Contrairement à d’autres, Yvon et Claire T.* n’ont jamais eu à se demander s’ils auraient de la relève. Depuis qu’ils sont tout petits, leurs quatre enfants ont toujours témoigné de l’intérêt et de l’enthousiasme pour leur entreprise laitière et porcine, et tous sont fièrement diplômés en agriculture. Le plan d’affaires a donc été conçu en fonction qu’un jour tous les enfants aient leur place au sein de l’entreprise familiale.


Le couple a intégré les deux plus vieux dans l’entreprise en 2001. Quatre ans plus tard, lorsque l’acheteur de porcelets de la maternité leur fait faux bond, ils achètent un engraissement et établissent leur troisième garçon. Pour que le dernier se joigne à eux cependant, ils songent à acquérir du quota laitier additionnel et à bâtir une nouvelle étable, car celle qui est actuellement en place fonctionne à pleine capacité. Ils se demandent, compte tenu de l’état du marché et de leur situation financière, s’ils devraient agir maintenant ou s’ils feraient mieux d’attendre encore quelques années?

Nous avons soumis la question à Patrice Beaudoin, agronome et directeur principal des services financiers aux entreprises agricoles de la Banque Laurentienne de la région de Granby – Saint-Hyacinthe.

« Ce projet s’inscrit dans un long processus de transfert de ferme, explique M. Beaudoin. Il consiste à faire l’acquisition de 20 kg de quota et de construire une nouvelle étable à stabulation entravée, un investissement d’environ 1 500 000 $ dans le but d’établir leur quatrième garçon qui travaille présentement à l’extérieur de la ferme. Celui-ci a hâte de se joindre à l’entreprise et devenir actionnaire au même titre que les autres membres de la famille. »

L’entreprise est en bonne posture financière, mais elle possède un taux d’endettement élevé, soit 1000 $/truie pour la maternité et 230 $/hl du côté de l’entreprise laitière. Lorsque l’acheteur de porcelets a mis fin à leur entente, en 2005, ils ont décidé d’acheter un engraissement. L’entreprise a dû injecter des fonds dans ce volet qui a subi des pertes considérables depuis ses débuts. L’autre possibilité aurait été de fermer la maternité, une décision que la famille voulait absolument éviter.

L’acquisition de l’engraissement est également justifiée par le fait que celle-ci permettait l’établissement d’un de leurs fils qui désirait relever un défi de taille depuis plusieurs années. Il ne souhaitait pas se joindre à l’entreprise existante, il voulait gérer une entité distincte, bien à lui. Le contexte du marché porcin ainsi que la hausse des prix des céréales ont visiblement retardé les objectifs financiers de l’entreprise. Le couple demeure néanmoins confiant qu’à long terme la stratégie sera gagnante.


Le projet
« Si la construction de l’étable se fait en 2008 et est financée à 100 %, sans parler de l’achat de quota, on parlera d’une augmentation de l’endettement du volet laitier de 164 $, pour un total de 360 $/hl, estime M. Beaudoin. C’est un niveau d’endettement beaucoup trop élevé pour une entreprise, même avec un pourcentage de dépenses de 60 % pour le volet laitier et la maternité.»

M. Beaudoin suggère plutôt d’attendre en 2010, étant donné que les deux entreprises sont interdépendantes. En 2009, il y a de fortes chances que la conjoncture de l’industrie porcine soit plus favorable. Les producteurs pourront alors refinancer l’engraissement et se servir de cette nouvelle marge de manœuvre pour diminuer l’endettement de l’entreprise laitière d’environ 25 $/hl. Ajoutons à cela le remboursement annuel de la dette et le nombre de truies qui, passant de 350 à 400, aideront également à réduire l’endettement.


Scénario 2010
Si la tendance se maintient, l’endettement total de l’entreprise pourrait facilement diminuer de 95 $/hl. Celui-ci serait alors de 275 $/hl après le projet. Il s’agirait d’un niveau d’endettement plus réaliste qui, toutefois, forcerait l’entreprise à demeurer très efficace.

Le nouveau règlement de la Fédération des producteurs de lait limite l’achat de quota à 10 % du quota détenu. Les achats de quota devront donc débuter dès 2009 si les producteurs désirent atteindre leur objectif lorsque la nouvelle étable sera prête. Les vaches additionnelles devront être logées ailleurs jusqu’à ce que l’étable soit complétée, ce qui sera un réel casse-tête pour les producteurs.

S’ils optent pour ce scénario, l’intégration des quatre enfants dans l’entreprise familiale se sera échelonnée sur une période de dix ans, au lieu de huit selon le projet initial. La première étape du processus de transfert sera terminée et les parents pourront se retirer graduellement de l’entreprise avec la satisfaction d’avoir atteint leur objectif. Les responsabilités de l’entreprise seront transférées petit à petit aux enfants, tant sur le plan de la comptabilité que de la gestion.

« Il ne faut jamais oublier qu’un transfert de ferme, c’est un transfert d’équité accumulée depuis plusieurs années, insiste M. Beaudoin. Chacun met à contribution plusieurs intervenants, souvent des agronomes-conseils, des fiscalistes et un banquier qui aideront la famille à atteindre ses objectifs. » Il est vrai que le processus est long et parfois chargé d’émotion, mais s’il est bien fait, le transfert permet à deux générations de réaliser leur rêve : celui de vivre de l’agriculture.

Plusieurs options s’offriront à eux lorsqu’ils voudront prendre leur retraite, mais pour un bon nombre d’années, il est prévu que les deux générations vivent à même les revenus de l’entreprise. Plus tard, selon la recommandation d’un fiscaliste, ils vendront peut-être certains éléments d’actifs essentiels, le tout dépendant de leurs besoins de liquidité, quitte à ce que les enfants aient à leur verser une rente. Une deuxième solution serait de vendre en partie ou en totalité leurs actions dans l’entreprise.




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