Pour la majorité des gens, la coopération internationale est un concept flou, souvent critiqué. Pourtant il y a des projets qui contribuent vraiment à améliorer les conditions de vie de centaines d’individus. Les gens que nous avons rencontrés en Bolivie en sont la preuve vivante

SOCODEVI (Unitad de negocios de especias y condimientos – Unité de commerce d’épices et de condiments) a développé une expertise de premier ordre dans des secteurs clés du développement grâce à l'engagement de ses institutions membres, dont fait partie La Coop fédérée. Celles-ci participent activement à l'administration de la société et offrent une assistance technique aux projets de développement, tout en informant et sensibilisant leurs membres aux enjeux du développement durable. C’est donc dans cette optique que nous avons réalisé ce reportage sur un projet de culture d’origan implanté dans des coopératives boliviennes.

Cette histoire débute en 1998, bien avant notre visite, alors que SOCODEVI s’implique auprès de producteurs agricoles de la région de Chuquisaca, une région aride du centre de la Bolivie. En collaborant à la mise sur pied d’une nouvelle industrie coopérative de production, de transformation et de commercialisation d’épices, les intervenants espèrent diversifier les activités génératrices de revenus et, par le fait même, améliorer les conditions de vie des paysans. Dès le début, le projet bénéficie de l’appui financier de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) et des institutions membres de SOCODEVI et, depuis 2001, il est cofinancé par la Fondation bolivienne pour le développement technologique (FDTA-Valles ).

L’origan s’avère rapidement une culture intéressante puisqu’il est possible de cultiver cette épice sur de petites surfaces désertiques tout en ayant une bonne rentabilité. Il est important, en effet, que la nouvelle culture ne remplace pas totalement l’agriculture de subsistance, ce qui laisserait les paysans en situation de dépendance alimentaire. La majorité des agriculteurs rencontrés consacrent donc environ un demi-acre à la culture de l’origan, ce qui représente moins de 25 % de leur surface cultivable.

Plante robuste, l’origan est originaire de la région méditerranéenne où il pousse dans des conditions similaires à celles de la région de Chuquisaca. Son grand avantage sur les cultures traditionnelles est de fournir trois récoltes par an, assurant ainsi à l’agriculteur une meilleure répartition de ses revenus et même, de doubler le revenu moyen de ceux qui le cultivent.


Une structure coopérative
Le projet de culture de l’origan est coordonné par Agrocentral, la Centrale de coopératives agricoles du département du Chuquisaca, qui regroupe les coopératives de Tomina, Serrano, Padilla, Sopachuy et Redención Pampa, toutes situées à environ 150 km à l’est de Sucre. Quelques agriculteurs acceptaient, en 1998, de se lancer dans ce nouveau projet de culture qui regroupe aujourd’hui plus de 1000 familles membres de ces coopératives, dont 110 producteurs de la coopérative de la région de Tarija, au sud du pays.

Grâce au soutien apporté par SOCODEVI, Agrocentral assure la coordination du volet culture. Dans chacune des coopératives, un employé permanent effectue le suivi technique auprès des agriculteurs. Ces conseillers techniques, formés en agronomie, visitent régulièrement les agriculteurs, les aident à résoudre leurs problèmes et à maximiser leurs récoltes tout en apportant un encadrement particulier aux nouveaux agriculteurs qui s’engagent dans la culture de l’origan. Ces conseillers sont tous boliviens, pour la plupart natifs de la région, ce qui leur permet d’établir plus facilement le contact et qui assure du même coup une plus grande responsabilité au sein du projet par la communauté visée.


Cycle de l’origan
Le cœur du projet se situe à Tomina, petite municipalité de 1500 habitants. On y retrouve la plantation où sont cultivées les plantes mères, servant à générer les nouveaux plants d’origan. Plusieurs villageoises travaillent d'ailleurs à la multiplication des boutures. Afin de répartir plus équitablement les revenus dans la communauté, le responsable a même créé des horaires de travail réduits, engendrant ainsi l’embauche de plus d’employées, sans nuire à leurs occupations habituelles.

