Comme il est intéressant de voir ce qui se passe à l’étranger, voici quelques expériences de circuits courts de commercialisation présentées dans le cadre du colloque.


Le 16e Congrès mondial d’agriculture biologique de l'IFAOM (International Federation of Organic Agriculture Movements) s’est tenu au mois de juin dernier à Modène, en Italie, un berceau de l’agriculture biologique. Dans cette seule région, on compte près de 500 entreprises certifiées bio et plus de 4000 dans la province d’Émilie-Romagne. Un lieu tout désigné pour rassembler 1100 participants afin d’échanger sur divers aspects en lien avec ce type d’agriculture, tant au chapitre de la recherche, de la mise en marché, des aspects sociaux que des appuis politiques. C’est en tant que chargée du projet Agriculture soutenue par la communauté d’Équiterre1 que j’ai eu la chance d’y faire découvrir le modèle d’Agriculture soutenue par la communauté (ASC) québécois.

Une journée portant sur la mise en marché des aliments biologiques a permis d’en apprendre davantage sur les initiatives de rapprochement fermes-consommateurs ayant cours ailleurs dans le monde. La mise en marché sans intermédiaire permet au producteur d’avoir toute la latitude de déterminer ses modalités de vente (horaire de livraisons, type de contrats, etc.) et surtout, le prix de vente de ses aliments. En ayant un contact direct avec les clients, il est possible de leur expliquer les facteurs qui influent sur les prix et la production agricole. Qui dit explication, dit dialogue, compréhension, compassion et fidélité. Le grand intérêt de la mise en marché directe vient du fait que 100 % du dollar dépensé par le consommateur se retrouve à la ferme, un principe considérable.

Au Japon
Shinji Hashimoto présentait la formule des Teiki. Il s’agit de contrats d’approvisionnement pour une saison complète où les consommateurs s’engagent en payant à l’avance aux producteurs. Les consommateurs prennent en charge l’organisation des points de livraison en ville et sont ensuite invités à venir aider dans les champs. Ces derniers ont développé ces liens dans les années 70 à l’initiative de mères s’inquiétant de plus en plus de la provenance de leurs aliments et du milieu agricole qui s’effritait. Certains Teiki se transforment avec le temps en coopératives de producteurs et de citoyens où le lien est défini en fonction des capacités des deux parties.

Aux États-Unis
Chez nos voisins du sud, on assiste à une incroyable recrudescence des marchés publics. En effet, ils sont passés de 1755, en 1994, à 4385, en 2006. De plus, on voit croître la formule Community Supported Agriculture, implantée au milieu des années 80 par la ferme Indian Line au Massachusetts. On compte maintenant plus de 2000 fermes opérant sous ce modèle. Le soutien des citoyens, qui paient d’avance comme dans le cas de l’ASC au Québec, a été crucial à cette époque où plusieurs agriculteurs ont été contraints de vendre en raison des taux d’intérêt vertigineux. Au fil du temps, le soutien des citoyens continue d’être d’actualité et de grande pertinence.

En France
En 2000, lors d’un voyage à New York, un couple d’agriculteurs de la région de Marseille rencontrait Jean-Paul Courtens de la ferme Roxbury Farm qui opérait selon le modèle américain de Community Supported Agriculture. De retour chez lui, au cours d’une rencontre de l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne France (ATTAQ), le couple proposait à ses concitoyens de partager avec lui les récoltes de légumes de la ferme. Depuis, le système de l’Association pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) connaît une belle popularité et est coordonné régionalement. On compte à l’heure actuelle environ une centaine de fermes dans toute la France et plusieurs sont en développement. www.alliancepec.free.fr

