose Maxime.

La Ferme Turcotte et fils doit donc se mouiller pour endosser le projet d’établissement. Il faut aussi convaincre les gens du milieu, recueillir une lettre d’appui ici, des références là. Le père de Marie-Ève leur offre ses génisses et ses équipements laitiers. Bref, leur dossier s’épaissit. Et plus ils avancent dans le processus, plus leur détermination s’amplifie. Le Groupe-conseil agricole Lac-Saint-Jean Est, dont ils sont membres, est d’une aide précieuse.

Dans leur projet, Marie-Ève et Maxime prévoient acheter 10 kg de quota et obtenir le prêt pour un autre 10 kg. Mais faire vivre une famille avec un quota de 20 kg sera ardu. Maxime cogne à la porte de sa coopérative, Nutrinor, qui lui octroie un important contrat de déneigement de ses installations, assurant un revenu d’appoint stable pour l’hiver. Un beau geste d’appui de sa coop.

Entre-temps, les événements se bousculent pour le jeune couple : Marie-Ève donne naissance à leur premier enfant, Éli, le 23 août 2007. Le 15 octobre, le grand-père de Maxime décède. Le 12 décembre, la Ferme Turcotte et fils est complètement détruite par un incendie. Enfin, l’hiver arrive précocement (votre dos s’en souvient-il?) et Maxime commence en fou son contrat de déneigement.

Mais les astres finissent par s’aligner : le prêt de quota est accordé! Une première goutte de lait fait son chemin dans le réservoir le 25 novembre 2007.

Comme l’entreprise démarre, tout n’est pas réglé comme du papier à musique. Les vêlages, encore trop regroupés, occasionnent des déséquilibres dans la production de lait, ce qui tend toutefois à s’améliorer avec le temps. Dans l’étable, Maxime a déjà apporté de petites améliorations : panneaux de plastique sur les murs, distributeur automatique de concentrés, tapis de caoutchouc. La rénovation de la laiterie n’était pas un luxe, mais une nécessité compte tenu des normes de salubrité.

En conclusion, tout est bien qui finit bien pour ces jeunes. Mais ne leur parlons surtout pas des négociations de l’OMC et des incertitudes entourant la gestion de l’offre au Canada…

 
À TABLE!

Génisses : moulée fabriquée avec les grains à la ferme et Goliath 31 Deccox;

Taures : moulée fabriquée avec les grains à la ferme et Goliath 40;

Préparation au vêlage : Transilac 14;

Vaches en lactation : Moulée cube et orge;

Experte-conseil : Claudia Brisson, agr., Nutrinor.


Quand on démarre une nouvelle ferme, il faut quelques mois avant de pouvoir bien répartir les vêlages et la production laitière.,

Maxime se facilite la tâche et améliore le confort des vaches, petit à petit, comme avec ce distributeur automatique de concentrés et des tapis de caoutchouc.

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