Deux événements récents ont été l’aboutissement d’une grande réflexion sur le projet Chrysalide : l’assemblée semestrielle, le 21 août, où l’on présentait le plan global du projet, et le Sommet des décideurs, le 16 septembre, où les présidents de coopératives étaient invités à se prononcer sur ce projet. À l’issue de cette journée mémorable de début d’automne, moment où la nature prépare son cocon pour se protéger de l’hiver, la nymphe du réseau La Coop, elle, se préparait à prendre son envol. Les 56 coopératives actives en productions animales ont adhéré à l’unanimité au projet Chrysalide!

Entrevue sur le vif avec le président de La Coop fédérée, Denis Richard

Le Coopérateur agricole : M. Richard, vous attendiez-vous à ces résultats?
Denis Richard : J’étais certain que le projet serait bien reçu auprès des coopératives, mais j’avais des doutes quant à l’adhésion de toutes les coops. En fait, j’étais convaincu, pour toute sorte de raisons, que deux, peut-être trois, n’y souscriraient pas. Tellement que nous avions réservé du temps en après-midi pour décider ensemble comment nous allions composer avec ces coopératives. C’est sûr que l’unanimité me satisfait grandement.


C.A. À la semestrielle, il y avait trois ou quatre coopératives qui manifestaient des réticences face au projet. Que s’est-il passé pour qu’elles adhèrent aujourd’hui?
D.R. Nous les avons rencontrées en privé et nous avons simplement répondu à toutes leurs questions de façon très transparente.


C.A. Quelques présidents ont questionné le bien-fondé d’une gouvernance assumée par le conseil d’administration de La Coop fédérée. Pourquoi?
D.R. En effet, certains présidents auraient préféré un conseil d’administration dédié à la mise en place du projet Chrysalide sur lequel siégeraient des représentants de différentes coopératives. C’est alors que j’ai rappelé les deux chapeaux de responsabilité portés par le conseil d’administration de La Coop fédérée. Soit celui de faire fonctionner une entreprise, La Coop fédérée ayant des opérations, et celui d’administrer une fédération de coopératives. À ce titre, chaque administrateur se doit d’amener au conseil les besoins de la base et retourner l’information à la base. Il y a déjà une structure de gouvernance du réseau qui fonctionne, il n’y a donc pas d’intérêt à les multiplier.


C.A. En tant que président de La Coop fédérée, qu’avez-vous à faire dans ce projet demain matin?

D.R. Je n’ai plus rien à faire (rire). Non, nous aurons beaucoup d’accompagnement à faire dans l’orientation de Chrysalide. La mise en place du projet revient au chef de la direction, mais les orientations et les arbitrages relèvent des représentants des propriétaires.


C.A. Quel est le plus grand défi de Chrysalide?
D.R. Il y en a plusieurs, mais l’un des grands défis est certainement la gestion coordonnée des meuneries retenues et la mise en place des systèmes informatiques pour permettre de répondre efficacement aux demandes des membres.


C.A. Si le projet n’avait pas été accepté, que serait-il arrivé au réseau La Coop?
D.R. Nous aurions subi plutôt que réagi aux événements et aux tendances du marché. Et dans ce contexte, nous aurions perdu plusieurs coops. Rappelons que le but premier de Chrysalide est de pouvoir réagir aux marchés plus rapidement.


Il n’y a pas de projets majeurs :
     - sans bouleversements majeurs
     - sans inconfort
     - sans inquiétude

                           Claude Lafleur, chef de la direction



Pourquoi cette transformation?
ans un article sur le projet Chrysalide, publié dans Le Coopérateur de décembre 2007, Claude Lafleur et Denis Richard ont donné les trois principales raisons qui forcent le réseau La Coop à faire cet important changement.

Diminution du nombre de fermes au Québec :
La tendance porte à croire que d’ici 10 ans, plusieurs milliers des 30 000 fermes actuellement en production au Québec auront disparu. Les producteurs agricoles n’ont tout simplement plus les moyens de supporter toutes les infrastructures qui avaient été mises en place lorsqu’il y avait 65 000 fermes au Québec.

Besoin de se démarquer de la concurrence :
On vit dans une économie agricole mature. Et dans toute économie mature, il y a des stratégies à mettre de l’avant pour s’adapter et progresser. La première, c’est la différenciation par rapport à la concurrence. Dans un marché globalisé, les entreprises qui se distinguent et qui réussissent ont une marque de commerce forte.