Au Royaume-Uni
L’organisme Soil Association au Royaume-Uni s’est engagé à créer un rapprochement entre les fermes et les citoyens. Concrètement, de 2002 à 2005, l’organisme a mis sur pied le projet Cultivating Communities qui proposait le modèle de l’ASC à 12 nouvelles fermes. Présentement, il démarre le projet Making Local Food Work qui explorera différentes initiatives et qui fera le pont entre l’économie locale et la sécurité alimentaire sous l’angle de l’accessibilité aux aliments. Il examina la microtransformation collective, les groupes d’achat et les coopératives conjointes de producteurs et consommateurs. On peut en savoir plus sur le site de la Soil Association au www.soilassociation.org Toujours au Royaume-Uni, l’organisme Sustain (voir www.sustainweb.org) propose aux agriculteurs de vendre leurs aliments à des institutions publiques en faisant des liens avec une vingtaine d’hôpitaux. On compte aussi cinq centres pour personnes âgées, approvisionnés de la même façon, et cinq écoles. Il suffit d’une dose de volonté politique et de flexibilité dans les cuisines des grands établissements pour que cette initiative puisse être reproduite dans d’autres pays et ainsi favoriser la mise en marché locale, la santé des gens et l’essor des agriculteurs.

En Ontario
Dans la ville de Peel, en Ontario, un projet permet aux citoyens de mieux connaître les agriculteurs de leur région. Le projet Grown in Peel propose un guide et un site Internet listant les fermes qui ouvrent leurs portes au public. Les institutions locales se sont activées dans le projet afin d’en assurer le financement et la diffusion. Dans la ville de Caledon, l’organisme Caledon Countryside Alliance, mis sur pied pour promouvoir la santé dans la collectivité, a initié l’an passé le projet Eat Local Caledon. L’organisme propose notamment une semaine d’alimentation locale à laquelle participent citoyens et agriculteurs dans un grand marché public. Ces initiatives portent fruit à l’échelle locale et sont inspirantes lorsque coordonnées avec énergie et rigueur.

Un marché public dans les rues de Modène lors du Colloque IFOAM en juin 2008


En Italie
Les achats sur le Web étant de plus en plus populaires, une initiative dans la province de Parma permet à des agriculteurs de se faire connaître et de vendre leurs produits à des citoyens sur Internet. En effet, le site www.biologico.parma.it regroupe 70 agriculteurs offrant plus de 30 catégories d’aliments, tous biologiques. De plus, on prévoit des ententes de production pour satisfaire la demande croissante du côté des transformateurs et grossistes qui ont aussi accès à ce site. Le but étant de rapprocher les principaux intéressés sur une base régionale. Enfin, en Italie en lien avec la mise en marché directe, l’initiative des Gruppi d'acquisto solidale fut présentée. Ces groupes sont coordonnés par les consommateurs, qui organisent les commandes, et les producteurs, qui organisent leur offre. On peut les comparer aux nouveaux Marchés de solidarité que l’on voit émerger de plus en plus au Québec. On compterait environ 450 Gruppi d’acquisto solidale approvisionnant 20 000 familles. On peut lire, bien qu’en italien, ce qui se dégage de ce modèle inspirant en visitant le www.retegas.org

L’alimentation en institutions réglementée en Italie
L’Italie a inscrit dans sa loi, en 2002, l’obligation pour les cafétérias des institutions publiques de s’approvisionner en aliments principalement locaux, si possible bio ou du terroir. Utopie? Je dirais que c’est de l’audace et de la vision. Cette loi entrera pleinement en vigueur cette année et il en résultera un million de dîners responsables en Italie chaque jour! Ce colloque a donc permis de faire découvrir aux participants des initiatives de mise en marché directe tout aussi intéressantes et pertinentes les unes que les autres!

1 L’Agriculture soutenue par la communauté suppose l’engagement d’avance des citoyens pour un partenariat de récolte d’une saison maraîchère. On peut aussi s’engager auprès d’un éleveur dans ce modèle. Équiterre assure la coordination d’un réseau d’agriculteurs au Québec qui opèrent sous cette formule. L’organisme appuie les fermes dans l’établissement de leur projet, favorise les échanges et sensibilise la population.

Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés