Jean*, 50 ans, a intégré sa fille Annie*, âgée de 25 ans, dans l’entreprise familiale l’an passé. Elle est maintenant propriétaire à 35 %. Le père a approuvé le choix de sa fille qui tenait à négocier les trois prêts de la ferme pour un terme fixe d’un an. Celle-ci se disait que payer moins cher à court terme aiderait l’entreprise à contrer l’accroissement des prix des intrants. Les économies réalisées ainsi seraient plus grandes que les coûts à défrayer en cas d’augmentation des taux d’intérêt dans le futur. Or, les marchés ont changé en 2008. Le père craint une hausse des taux d’intérêt. Il a vécu les taux élevés des années 80 et préférerait un taux fixe à long terme, car même si les paiements sont plus coûteux, les risques sont moindres.


La clé : une ossature étanche
Nous avons soumis le cas à Marc-André Rioux, Germain Gourde et Marc Fortin, directeurs de relations d’affaires de la région de Québec à Financement agricole Canada.

« Il arrive souvent que les actionnaires n’aient pas la même tolérance pour le risque, soutient M. Rioux. C’est une situation assez typique des entreprises bigénérationnelles. » Il n’y a pas de mauvais choix. L’important c’est que celui-ci soit adapté à la situation de chacun et respecte la tolérance de l’entreprise aux fluctuations du marché. Pour ce faire, il faut déterminer la capacité de la ferme d’absorber les fluctuations des taux. Dans ce cas, la ferme a une dette de 885 000 $ et un solde résiduel, bref une marge de manœuvre, de 20 000 $.

Dans un deuxième temps, on doit considérer la tolérance ou la zone de confort des actionnaires pour préserver l’harmonie dans l’entreprise. Comment se sentiraient-ils si le solde résiduel n’était que de 9000 $ l’an prochain?

Il faut également prendre en considération l’état du marché. Les taux fluctuent à la hausse ou à la baisse selon certains événements (hausse des coûts énergétiques, des matières premières, des céréales et de leurs intrants, de la stabilité politique mondiale, pour n’en nommer que quelques-uns) ou selon l’impact que ceux-ci pourraient éventuellement avoir sur les marchés.

Taux court terme, variable
Le taux variable fluctue régulièrement selon les marchés. Par exemple, d’après les données de la Banque du Canada, l’amplitude du taux variable pour la période de juin 2003 à juin 2008 fut de 2,5 % : le plus élevé ayant été de 6,25 % et le plus bas de 3,75 %, pour une moyenne de 5,04 %.

Taux 5 ans fixe
Toujours selon les données de la Banque du Canada, la moyenne du taux 5 ans pour la période de juin 2003 à juin 2008 était de 6,53 %. Pour aider nos producteurs à prendre leur décision, nos directeurs ont préparé trois stratégies et utilisé la moyenne des taux affichés de la Banque du Canada pour les 5 dernières années, soit un taux variable à 5,00 % et un taux 5 ans à 6,50 % (les taux ont été arrondis dans un but de simplification).

1 – 100 % des prêts sur taux variable
Si nos actionnaires renouvellent leurs prêts à un taux variable de 5,00 %, ils réaliseront une économie immédiate de 3000 $ par année, par rapport au taux actuel de 5,50 %. Par ailleurs, si nous appliquions la même fluctuation que nous avons vécue au cours des 5 dernières années, soit un maximum à 7,50 % et un minimum à 3,75 %, la variation des paiements serait de -6000 $ (taux à la baisse) à + 14 000 $ par année (taux à la hausse).

2 – 100 % des prêts sur taux fixe 5 ans
S’ils optent pour renouveler leurs prêts à un taux fixe de 6,50 %, leurs paiements augmenteront de 5000 $ par année par rapport au taux actuel de 5,50 %. Cependant, la ferme ne serait plus assujettie aux fluctuations du marché pour les cinq prochaines années.

3 – Répartition des termes entre variables et fixes
Cette stratégie pourrait être un compromis intéressant, qui permettrait d’amoindrir le risque tout en offrant aux actionnaires certains avantages des taux à court terme. Les trois prêts seraient répartis ainsi :

• 5 ans fixes à 6,50 % pour le premier prêt de 355 000 $;
• taux variable à 5,00 % pour le deuxième prêt de 330 000 $;
• 3 ans fixes à 6,20 % pour le dernier prêt de 200 000 $.

En fixant les tranches de la sorte, la ferme aurait 60 % de ses prêts à taux fixe et 40 % à taux variable. Les fluctuations pourraient varier de - 3000 $ (taux variable à la baisse) à + 5000 $ par année (taux variable à la hausse). Les paiements seraient majorés de 2000 $ par année par rapport au taux actuel de 5,50 %.

La stratégie 1 est celle qui permet, en situation de baisse des taux, d’obtenir la meilleure marge, mais laisse peu de manœuvres en cas de hausse. La stratégie 2 est celle qui présente le moins de fluctuation. Quant à la stratégie 3, il s’agit d’un compromis entre la sécurité et le risque.



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