« La conciliation est une de ses grandes forces, indique Étienne Tessier, président de La Coop Saint-Casimir. Lorsqu’il était lui-même président de la coopérative, il favorisait toujours la discussion. »


Sans peut être le savoir, Michel mettait de l’avant ce que mère Teresa de Calcutta avait prêché tout au long de sa vie : « Ce qui a pris des années à bâtir peut être détruit en quelques secondes. Il faut bâtir malgré tout. » Il est de la trempe de ceux qui ne baissent pas les bras. De ceux qui érigent. Qui donnent au suivant.

À 69 ans, Michel est le doyen du conseil d’administration de La Coop fédérée. En février prochain, après deux mandats de trois ans, il tirera sa révérence de la vénérable organisation. C’est au transfert de son entreprise à ses enfants Ginette, Alain et Chantal qu’il consacrera une bonne part de son énergie. Il s’y attarde déjà depuis 1993.

Le processus n’a pas été sans difficulté. Les relations de couple houleuses de deux de ses enfants ont retardé le projet. Mais les choses se tassent. On trouve des terrains d’entente. L’avenir se trace.

Assurer la pérennité de son entreprise figure parmi ses principales préoccupations. Le développement de multiples secteurs d’activité sera au cœur de son évolution.

La ferme laitière, fondée en 1817, est aujourd’hui prise en charge par son fils Alain : 75 hectares (220 arpents), 45 vaches, dont 37 en lactation, 8500 kilos de moyenne. Avant la destruction du bâtiment, on élevait 125 têtes. Les 50 laitières comblaient le quota de 50 kilos. Une part du droit de produire a été vendue pour financer la nouvelle étable. L’entreprise dispose de surplus de foin dont une partie alimente les trente Belted Galloway du troupeau de la ferme Douville et Filles SEP. Cette entreprise, propriété de Chantal, Ginette et de René, son conjoint, ainsi que de Michel, qui en détient une participation de 25 %, commercialise la viande de ces bovins originaires d’Écosse. Pour le reste des surplus de fourrages, Michel envisage de les sécher dans un conteneur doté d’un système à vacuum. Une façon de faire qu’il aimerait mettre au point avec le Groupe Conseil R&D. Le foin entreposé à la ferme serait commercialisé aux États-Unis auprès d’éleveurs de chevaux.

On donnera aussi de l’ampleur au commerce du bois de chauffage tiré de l’exploitation de leur forêt. Elle abrite 25 essences que l’on gère de façon raisonnée. Mais sans verser dans la manière catégorique avec laquelle milite son chanteur et poète préféré, Richard Desjardins. Et l’acériculture, une des passions de Michel, ne sera pas en reste. Il est animateur chez Citadelle depuis trois ans.

Enfin, il y a Sarah, sa petite-fille, âgée de 21 ans, qui termine cette année une formation en horticulture. Elle aimerait ériger un complexe serricole à la ferme. Ses parents, Ginette et René, l’appuient dans cette démarche. Michel souhaite que les activités de la ferme puissent se compléter l’une l’autre en matière de machinerie, de disponibilité de terres et de main-d’œuvre.

« Malgré son tempérament plutôt calme, il fait preuve de dynamisme », indique Gilles Devault, maire de Sainte-Anne-de-la-Pérade, qui l’a côtoyé au conseil municipal.

Gérard Montour qui a siégé au conseil d’Agropur avec Michel abonde dans ce sens : « Il est un des premiers producteurs au Québec à avoir formé une compagnie avec son épouse. Il est féru d’informatique et de gestion d’entreprise. Il adopte rapidement les nouvelles technologies. » Au début des années 80, avec deux autres producteurs laitiers, il achète de la machinerie et une terre pour y élever des taures. Cette petite cuma leur permet de mettre l’accent sur le quota et les animaux. « Michel a toujours favorisé la coopération et l’échange de services avec ses pairs, soutient Étienne Tessier, l’un des trois producteurs. Il ne fonctionne pas par coups d’éclat. »

Michel épouse Carmen Rompré en 1959. Ils font connaissance alors qu’ils travaillent tous deux à Saint-Anne-de-la-Pérade dans l’usine de bois qui appartient au père de Carmen. Cinq enfants naissent de leur union en l’espace d’un peu plus de cinq ans. Deux d’entre eux, des garçons, décèdent en bas âge. Le premier, six mois après sa naissance en 1960, d’une fulgurante infection au cerveau. Son frère, né l’année suivante, en 1961, meurt à l’âge de 10 ans, des suites d’une violente grippe qui l’a maintenu deux mois dans le coma. Michel en parle avec douleur. Ses yeux bleus voilés de larmes. Lorsqu’il vous parle, Michel vous fixe toujours droit dans les yeux, sans jamais détourner le regard. On ne peut ignorer l’émotion qui s’en dégage.

