L’expression parle d’elle-même. En mode sevrage-abattage, on transfère les porcelets, à six kilos de poids de moyenne, de la maternité directement à l’engraissement. Exit la pouponnière. Mais attention, tout n’est pas si simple. Il faut, pour ce faire, des installations d’engraissement adaptées à ce type de gestion des élevages.


Cette technique comporte plusieurs avantages. Mentionnons, notamment, une plus grande stabilité sanitaire. En effet, le modèle sevrage-abattage permet un meilleur contrôle du syndrome reproducteur et respiratoire porcin (SRRP), car les porcelets ne sont groupés qu’une seule fois et demeurent ensemble pendant plus de 168 jours. De la sorte, on assure une meilleure mise en œuvre de certains principes du plan Madec qui préconise entre autres de réduire les occasions de mélanger des animaux provenant de diverses sources. La biosécurité, lorsque associée aux bandes aux quatre semaines, s’en trouve améliorée puisqu’on ne procède qu’à un seul sevrage aux quatre semaines au lieu de deux par semaine. Il n’y a ainsi qu’un seul transport entre la maternité et le site de finition. Au final, on compte huit fois moins d’entrées d’animaux et de 6 à 7 fois moins de démarrages dans l’année, une étape toujours délicate pour les porcelets.

Ajoutons à cela une considération d’ordre financière. Dans certains cas, quand il y a obligation de fonctionner en trois sites pour des raisons sanitaires, il peut être économiquement non viable de procéder pour ce faire à l’ajout de nouvelles constructions.

Les critères de base

On recommande que l’entrée des porcelets dans le bâtiment s’effectue lorsqu’ils sont âgés de trois semaines. Leur poids minimum doit être de 3,6 kilos. On doit leur accorder chacun 0,3 m2 (3,6 pi2) d’espace de plancher (à l’entrée) et prévoir, en plus des sections lattées, une zone de confort. Au chapitre de l’abreuvement, planifier un espace par 10 porcelets. Quant à l’alimentation (sèche), prévoyez un espace par 5 porcelets pour la période s’échelonnant de 6 à 20 kilos de poids.

Question confort dans le bâtiment, évitez les courants d’air et assurez-vous qu’en matière de chauffage vous puissiez fournir 100 BTU par porcelet, tout comme vous le feriez en pouponnière. Des entrées d’air de type traditionnel uniformes peuvent être utilisées. L’important est de maintenir un renouvellement d’air adéquat aux porcelets en toutes saisons sans surventiler durant les périodes froides. Encore une fois, attention aux courants d’air.

Engraissement en mode sevrage-abattage à La Coop Unicoop


Comment ça marche

Prenons, à titre d’exemple, une maternité de 1000 truies. Un élevage géré de manière traditionnelle en trois sites nécessitant un sevrage à 21 jours, huit semaines en pouponnière et 16 semaines d’engraissement. En mode sevrage-abattage, les huit semaines en pouponnière s’ajoutent en fait aux 16 semaines d’engraissement pour un total de 24 semaines (voir les tableaux 1 et 2).

Quels types de performances peut-on espérer en mode sevrage-abattage comparativement au mode d’élevage traditionnel en sites 2 et 3 pour une filière 6-110 kilos? Les résultats obtenus dans la littérature mentionnent ce qui suit :

D’abord, la conversion alimentaire est identique que ce soit dans un modèle ou dans l’autre. Toutefois, des précisions s’imposent. Il ne faut pas qu’il y ait d’entassement en site 2 si le site 3 n’est pas prêt. On doit également s’assurer qu’en fin de lot la trémie soit bien vidée. Pour ce qui est des rejets en phosphore, les résultats sont du même ordre dans les deux modèles.

Au chapitre de la vitesse de croissance, l’amélioration notée en faveur du modèle sevrage-abattage s’échelonne de 0 à 4 %, soit de 0 à 7 jours de gain de croissance. Précisons que le temps de lavage de 2 à 4 jours normalement requis en site 2 est éliminé et alors disponible pour faire du gain en fin de lot d’engraissement. On a également relevé, lors d’essais, une mortalité inférieure de l’ordre de 1 % pour le modèle sevrage-abattage.

 

 

 

 

Du point de vue monétaire, il peut y avoir des économies à réaliser en mode sevrage-abattage. Les baisses de frais de transport (entre les sites pouponnière – engraissement) et de mortalité (1 % et plus), les améliorations de croissance et les diminutions de frais de lavage et désinfection compensent les frais supplémentaires de chauffage, d’espace bâtiment et d’ajout d’équipements (trémies rouges, système d’abreuvement, éleveuses) pour la période de 6 à 20 kilos.

Quant à l’impact environnemental d’un tel modèle, il s’avère nul tant et aussi longtemps que la conversion alimentaire est identique à celle des sites 2 et 3.

Voilà pour les essais qu’on retrouve dans la littérature scientifique. Mais qu’en est-il sur le terrain? Le tableau 3 montre les résultats obtenus lors d’essais réalisés à Unicoop dans la strate 20-107 kilos. Martin Laflamme n’a pas hésité à innover en analysant minutieusement cette option, en pleine crise de SDPS (circovirus), en y voyant rapidement tous les avantages conférés par cette technique. Son analyse critique lui a permis de réaliser que même en période de stabilité sanitaire, cette technique apporte à ses filières de nombreux avantages de gestion des animaux et une économie non négligeable, supérieure aux calculs théoriques qui se veulent très conservateurs.

Chez le forfaitaire

Élément non négligeable pour le forfaitaire, le modèle sevrage-abattage diminue les fréquences de nettoyage d’un lot en moins pour l'année. Aussi, les épandages, pour une bâtisse de 1000 porcs, exigeront 4 hectares de moins (variables selon les cultures et analyses de sol) dans le cas du modèle sevrage-abattage. Quatre hectares représentent 20 citernes de 13 638 litres (3000 gallons) en moins à épandre par année! À 60 $ la citerne… Faites le calcul. C’est 1200 $ d’économies par année!

En conclusion, le modèle sevrage-abattage peut être une façon de faire intéressante s’il est mis en œuvre avec minutie. Avant de se lancer, il importe d’évaluer sa rentabilité en fonction des bâtisses disponibles. Enfin, le modèle sevrage-abattage procure de la flexibilité en matière de gestion de bâtiment au sein d’une filière.

Pour en savoir plus, consultez votre expert-conseil.

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