Une fois les boutures préparées, elles sont conservées dans deux serres, construites grâce à un don de l’ACDI, jusqu’à ce qu’elles aient atteint la taille idéale pour être plantées en pleine terre. Les cageots de plantes prennent alors la direction du village et du champ où elles seront cultivées. L’origan reviendra toutefois à Tomina, une fois séché, afin d’être préparé pour la vente. On y a installé l’usine de traitement final de l’origan. Au moyen de tamis mécanisés, installés dans une salle dépoussiérée, à accès restreint, on s’assure que le produit fini soit exempt de particules étrangères (brindilles, poussières, etc.) et surtout de qualité égale. À la fin du processus, les sacs identifiés par variété et qualité sont méticuleusement entassés dans l’entrepôt, en attente d’être livrés aux clients.

Bien que chaque coopérative dispose d’installations de séchage industrielles, elles favorisent de plus en plus la construction de séchoirs artisanaux desservant deux ou trois paysans. Ces installations peu coûteuses et faciles à construire produisent un origan séché de qualité supérieure puisqu’en faisant sécher les plants à proximité du lieu de récolte, les paysans manipulent moins l’origan frais, qui est fragile et peut noircir facilement.

Les séchoirs industriels ne sont donc plus utilisés que lorsque les conditions atmosphériques sont moins favorables, ce qui représente une économie d’énergie appréciable.
 
Valentina Benates travaille à la préparation des boutures.
Marcelino Mamani s’assure que les plantes mères de la ferme de Tomina soient bien entretenues.
Freddy Sardan et Antonio Herredie à l’intérieur d’un séchoir artisanal.
Au moyen de tamis mécanisés, on s’assure que le produit fini soit propre et de qualité égale.
Grâce à l’informatisation, les techniciens agricoles, comme David Segovia, peuvent assurer un meilleur suivi des résultats de cultures.


L’agriculture dépend de l’eau mais ici, dans les montagnes, même les rivières se transforment en filet d’eau lorsque vient la saison sèche.

Jouer dans la cours des grands
L’augmentation progressive de production (200 t en 2007-2008), alliée à une amélioration constante du produit fini, permet enfin de positionner l’origan bolivien et d’atteindre une certaine renommée sur le marché des épices. On peut commencer à vendre à bon prix et penser aux profits.

On a donc créé une entreprise, l’UNEC, qui projette une image plus commerciale et dynamique sur le marché international. UNEC prend en charge l’origan séché, en assure le traitement final, la mise en marché et la vente. La nouvelle entreprise est le principal exportateur de produits agroalimentaires de toute la région de Chuquisaca, avec des exportations en Uruguay, en Argentine et au Brésil.

Les cultures traditionnelles, maïs, piments, pommes de terre et fèves, continuent d’occuper la majeure partie des terres cultivées.


En plus des installations de Tomina, UNEC possède des bureaux à Sucre. C’est de là que sont effectuées les opérations de mise en marché. Depuis le début de l’année 2008, on y trouve également une petite équipe chargée de diversifier les débouchés et qui s’intéresse activement à la production d’huiles essentielles et de produits dérivés. Lors de notre passage, on expérimentait la confection de savons faits à partir des huiles essentielles, qu’on envisageait de vendre dans les marchés touristiques des environs.

Devant tous ces succès obtenus et l’évolution de l’engagement des intervenants locaux, SOCODEVI entend retirer son appui financier d’ici trois à cinq ans. C’est donc dire qu’en moins de 15 ans, un projet aura vu le jour et permis la mise en œuvre d’une industrie agricole innovatrice, totalement prise en charge par son milieu. Les liens établis et la confiance instaurée dans le modèle coopératif, permettent aujourd’hui d’assurer la stabilité financière de plus de 750 familles et de développer des liens solides entre les membres et leur coopérative

De sa petite ferme en montagne, Pedro Vela doit marcher plus de trois heures pour livrer son origan à la coopérative de Tomina.

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