En 1969, Led Zeppelin lance son premier disque et les Beatles leur dernier (Abbey Road), Jean Béliveau mène les Canadiens de Montréal à une seizième Coupe Stanley et Neil Armstrong bouleverse nos horizons en foulant le sol lunaire. C’est aussi en 1969 que la ferme LCM Quesnel adopte la stabulation libre. Un petit pas pour les Quesnel, mais un grand pas pour les vaches!

« Comme je suis né en 1963 et que mon père a bâti l’étable à stabulation libre et la salle de traite quand j’avais six ans, je peux dire que je n’ai jamais connu autre chose que ce système d’élevage, explique Marc Quesnel. Nous étions une des rares fermes à stabulation libre à cette époque dans notre région. Le bien-être des vaches a toujours été une priorité pour nous. » Cet esprit visionnaire qu’a toujours eu la ferme, on le doit surtout au père de Marc, Lucien Quesnel, un entrepreneur avant-gardiste, selon Marc et sa conjointe Ginette. Partant d’un troupeau de 45 vaches en lactation, Lucien l’a fait passer à 80 vaches dès 1969, un gros troupeau pour l’époque. En 1971, le maïs ensilage fait son entrée dans la rotation. Aujourd’hui, la ferme LCM Quesnel détient 165 kg de quota avec le projet d’en acquérir encore 15 kg, question de maximiser les infrastructures. Il reste qu’avec les années, l’étable commençait à vieillir et à ne plus répondre aux exigences de la production moderne : trop sombre, pas assez d’espace, mangeoire vieillissante, etc. La décision fut prise d’en bâtir une nouvelle, plus flexible. C’est donc en novembre 2007 que les vaches ont pu faire connaissance avec leur nouvel environnement : une stabulation libre de 196 logettes. Hautement fonctionnelle et pouvant être facilement agrandie dans l’avenir (sorties aménagées pour les fils et les tuyaux), on a pris soin de conserver la salle de traite originale afin de sabrer dans les coûts. Son étable, Marc Quesnel a mis plus de deux ans à en dessiner les plans. Un passage obligé selon le principal intéressé. « C’est le 35e plan qui a été le bon. Un plan adapté à notre situation, en rattachant l’ancienne étable à la nouvelle. Je dis souvent qu’une étable, c’est personnel. Il faut la mettre à son goût. »

Sur le sable

La conception a été axée sur le bien-être animal et la santé. À commencer par la densité, de plus de 9,3 m2 (100 pi2) par animal. Marc a privilégié une étable à quatre rangées de logettes plutôt que six, même si le coût de construction était ainsi un peu plus élevé. Une étable à quatre rangées, moins large qu’une étable à six, est aussi plus facile à ventiler.

Mais le fait le plus notable, sans contredit, est le type de litière. Les vaches sont gardées sur du sable, dont l’épaisseur varie entre 0,6 m et 1,5 m (2 pi et 5 pi), une méthode populaire aux États-Unis. Du sable continuellement réutilisé grâce à un séparateur fumier-sable de marque McLanahan, le premier en service au Canada.

Sur le sable, les vaches se gardent propres et leur lait contient moins de cellules somatiques. C’est ce que constatent les producteurs de Moose Creek, en Ontario.

Les allées des logettes sont grattées au tracteur quand les vaches sont à la traite alors que les allées des aires d’alimentation disposent de raclettes. Le fumier mêlé de sable est ensuite dirigé vers une préfosse d’où il est repris quotidiennement par une pompe à piston vers le séparateur, question de pouvoir en réutiliser près de 65 %. Le principe du séparateur est simple : une vis sans fin amène le sable-fumier vers le haut. Un petit compresseur injecte de l’air dans le mélange pour faciliter la séparation des particules. Dans la vis sans fin, on lave deux fois le sable, une première fois avec de l’eau usée (136,4 litres/minute ou 30 gallons/minute), une seconde fois avec de l’eau propre (4,5 litres/minute ou 1 gallon/minute). Comme le fumier est plus léger que le sable, il flotte sur l’eau. Puis le sable tombe de la vis sans fin et un tas est érigé. Ce tas sera mis à égoutter pendant au moins quatre jours avant de pouvoir être remis dans les logettes.

Le fumier est ensuite mis à décanter dans un bassin où un autre 25 % de sable sera récupéré pour être épandu au champ. Le 10 % restant est constitué de sable ultrafin irrécupérable. On dispose de celui-ci en même temps que le fumier liquide, soit au printemps au moyen d’un système d’irrigation qui épand le fumier liquide sur un bloc de terre de 202 hectares (500 acres) à l’arrière du bâtiment.

