Le P se retrouve normalement en très faible concentration dans l’eau. Il s’y retrouve en quantité plus importante suite à des apports de sources ponctuelles ou diffuses. Les sources ponctuelles telles que les rejets directs d’usines, de municipalités ou d’infrastructures agricoles défectueuses ont été visées par plusieurs efforts d’assainissement au cours des dernières décennies. Maintenant, les efforts de travail sont donc plutôt dirigés vers les sources diffuses, qui touchent directement le milieu agricole.


Le phosphore (P) est un élément chimique non métallique abondant dans la nature. Avec le carbone, l’hydrogène, l’oxygène et l’azote, il fait partie des cinq éléments nutritifs essentiels à la vie. Il est présent de façon naturelle dans le sol, bien que les concentrations observées puissent être très variables selon les régions. Ce P naturel provient de l’altération de la roche mère. Bien que le sol contienne initialement une quantité intéressante de P, seule une faible proportion de celui-ci est assimilable par les plantes. Généralement, ce phosphore « biodisponible » demeure insuffisant pour répondre aux besoins des cultures dans les systèmes de production agricole modernes. C’est pourquoi en agriculture, on a développé la pratique de la fertilisation phosphatée.

Bien que le P ne soit pas toxique pour l’être humain, depuis le début des années 90, on se préoccupe de l’ensemble des sources de phosphore appliqué sur les terres agricoles, car en quantité excessive il peut être dommageable pour l’environnement.

En quantité excessive dans l’eau, le P favorise la croissance rapide de la végétation aquatique, comme les phytoplanctons et les algues. Cette croissance anormale de la flore aquatique, aussi appelée eutrophisation, en plus de causer des problèmes de perception visuelle, peut également poser des problèmes sanitaires (par ex. : libération de toxines par les algues bleu vert).

La majeure partie du phosphore qui se retrouve au cours d’eau provient du transport de particules fines de sol lors d’évènements de ruissellement. Il est d’ailleurs important de mentionner ici qu’il est clairement établi qu’une proportion relativement restreinte du territoire est responsable de la majorité des exportations de P. En fait, les exportations de P surviennent surtout au cours de quelques évènements de ruissellement de forte intensité particulièrement à la fin de l’hiver et au printemps (entraînant des particules de sol fixatrices de P vers les cours d’eau).

Le reste du P de source diffuse arrivant au cours d’eau provient du transport de formes disponibles de P par les drains souterrains. Cependant, l’état actuel des connaissances sur la migration du P démontre que l’aménagement de systèmes de drainage souterrain, par son effet sur la réduction du volume de ruissellement de surface, contribue plutôt à atténuer les exportations totales de phosphore vers l’écosystème aquatique.

Une bonne connaissance de la teneur en P d’un sol, de sa capacité de rétention et des pratiques culturales qui les influencent est insuf-fisante pour définir entièrement le risque de perte de P pour un champ en particulier. C’est plutôt la compréhension des processus hydrologiques qui est au cœur de l’évaluation du risque de contamination des cours d’eau par le P d’origine diffuse.

Quatre principaux facteurs influent sur le ruissellement de l’eau de pluie à la surface d’un champ : l’intensité des précipitations, la rugosité de la surface du champ, la capacité d’infiltration du sol et la profondeur de la nappe d’eau dans le sol. Lors de pluies, si l’intensité des précipitations dépasse la capacité d’infiltration du sol, le ruissellement se produira. Pour une même intensité de pluie, un sol moins perméable atteindra un état de saturation plus rapidement et engendrera un ruissellement plus abondant. Une surface de champ plus rugueuse retardera cependant le phénomène, car elle peut retenir un volume d’eau plus important avant que le ruissellement se déclenche. La culture sur résidus repose sur ce principe. Enfin, une position élevée de la nappe d’eau contribuera au déclenchement hâtif du ruissellement. C’est généralement le cas à la fin de l’hiver et tôt au printemps, alors que le sol est gelé ou saturé en eau et que la fonte des neiges contribue à un fort apport d’eau en surface. Il est évidemment impossible d’agir sur l’ensemble de ces facteurs, mais le choix des façons de travailler le sol peut influencer la majorité d’entre eux.

On peut alors conclure qu’afin de prévenir la mobilité du P, il est impératif d’intervenir à la fois sur le choix des sources et les mécanismes de transport du P. Pour prendre les meilleures décisions en rapport au contrôle de la pollution diffuse, les professionnels de l’agriculture doivent donc avoir une vision globale incluant le choix des sources de fertilisants phosphatés (fumier, lisier, engrais minéral), le choix des sites récepteurs et des pratiques culturales, la capacité de réception du sol (bilan P, indice de saturation), la période et le mode d’épandage. Enfin, cette vision globale doit intégrer la compréhension des particularités physiques du site et des facteurs favorisant le ruissellement, comme la topographie, la présence de zones humides ou inondables, la distance des cours d’eau, la présence de bandes riveraines, la texture du sol, la classe de drainage et la hauteur de la nappe d’eau.

Par la collecte des données nécessaires à la préparation d’un plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF), les conseillers ont en main une bonne partie des informations qui leur permettront de suggérer à leurs clients des pratiques plus judicieuses de valorisation des engrais organiques (période et mode d’épandage) et des pratiques culturales qui limiteront le transport du P vers les cours d’eau. L’intégration progressive de ces pratiques par les producteurs agricoles permettra de contribuer à l’amélioration de la qualité des eaux de surface au Québec et constituera une preuve supplémentaire de la capacité de ces derniers à se prendre en main pour régler des problèmes spécifiques liés à la qualité de l’environnement rurale.

Pour obtenir de plus amples informations à ce sujet, nous vous invitons à consulter les quatre fiches techniques récemment publiées par l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) :

Fiche 1 : La mobilité du phosphore : du sol au cours d’eau;

Fiche 2 : Les sources, les formes et la gestion du phosphore en milieu agricole;

Fiche 3 : Le transport du phosphore;

Fiche 4 : Les outils de caractérisation du risque de perte de phosphore vers les eaux de surface.

Ces fiches sont disponibles sur le site Internet du Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) : www.craaq.qc.ca



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