L’homme engagé
Il fait son primaire à l’école du rang. Et déjà, il doit tirer les vaches, à la main. Il entre comme pensionnaire au Séminaire de Nicolet pour y faire son cours classique, grâce aux bons soins d’un de ses arrières-grands-oncles paternels, Monseigneur Irénée Douville, qui laissa en héritage des pensions afin que les enfants des futures générations de la famille puissent entreprendre des études. La formation qu’il y acquiert et les nombreuses activités qu’il y pratique, sportives entre autres, lui seront utiles toute sa vie. Prélude à une longue série d’engagements dans son milieu. L’institution possède aussi une bibliothèque bien garnie. La lecture restera pour lui un de ses passe-temps préférés. Le jeune Michel redouble sa première année. « Quand la saison de hockey commençait, mes notes se mettaient à baisser. » Il est en effet plus souvent sur les patinoires, qu’attablé devant ses devoirs. Au terme de la quatrième année, il retourne à la ferme pour soutenir son père malade. Il ne complétera pas son cours classique.

De 1956 à 1963, il passe l’hiver dans les chantiers forestiers. La vie y est rude. « Dans la région, à l’époque, il n’y avait essentiellement que deux choix, dit-il, le lait ou le bois. »

En 1961, il est embauché à l’usine laitière de Sainte-Anne-de-la-Pérade qui appartient à Agropur. En 1967, il suit un cours sur la transformation du lait à l’ITA de Saint-Hyacinthe qui vient tout juste d’être formé. Il analyse le lait alors livré en bidons. On le nomme secrétaire du syndicat des travailleurs de l’usine, puis président.

En 1972, son père, Pierre Douville, que la maladie accable de plus en plus, souhaite vendre la ferme. Aîné d’une famille de sept, Michel est le seul qui manifeste de l’intérêt. Les autres ont tous déjà amorcé des carrières hors agriculture. Il a 34 ans. Avec un troupeau de 15 vaches, on produit du lait d’avril à novembre. Il gardera son emploi à la fromagerie jusqu’en 1979.

Dans les années 80, il siège au conseil municipal de Sainte-Anne-de-la-Pérade, poste qu’il quitte en 1989. Son épouse et sa fille Ginette lui succéderont tour à tour. De 1987 à 1996, il est administrateur chez Agropur. Il est défait le temps d’un mandat. Puis siège de nouveau de 2000 à 2003. « C’était un homme de peu de mots, mentionne Jacques Cartier, président de la coopérative laitière de 1992 à 2002. Mais par ses interventions réfléchies, ils pouvaient faire une différence dans un dossier. Je le qualifierais de force tranquille et de stratège politique. »

Photo : Patrick Dupuis

Des qualités qui le conduisent au Syndicat des producteurs de bois de la Mauricie en 1996. Il en sera le président pendant trois ans. Il prend position dans de nombreux débats tout en sachant faire la part des choses entre syndicalisme et coopération.

Toujours en 1996, il entre au conseil d’administration de la coopérative de Saint-Casimir. Un concours de circonstances le mène directement à l

a vice-présidence. L’année suivante, et jusqu’en 2005, il assure la présidence. Il se retire du Syndicat des producteurs de bois en 2007 puis de la coopérative de Saint-Casimir en 2008. Durant son passage à Saint-Casimir, Michel a notamment occupé le poste d’administrateur de Meunerie Coop régionale, formée en 2004, un regroupement composé des coopératives Saint-Casimir, CoopPlus et Pont-Rouge mis sur pied à la suite de l’incendie de la meunerie de cette dernière. Le projet a permis d’optimiser les activités de meunerie. Puis il a été président du Centre d’engrais Portneuf-Mauricie, qui rassemble les coopératives Saint-Casimir, Saint-Ubald, CoopPlus et l’entreprise Patates Dolbec. « C’est un homme extrêmement travaillant, assure Serge Touzin, qui a été directeur général de La Coop Saint-Casimir pendant 11 ans. Il est très disponible, d’une grande écoute et discret. On peut se confier à lui. »

Avec une telle feuille de route, il est hors de question que Michel se retire de la circulation. « Quand on laisse une occupation, dit-il, ce n’est pas long qu’on se détache, qu’on perd le fil des événements. Il faut toujours avoir quelque chose devant soi. Quand j’ai été défait du conseil d’Agropur en 1996, je n’étais pas prêt à ça. Il m’a fallu deux mois pour me virer de bord. »

Dans la foulée des entreprises Haybec et Grains Elite, il veut former une coopérative de séchage de foin à La Coop Saint-Casimir pour encourager la commercialisation des produits des agriculteurs.

Michel est président de la Corporation de gestion de la rivière Sainte-Anne, un organisme qui gère le cours d’eau et le bassin versant de façon durable. L’environnement est aussi pour lui un cheval de bataille. Il est également administrateur à la Corporation d’aménagement de la protection de la Sainte-Anne, au sein de laquelle il représente les pourvoyeurs pour la pêche aux poulamons, une activité qui en est à sa 70e année d’existence. Michel et Carmen sont membres de la société d’histoire du village fondé en 1667. De nombreuses personnalités y ont d’ailleurs vécu, Madeleine de Verchères, Honoré Mercier, notamment, ou ont été de passage, Charles de Gaulle en 1967.

Avec SOCODEVI, au cours des années 80, il avait contribué à la mécanisation de fermes laitières dans la région de la capitale péruvienne, Lima. Il compte un jour y retourner. Pour donner, tant que faire se peut, une autre part de lui-même. « Dans l’engagement, on va parfois chercher plus qu’on ne donne », dit-il.

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