Elle chasse depuis 10 ans. Son œil aguerri lui a valu, en 2002, le record de son club : un chevreuil pesant 109 kilos! « Je suis une chasseuse chanceuse », témoigne Suzanne Blais, administratrice à La Coop Weedon.

Situé dans le canton de Lingwick, près du Lac Mégantic, le territoire de chasse s’étend sur 132 hectares (325 acres) de boisé et fait partie de la ferme laitière Gilbert et fils dont Suzanne Blais est actionnaire avec son conjoint Robert Gilbert. Environ 81 hectares de terres cultivables s’ajoutent également à l’entreprise. « Une vraie folie familiale que cette période de chasse, s’emballe l’agricultrice. On commence à se préparer au début du mois d’octobre, dès que les roches sont ramassées… Quelle belle façon de décrocher et de se retrouver en pleine nature », insiste Suzanne. Ennuyée de ne pouvoir partager ce loisir avec Robert, elle suivra une formation sur l’art de manier la carabine pour ensuite intégrer le club de chasse.

Atouts féminins


Âgée de 48 ans, Suzanne Blais a ce petit côté pince-sans-rire qui ne laisse pas indifférent lorsqu’elle s’exprime. « Je suis effectivement du genre à stabiliser l’humeur de tout le monde », précise-t-elle. On la devine bien autour de la table de réunion. Son séjour au conseil d’administration de la coopérative dure depuis 2001. « On m’appelle la doyenne, lance-t-elle en riant. Pas à cause de mon âge, évidemment puisque certains sont plus vieux. Le groupe s’est renouvelé depuis les derniers cinq ans et présente plusieurs nouveaux membres. » Elle a assumé la vice-présidence jusqu’en 2006. « Je ne me sentais pas prête à devenir présidente et je voulais diminuer mes engagements, commente l’administratrice. Je tenais toutefois à me faire remplacer par une femme. »

Cette coopératrice aimerait bien pouvoir susciter l’intérêt des agricultrices à siéger sur le conseil d’administration de leur coopérative. Elle aborde le sujet avec franchise. « Je suis pour l’égalité sans mépris à l’égard des hommes, nuance-t-elle. Cette manière d’aborder le sujet fait éloigner les femmes plutôt que de les encourager à s’engager. » Elle croit à la complémentarité des genres et décroche vite lorsque le discours devient trop féministe. Ce que les femmes peuvent apporter de nouveau? « On pense et on réagit de manière différente, commente-t-elle. Il y a des exceptions, mais j’oserais dire que les femmes ont une capacité d’examiner une situation avec plus d’horizons. J’imagine que c’est parce nous sommes entraînées à faire plusieurs tâches à la fois. Le danger qui nous guette parfois, c’est d’être éparpillée. »

L’agricultrice dit ce qu’elle pense et ne rumine jamais sur le passé. « Ce qui est fait est fait, on passe à autre chose. J’ai très peu d’écoute pour ceux qui reviennent en arrière en critiquant une décision prise alors qu’ils avaient le temps et les possibilités de s’exprimer. »

Mère de trois garçons âgés respectivement de 13, 20 et 22 ans, Suzanne Blais a vécu bien des frustrations liées au parcours de formation de celui qui travaille actuellement sur la ferme, Patrick, le cadet. « Le pire c’est que ce n’est pas un décrocheur. Il aime apprendre de nouvelles choses et il a toujours voulu étudier. Son problème est qu’il a été obligé de suivre un cheminement particulier au secondaire, l’empêchant ainsi de faire son DEP en agriculture. C’est dommage que le système scolaire ne puisse rien lui offrir. Plusieurs jeunes font leur cours et ne pourront jamais s’établir. Il travaille à la ferme depuis 10 ans et va prendre la relève… » Comme elle le souligne : « J’ai arrêté de me battre. Patrick est un garçon fiable, motivé qui a beaucoup d’idée et de projets. On lui fait pleinement confiance Robert et moi… »


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