Le bien-être animal a toujours été une priorité pour la famille Quesnel, qui garde leurs vaches en stabulation libre depuis 1969. Ici, une vache utilise la brosse mécanique.


Le système sur sable a l’avantage d’offrir une litière très confortable (diminution des cas de boiteries) et de réduire le compte de cellules somatiques (ccs), d’à peine 110 000 chez les Quesnel. Le sable, un matériau inerte, est effectivement peu propice au développement bactérien. On traite bien occasionnellement une mammite, mais sans plus. Et c’est la longévité du troupeau qui y gagnera. On vise au moins quatre lactations par vache.

Signe que les vaches apprécient le sable, elles sont toutes très propres et vont se coucher pour dormir ou ruminer dans les logettes… sauf une, qui préfère les allées. « Ça en prend toujours une dans un troupeau! » rigole Marc.

En fait, le plus gros inconvénient du système vient des particules fines de sable qui se ramassent inévitablement dans les lagunes et s’y sédimentent. Pour amoindrir ce problème, on doit acheter le sable le plus grossier possible, à raison d’un camion 10 roues (19,1 m3 ou 25 vg3) chaque trois semaines. On doit enfin, une fois par semaine, rajouter du sable dans les logettes au moyen d’un tracteur équipé d’une chargeuse frontale à déversement latéral.

Il était une fois dans l’Est

Marc Quesnel et son agronome Dominic Bélanger d’AgriEst, centre agricole Coop ont été aux premières loges pour constater l’évolution de l’agriculture dans l’Est ontarien, une région enclavée entre Ottawa, la frontière des États-Unis et le Québec et où l’information « ne se rendait pas ». Selon eux, les fermes sont graduellement sorties de leur état misérable pour devenir des modèles d’entrepreneuriat. La présence de bons conseillers coops, la mise sur pied du Groupement de gestion agricole de l’Ontario et un certain réveil du ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario (MAAARO) n’y sont pas étrangers.

Dans leur petit village de Moose Creek, situé dans cette Ontario francophone, l’esprit communautaire se manifeste de bien des façons, à commencer par la coopération. Depuis 2001, Marc Quesnel est président de sa coopérative agricole, AgriEst. Ginette agit en tant qu’administratrice à la Fromagerie coopérative St-Albert et a été présidente du Club Optimiste pendant deux ans. Et c’est sans parler de leur Caisse populaire Desjardins, dont le père de Ginette détient le compte numéro 4!

 
Qui dit « stabulation libre » dit « ration totale mélangée ».

Marc, Ginette et les deux plus vieux de leurs cinq enfants, Pascal et Valérie, travaillent tous à temps plein sur la ferme. Pascal a étudié à l’Université de Guelph (campus d’Alfred) alors que Valérie est diplômée de l’Université McGill (campus Macdonald). Le plus jeune, Joël, montre déjà un intérêt pour intégrer lui aussi la ferme. Quant aux deux autres, Francis et Carine, ils étudient respectivement en psychologie et en enseignement, mais ne dédaignent pas donner un coup de main. La ferme mise aussi sur un employé, Nicolas Séguin.


Bref, voilà une famille unie, motivée et scolarisée, qui laisse entrevoir un avenir brillant pour l’entreprise. Une famille qui compte sur une approche d’équipe où tous et chacun contribuent de leurs idées. À tour de rôle, les Quesnel participent à des voyages ou à des formations, ne serait-ce que pour en retirer une seule bonne idée applicable à leur situation. « En production laitière, le conservatisme n’a pas sa place, atteste Marc Quesnel. Il faut suivre les nouvelles technologies. Ça coûte cher, mais ça coûte plus cher de ne pas les suivre. »

Ce producteur d’un naturel ouvert et optimiste ne se met pas la tête dans le sable. Des robots de traite, c’est peut-être la prochaine étape, même si la salle de traite actuelle, avec ses 16 trayeuses, permet de tirer 70 vaches à l’heure. En tout cas, la taille des troupeaux, c’est clair dans son esprit, ne cessera de croître, qu’on le veuille ou non. Il avance même le chiffre magique de 250 vaches en lactation… On n’a qu’à jeter un œil de l’autre côté de la frontière pour prédire, selon Marc Quesnel, les changements à venir.



Ce séparateur de sable-fumier de marque McLanahan permet de réutiliser 65 % du sable, le reste étant épandu au champ.

 

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