Nouvelles terres, nouvelles infrastructures, nouveaux équipements, nouveau chercheur… et un nouveau nom. Où s’arrêtera la Ferme de recherche en productions végétales?


On nous en rebat les oreilles : pour demeurer compétitif en grandes cultures, il faut innover constamment. Mais il faut les moyens pour le faire. Avec des investissements de 2,2 millions $ dans sa Ferme de recherche en productions végétales (anciennement connue sous le nom de Ferme Techno Champs), La Coop fédérée s’assure de rester le plus grand et plus dynamique centre de recherche privé au Québec. Pour votre bénéfice.

Les améliorations sont tangibles pour la Ferme de recherche nouvellement installée sur la route 137, à Saint-Hyacinthe : acquisition d’une terre de 71 hectares (175 acres) avec une seule série de sol (argile Saint-Urbain), rénovation de la grange pour y aménager un atelier mécanique et des postes de criblage des récoltes et de préparation des semis, aménagement d’un endroit de rangement saisonnier et d’entreposage des échantillons de grains… et une moissonneuse- batteuse flambant neuve spécialement conçue pour le battage dans les centres de recherche. Gare aux bons résultats de recherche et aux nouveautés, qui risquent d’exploser dans les années à venir!

La Ferme de recherche s’impose comme la pierre angulaire de la recherche en grandes cultures du réseau La Coop. Elle oriente son effort de recherche vers le développement de nouveaux hybrides et cultivars, la régie de culture et des intrants agricoles et la recherche de technologies novatrices applicables au champ. Alors que la ferme réalisait, en 2001, quelque 275 essais totali-sant 21 500 parcelles à Sainte-Rosalie, où elle était située (chaque parcelle représente un cultivar ou hybride ou un traitement particulier), l’effort de recherche s’est décuplé en 2008 avec plus de 42000 parcelles! Et on teste de tout : en plus des nouveaux hybrides et cultivars, on met à l’essai des inoculants pour les légumineuses, des fongicides pour le maïs-grain, différents taux de semis. On expérimente même de nouveaux cultivars en régie de semis direct.

La Ferme de recherche est un véritable repère d’agronomes et de technologues professionnels, embauchant jusqu’à 21 personnes en haute saison. Christian Azar coordonne les travaux dans les céréales et les plantes fourragères. Le responsable des recherches dans le maïs est Gilbert Brault. La recrue, Jérôme Auclair, passe le plus clair de son temps à améliorer les protéagineuses (soya, canola et pois). Quant à Valérie Chabot, elle étudie diverses pratiques de régie de culture et évalue de nouveaux intrants susceptibles d’améliorer les rendements ou le bilan environnemental des fermes. De son côté, Brigitte Lapierre réalise avec son équipe des essais de régie et de transfert technologique. Enfin, Claude Borduas s’assure du bon déroulement des parcelles de maïs chez les producteurs collaborateurs, en plus d’en analyser les résultats.

Car effectivement, la recherche supervisée par la Ferme de recherche ne se borne pas à ses propres parcelles; on compte aussi sur l’aide précieuse d’un club sélect de plus de 80 fermes collaboratrices pour l’évaluation finale d’hybrides, cultivars, intrants divers ou méthodes de production. Le centre de recherche coordonne également des essais dans huit autres stations agronomiques et fermes expérimentales du Québec et de l’Ontario. Le directeur général du CÉROM (Centre de recherche sur les grains), Serge Fortin, mentionne que « la Ferme de recherche en productions végétales de La Coop fédérée apporte une contribution significative au Réseau Grandes Cultures du Québec (RGCQ). Elle fournit notamment des données importantes aux producteurs agricoles, le tout sous les conditions du Québec ». L’agronome Marc Tardif du Centre de recherche sur les sols et les grandes cultures d’Agriculture et Agroalimentaire Canada ajoute que « c’est grâce à des centres de recherche comme celui de La Coop si la lutte à la fusariose dans l’orge est aussi avancée au Québec ».

L’équipe dispose de plusieurs équipements spécialisés (semoirs, moissonneuses-batteuses, balances, testeurs d’humidité, cribles, séchoirs, dépoussiéreur…) pour mener à bien ses expé- riences dans des laboratoires à ciel ouvert : des parcelles de 2 rangs sur 7 mètres (maïs) et de 1,5 mètre sur 5 (soya et céréales). La saisie des données au champ est facilitée par l’utilisation d’ordinateurs de poche. Les données sont ensuite téléchargées directement dans des fichiers informatiques, évitant ainsi la fastidieuse tâche de retranscription, avec son lot d’erreurs qu’elle peut comporter. On commence même à employer les techniques de la biologie moléculaire en allant sonder l’ADN des meilleurs sujets végétaux! Bref, pas de pendule à la Tryphon Tournesol ni de savants fous dans ce centre de recherche; que des employés compétents utilisant des équipements neufs!

L’analyse des données a lieu à la fin de la saison de culture. C’est alors le moment de faire des recommandations, de choisir les nouveaux cultivars-hybrides et de planifier les essais de l’année suivante. Une vingtaine d’hectares sont consacrés à la multiplication des cultivars jugés prometteurs, puisqu’il faut bien les multiplier si on veut les offrir sur le marché. La logistique des essais et des parcelles est un tour de force. Les terres de la ferme de recherche ont été divisées en blocs qui sont cultivés un an sur deux en maïs-grain pour « effacer » les traitements et pour pouvoir compter toujours sur le même précédent cultural.