Nécessaire réduction des coûts de production :
La pression sur nos marges et un dollar canadien très élevé touchent tous nos secteurs d’activité, et particulièrement celui du porc. Des efforts appréciables ont été réalisés à La Coop fédérée et dans ses coopératives affiliées pour réduire les coûts de production, mais ces efforts ont atteint leur limite. Désormais, ce n’est que collectivement que nous pourrons aller plus loin.






Présentation du chef de la direction, Claude Lafleur


« Il y aura désormais l’avant 16 septembre et l’après 16 septembre », lance le chef de la direction, Claude Lafleur après que chaque coopérative ait affirmé, au micro, son adhésion. M. Lafleur présente son plan de déploiement qui s’échelonnera sur trois ans. L’aspect communication occupe une grande place dans cet exercice.

Il rappelle les objectifs de Chrysalide :
• Réduire les coûts à la ferme et améliorer la rentabilité des coopératives;
• Améliorer les produits et services;
• Obtenir une plus grande satisfaction des membres.

Il explique à nouveau ce que sont l’arrière-boutique et le pignon sur rue, une façon de faire qui permettra au réseau La Coop de réagir plus rapidement aux marchés.

Les activités d’arrière-boutique, regroupées sous la responsabilité de La Coop fédérée, comprennent notamment la coordination et la gestion des usines; la formulation des moulées ainsi que le contrôle de la qualité; la logistique et la gestion des technologies de l’information.

Quand aux activités du pignon sur rue, assumées par les coopératives, elles comprennent, entre autres, la gestion des équipes de vente, du marketing (promotions, positionnement de produits) et du service à la clientèle.

M. Lafleur assure que le réseau La Coop n’est pas le premier à mettre en place un projet aussi complexe.



Bien que tous aient adhéré à l’une des plus grandes transformations de l’histoire du réseau La Coop, quelques-uns ont manifesté des inquiétudes.
C’est le cas de Jules Malouin, président de La Coop Saint-Damase. Déjà à la rencontre semestrielle, il nous faisait part de certaines appréhensions. Malgré cela, sa coopérative a voté en faveur du projet : « Notre rencontre, après la semestrielle, avec Claude Lafleur, Denis Richard et Gilles Denette a éclairci beaucoup de zones grises. Disons que nous pouvions poser des questions davantage liées à notre situation, ce qui nous a aidés à mieux comprendre le projet. » M. Malouin estime, par ailleurs, que le fait que chaque meunerie aura, en quelque sorte, son créneau de fabrication, a rassuré son conseil. Saint-Damase évolue déjà dans un créneau de niche puisqu’elle produit des moulées pour cailles, canards, etc.

Mathieu Couture, président de La Coop Alliance, manifeste aussi quelques réserves. « Nous adhérons totalement au projet, seulement on veut être un peu plus impliqué. À la rencontre semestrielle, nous n’avions pas beaucoup d’information et nous avions à prendre une décision pour le 16 septembre. J’avoue qu’une autre rencontre s’est tenue le 5 septembre et, là, on a obtenu plus de renseignements. » En fait, ce qui titille le plus ce président c’est que sa meunerie est relativement neuve et que ses données démontrent qu’elle est rentable. Le président de La Coop Alliance conclut que la décision d’adhérer au projet s’est prise sous deux conditions : que la nouvelle façon de faire soit aussi bénéfique pour ses membres que la situation actuelle, et que si l’évolution du projet ne leur convenait pas, ils auraient toujours le choix de se retirer.

D’autres étaient convaincus d’avance des retombées importantes de ce projet.
Alain Larochelle, président d’Unicoop, a fait part au Coopérateur qu’il était totalement en accord avec cette réorganisation de l’activité meunerie dans le réseau. « À Unicoop, nous avons connu plusieurs fusions. Chaque fois nous avons dû fermer des meuneries, et chaque fois la décision a entraîné des économies importantes. » M. Larochelle estime même que les économies potentielles, de plusieurs millions de dollars, selon le plan global du projet présenté par Gilles Denette, sont conservatrices.

Pour sa part, Laurent Proulx, président de Purdel, est d’avis qu’il ne faut pas attendre la décision de l’OMC pour bouger. M. Proulx fait référence à la possible entente à Genève qui bouleverserait le système de gestion de l’offre canadien. « Je ne peux pas accepter que tous nos aliments proviennent de l’extérieur et que nous devenions chômeurs. » Selon M. Proulx, il faut agir tout de suite en baissant les coûts de production.


 
Jules Malouin, président de La Coop Saint-Damase
Mathieu Couture, président de La Coop Alliance
Alain Larochelle, président de La Coop Unicoop
Laurent Proulx, président de La Coop Purdel



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