Pont-Rouge, vendredi 4 janvier 2008, midi moins quart. Le téléphone sonne. Un téléphone qui prolongera les Fêtes! « Ça faisait cinq ans qu’on était juste sur le bord de l’avoir. Dans notre catégorie, nous étions toujours parmi les dix premiers éleveurs au Canada », mentionne Sylvain Richard.


Ferme Ringo
Pas des sprinteurs, des marathoniens


Des éleveurs attentifs aux conseils de Martin Grenier, expert-conseil à La Coop Pont-Rouge

En janvier dernier, les Richard de la Ferme Rigo se sont donc qualifiés pour les « Jeux olympiques », présentés cette année en mars à London, Ontario. Leur épreuve : le marathon. Car oui, pour eux, remporter un titre de maître-éleveur pour lequel on n’est éligible que tous les 15 ans, peut être comparé à un long parcours de 42,195 km. Une course au cours de laquelle on doit fournir un effort constant, même dans les moments les plus pénibles.

La plus haute marche du podium, ils sont 21 éleveurs de partout au Canada à l’avoir gravi lors de l’assemblée annuelle de Holstein Canada. Yvon Richard, 63 ans, sa conjointe Louise et leur fils Sylvain, 40 ans, obtiennent cette année une première plaque de maître-éleveur qui leur vaut bien une médaille d’or!

Les raisons de leur victoire? Ils ne les connaissent pas eux-mêmes… C’est que les petits gestes quotidiens, ces pratiques gagnantes devenues des automatismes sont difficiles à identifier pour eux. Heureusement que leur conseiller technique, Martin Grenier de La Coop Pont-Rouge, me souffle quelques réponses à l’oreille.

Pour au moins une dixième année consécutive, la moyenne de production laitière par vache se situe entre 10 000 et 11 000 kg de lait. Voilà au moins une raison! En voici une autre : la présence d’aliments frais devant les productrices, qui témoigne d’un souci d’offrir quantité et qualité pour une bonne productivité. Mieux vaut un peu plus d’aliments que pas assez. L’alimentation est à RTM à deux groupes. Une prise mensuelle de l’état de chair dicte dans quel groupe les vaches se retrouvent.

Martin Grenier, de La Coop Pont-Rougeest l’expert-conseil de Ferme Rigo.

Mais Sylvain ajoute son grain de sel : « Persévérance et passion de l’élevage, résume-t-il simplement. Les producteurs qui sont surtout passionnés de tracteurs ne deviendront probablement jamais des maîtres-éleveurs parce qu’ils se sont fixé d’autres buts que la qualité génétique de leur troupeau. Tu ne peux pas aller aux Jeux olympiques sans aimer la discipline dans laquelle tu compétitionnes. »

Mais un titre de maître-éleveur s’acquiert surtout par les choix judicieux faits en matière de reproduction animale. Quand vient le temps de choisir des taureaux, comme bien des producteurs, Yvon et Sylvain disent privilégier davantage les critères de conformation que ceux de production. Et il est toujours bon, selon eux, de maga-siner son taureau, question d’aller chercher une caractéristique spéciale.

Les valeurs sûres comme Starbuck et Tempo ont engendré une progéniture nombreuse et productive. Parlant de Starbuck, celui-ci a été pour le moins un taureau marquant chez Rigo; à la fin des années 80, au moins le tiers du troupeau émanait de cette icône de la race. Sylvain Richard : « Starbuck a bien fait avec les filles obtenues de Tempo. L’un compensait les faiblesses de l’autre… et les forces s’additionnaient! »

Mentionnons que les vaches Rigo Starbuck Holly (TB-88 CAN 4*) et Rigo Starbuck Barb (EX-3E CAN 3*) ont engendré une progéniture nombreuse et performante. « Il faut savoir reconnaître les vaches qui ont le potentiel de devenir des vaches souches et les croiser avec des taureaux qui sont forts en production laitière », explique Yvon. Son coup le plus fumant, la ferme l’a fait en vendant, à fort prix, une vache de 2 ans classée Très bonne, Rigo Starbuck Lisa à… la Ferme Hanoverhill, précisément celle qui a mis au monde Starbuck! Le troupeau Rigo, avec une moyenne de 690 kg, les plus grosses allant jusqu’à 900 kg, est certainement un troupeau catégorie « poids lourd ». Le cheptel renferme tout près de 80 vaches en lactation, classées comme suit : 6 EX, 36 TB, 39 BP. On utilise le transfert embryonnaire huit à dix fois par année, avec des embryons de vaches surovulées à même le troupeau.

Une nourriture abondante et de qualité devant les vaches est gage d’une bonne production laitière.

Pour être prêt à remporter un titre aussi prestigieux, il faut y mettre le prix. À commencer par sortir de l’étable entre 21 et 22 h, dans le cas des Richard. « Le veau qui est mort-né dans la vache que tu n’as pas pris le temps d’assister le soir tard ou durant la nuit, c’est peut-être ta future meilleure vache », fait valoir Sylvain. On dit parfois qu’il faut un peu de chance pour remporter le maître-éleveur (et beaucoup de travail). Mais on doit aussi la faire, sa chance.

« Certaines années, on est moins chanceux et les vaches nous donnent beaucoup de mâles », ajoute Sylvain. « C’est sûr, t’as juste eu des gars à la maison! » blague Yvon. Félix (15 ans), Gabriel (14) et Marc-Étienne (10), la possible sixième génération d’éleveurs laitiers sur cette ferme trouvera bien sa façon d’aider à l’obtention d’une deuxième plaque puisque comme le dit Yvon : « Un maître-éleveur c’est bien, mais deux c’est mieux! »

Pour gagner un titre de maître-éleveur, le tandem père-fils est catégorique : pas besoin de participer à des expositions agricoles, mais… voilà plus de 20 ans qu’ils s’inscrivent à quelques-unes. Une excellente façon de se comparer, de mettre en action ses compétences, de garder l’œil exercé quand vient le temps d’évaluer la conformation d’un animal. « Les expositions nous permettent également de nous arrêter pour regarder attentivement notre troupeau. » Les Richard, qui aiment les analogies, en sortent une pas mal du tout : « Faire de l’exposition, c’est comme les jeunes qui se “montent” un char. C’est ensuite rare que le char va rester dans le garage. C’est la même chose avec nos vaches. »



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