Preuve que la Ferme de recherche s’installe à Saint-Hyacinthe pour longtemps, des travaux d’aménagement des champs ont été entrepris : drainage aux 12 mètres, consolidation des fossés, empierrement des sorties de drain, haies brise-vent. Les agronomes et technologues mettent à mal la citation presque proverbiale du célèbre général de Gaulle qui veut que « Des chercheurs qui cherchent, on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche »! En effet, au fil des ans, la Ferme de recherche a mis au point plusieurs produits innovateurs. Dans le domaine de la fertilisation, pensons à l’Hyper P (dont on détient un brevet d’invention) et à l’azote à libération contrôlée FRN. Dans les céréales, les cultivars Cyane et Païdia (orges), Torka (blé panifiable) et Hoffman (blé fourrager), Bia, Nice et Triple Crown (avoines) ont fait et font encore la pluie et le beau temps. Les nombreux hybrides de maïs et cultivars de soya (LynxRR, KG41) de marque Elite, offerts partout au Canada, assurent stabilité de rendement année après année. Enfin, c’est la Ferme de recherche qui a permis une première au Canada : l’introduction d’une luzerne hybride (HybriForce-400) sur le marché canadien.

Et comme dirait l’autre, « Et c'est pas fini, c'est rien qu'un début »!


Botanique 101

François Labrie, agronome et expert en grandes cultures, nous explique les diffé- rences entre les mots hybride, variété et cultivar, souvent alternés et confondus dans le jargon agricole :

Hybride : un hybride est le produit d’un croisement de deux lignées parentales homogènes et stables, mais ayant habituellement entre elles des caractéristiques très différentes. En résulte une plante aux caractéristiques améliorées du fait d’une vigueur apportée par l’hybridation. On utilise ce mot surtout pour le maïs et le canola, mais également pour la luzerne hybride.

Variété et cultivar : Au sein d’une même espèce, on peut retrouver plusieurs variantes ayant des caractéristiques propres; ce sont des variétés. Quand l’humain décide de cultiver ces variétés habituellement trouvées dans la nature, on dit alors d’elles qu’elles deviennent des cultivars, de la contraction des termes cultivated et variety, donc des variétés cultivées. Les mots variété et cultivar sont toutefois considérés, de nos jours, comme interchangeables. On désigne généralement les céréales et le soya par ce vocable.


Travail de chercheur, travail de moine

À l’image du moine et botaniste autrichien Gregor Mendel (rappelez-vous les « petits pois de Mendel »), le personnel de la Ferme de recherche en productions végétales travaille fort pour trouver les meilleures génétiques de céréales, maïs et oléoprotéagineuses. Il faut des dizaines, voire des centaines de croisements pour obtenir un seul nouveau cultivar ou un nouvel hybride…

Les chercheurs sont bardés de diplômes, sont des assidus des colloques et de la littérature scientifique, pourtant, ils ne sont pas vraiment des rats de laboratoire. En témoignent leurs peaux bronzées par nombre d’heures passées à mesurer des parcelles, noter des caractéristiques, échantillonner, observer. Ces chercheurs sont secondés par un personnel dévoué (chapeauté par le contremaître Daniel Fontaine) qui verra au bon déroulement des essais : fertilisation, désherbage, pulvérisation, récolte… Du véritable travail de moine. Et qu’on le fasse sous l’égide de la science ou non, la recherche demeure… de la culture! Cette année, les précipitations abondantes ont grandement compliqué les protocoles de recherche qui, en langage scientifique, auront subi l’effet de la variable « humidité »!








Baptiser les nouveautés

15W19, 90M44, 25T18, Cyane et Bia… Les chercheurs sont-ils tombés sur la tête? Comment sont déterminés les noms des hybrides et cultivars que vous planterez sous peu dans vos champs? Dans le maïs, l’industrie utilise généralement une lettre flanquée de part et d’autre de deux chiffres, avec parfois deux lettres (RR, LL ou Bt) pour indiquer une caractéristique technologique. Du côté des céréales et du soya, La Coop fédérée, après consultations, a choisi de baptiser les cultivars de noms de dieux et déesses de la mythologie grecque. Les produits offerts en codistribution avec d’autres semenciers gardent toutefois leur nom original.

 






Plusieurs silos fosses sont couverts d’une toile que l’on fixe solidement à l’aide d’un système de courroies pour éviter la détérioration de l'ensilage.




L'équipe de la Ferme de recherche en productions végétales de La Coop fédérée.




Comme l’explique
François Labrie,
« la Ferme de recherche dispose de trois moissonneuses- batteuses pour récolter l’équivalent de 65 ha et ça force
chaque année pour le faire avant le 1er novembre! ». Bien sûr, les parcelles
ne sont pas toutes
récoltées en même temps, et doivent être battues séparément, ce qui allonge les battages.



























François Labrie















Daniel Fontaine, contremaître de la Ferme de recherche. Son outil de travail? Le cellulaire!

Le chercheur Jérôme Auclair passe ses journées dans ses parcelles de soya à noter ses observations sur son ordinateur de poche.





Valérie Chabot, professionnelle de recherche

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