Au cours des trente dernières années, l’efficacité des haies brise-vent a été largement démontrée au Québec, pour protéger les cultures ou réduire l’érosion éolienne des sols, par exemple. Plus récemment, de nombreux projets d’implantation autour des bâtiments d’élevage porcin ont prouvé l’efficacité des haies brise-vent pour favoriser une cohabitation harmonieuse des usagers en zone agricole (réduction des odeurs, des poussières, atténuation des bruits, écran visuel).

Ces projets ont également permis d’observer que la présence de haies brise-vent près des bâtiments a des impacts positifs sur les frais de chauffage (réduction des échanges d’air avec l’extérieur, baisse du refroidissement éolien), de climatisation (diminution de la température de l’air en été) et de déneigement (interception de la neige avant les bâtiments).

Évidemment, ces impacts apparaissent graduellement dans le temps. Ils sont proportionnels à l’amélioration de l’efficacité des arbres à intercepter et à réduire la vitesse du vent et à trapper la neige. On peut donc se demander si ces bénéfices sont suffisants pour considérer l’usage des haies brise-vent comme un investissement. Alors, les haies brise-vent : dépense agroenvironnementale ou investissement rentable?

Commençons par clarifier la question du coût d’implantation d’une haie brise-vent. D’après le plus récent feuillet Agdex (573/821) publié par le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ), en juillet 2008, le coût d’implantation de haies de 1 à 3 rangées, protégeant une bande de terrain d’une largeur 20 fois la hauteur de la haie, varie entre 2,16 $ et 4,55 $ le mètre linéaire. Ces coûts comprennent la planification, la préparation du sol, l’installation d’un paillis plastique, la plantation des arbres et leur entretien pendant cinq ans. Il n’inclut cependant pas les frais d’achat des arbres qui changent selon l’espèce et la hauteur des plants et qui peuvent dans certains cas être subventionnés.

Les frais d’entretien incluent les travaux de désherbage, la taille, la protection contre les ravageurs et le remplacement de plants. Après la cinquième année, il faut prévoir des frais d’entretien annuels supplémentaires de l’ordre de 0,08 $ à 0,15 $ par mètre linéaire, principalement pour la fauche et la taille. Le Centre d’expertise sur les produits agroforestiers (CEPAF) publiera, au printemps 2009, les résultats d’une étude qui permettra d’évaluer plus précisément, pour différents types de haies brise-vent, leurs coûts d’entretien.

Pour les 5 premières années, une haie brise- vent d’une longueur de 700 mètres nécessiterait donc des frais totaux d’implantation et d’entretien qui se situeraient entre 1512 $ et 3185 $, selon le modèle retenu. Cette dépense apparaît à première vue importante, mais avant de conclure trop sévèrement sur ces frais, on doit considérer les économies attribuables à la présence de la haie. En effet, après cinq ans le brise-vent est déjà suffisamment haut pour trapper la neige et avoir un impact sur les coûts de déneigement. La marge cumulative (qui tient compte des coûts et bénéfices dans le temps) commencera donc à s’améliorer (voir le graphique à la page 52). C’est ce qu’une récente étude menée par le CEPAF, l’Institut de technologie agroalimentaire-campus de La Pocatière et le Syndicat des producteurs de porcs de la Mauricie a clairement indiqué.

Représentation de l’évolution, sur une période de 40 ans, de la marge cumulative actualisée pour un modèle de brise-vent à 3 rangées*

Cette étude a comparé six modèles de haies couramment utilisées au Québec. Elle a démontré que, dans le cas de plantations d’arbres de petit calibre, le total des investissements sont récupérés dans un délai variant de 11 à 15 ans, principalement en raison des économies de chauffage et de déneigement attribuables à la présence de la haie brise-vent. Après cette période, les bénéfices économiques s’accumulent et l’étude conclut que la marge cumulative après 40 ans pour la majorité des scénarios étudiés se situe entre 35 000 $ et 40 000 $ pour la plupart des haies étudiées.

Sans aller dans les détails, on pourra retenir qu’une haie constituée d’une seule rangée d’arbres à feuilles persistantes confère une marge cumulative légèrement inférieure à celles des haies incluant deux ou trois rangées (moins d’économies de chauffage et de déneigement). Par contre, comme elle nécessite moins d’investissement à l’implantation et pour l’entretien, les haies sur une rangée sont celles qui permettront de récupérer le plus rapidement son investissement de départ.

Soulignons ici que l’analyse des coûts et bénéfices réalisés dont il a été question ci-dessus est bien d’actualité. Elle a notamment tenu compte d’une subvention Prime-Vert à l’implantation ainsi qu’une diminution de revenus associée à la perte d’espace cultivable.

Dans le cadre d’une étude plus étendue, il aurait été intéressant de considérer aussi les améliorations de rendement de production associées à un meilleur contrôle de la température à l’intérieur du bâtiment d’élevage porcin (gain de poids supérieur, diminution du taux de mortalité). Enfin, il aurait également été intéressant d’intégrer comme paramètre économique additionnel, la vente de crédits de carbone qui apparaît de plus en plus possible aujourd’hui. En portant de l’intérêt à ces deux postes administratifs supplémentaires, la marge cumulative aurait de toute évidence été encore plus élevée.

Pour plus d’information au sujet des coûts et bénéfices des haies brise-vent, consultez l’étude préparée par l’équipe d’André Vézina, Analyse des coûts et bénéfices reliés à l’aménagement de haies brise-vent autour des bâtiments d’élevage porcin. Cette étude est disponible à l’adresse http://www.leporcduquebec.qc.ca/fppq/pdf/ SyndPorcsHaies.pdf. Un simulateur économique, dont les données sont actualisées régulièrement, est également trouvé sur le site Web suivant : www.wbvecan.ca. Cet outil permet aux conseillers agricoles de vérifier l’impact de différentsparamètres technico économiques sur la rentabilité des haies brise-vent et des bandes riveraines.

En conclusion, une haie brise-vent bien aménagée peut non seulement être utile autour des bâtiments pour favoriser une cohabitation harmonieuse des usagers du milieu rural, mais constitue aussi un investissement rentable dont les bénéfices économiques sont palpables après 10 à 20 ans selon le type d’aménagement retenu (largeur, nombre de rangées, espèces végétales). Ces économies sont attribuables en ordre d’importance à la réduction des frais de chauffage et des frais de déneigement.

Parmi les critères techniques les plus importants à considérer dans l’aménagement des haies brise-vent, notons:

• le choix des espèces en fonction de leur adaptabilité au site et leur agencement pour obtenir la hauteur et la porosité voulue (environ 40 à 50 %);

• l’orientation et la localisation (position par rapport aux vents dominants et idéalement à environ 30 mètres du bâtiment à protéger);

• la longueur requise pour éviter le contournement par le vent (elle doit dépasser de 30 à 60 mètres la longueur de l’aire à protéger). Pour vous épauler dans vos projets, nous vous invitons à avoir recours aux conseillers agroforestiers de votre région. La Fédération des producteurs de porcs du Québec, qui s’est engagée à intensifier l’adoption de ce type de pratique, et votre Direction régionale du MAPAQ pourront vous aider à identifier ces ressources compétentes. Votre Direction régionale pourra également vous renseigner sur l’admissibilité de votre projet au programme Prime-Vert. En principe, les dépenses pour les projets visant la cohabitation harmonieuse sont admissibles jusqu’à 90 %.

 
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