Martin et Johanne*, des producteurs avicoles âgés dans la fin de la quarantaine, ont le privilège d’avoir leur relève déjà en place. Ils auraient bien voulu maintenir le statu quo de l’entreprise, mais l’enthousiasme de leur relève et leur intérêt pour les productions à valeur ajoutée leur ont fait changer d’avis.

Alexandre*, 20 ans, et Geneviève*, 22 ans, ont tous deux été formés en gestion agricole respectivement à La Pocatière et à Saint-Hyacinthe. Ils sont récemment devenus actionnaires dans l’entreprise familiale située dans le Centre-du-Québec, qui comprend 5000 m2 de poulets de chair, 20 000 poules pondeuses et 400 hectares en grains. La famille est bien établie et la production a atteint sa vitesse de croisière. Celle-ci permet à deux générations d’en vivre, de façon exclusive. Les parents ont insisté pour que tous les projets envisagés soient économiquement viables et qu’ils puissent s’autofinancer. Pas question de grandir à tout prix cependant.

« Il est important de concilier les objectifs des enfants qui débutent et ceux des parents qui veulent continuer à travailler dans l’entreprise, dit Yvon Dumoulin, directeur principal au développement des affaires, service aux entreprises de la BMO. Il faut savoir nourrir l’ambition et l’enthousiasme de la relève tout en respectant sa propre zone de confort. »

Après toutes les crises qu’a vécues l’industrie agroalimentaire, les jeunes ont facilement convaincu les parents de déplacer le poulailler des poules pondeuses, qui était situé à côté de celui des poulets à chair, pour des raisons de biosécurité. Un nouveau bâtiment leur permettra également de devenir conformes aux normes HACCP. Bien que leurs acheteurs ne l’aient pas encore exigé, d’après eux, ils le feront d’ici peu.

La construction du nouveau poulailler pour loger leurs 20 000 poules pondeuses à l’extérieur de la zone à risque s’est élevée à 800 000 $, au coût de 40 $ par poule.

Une fois ce projet réalisé, l’équipe s’est attaquée à un deuxième défi : celui de trouver une façon de répondre à la demande croissante des consommateurs pour des produits à valeur ajoutée et des élevages effectués dans le respect du comportement et du confort des animaux. Cette étude de marché, faite de manière informelle, est venue appuyer leurs idées avec des données concrètes et justifiait l’achat de quota et l’agrandissement du poulailler pour loger 10 000 poules additionnelles.

Quel créneau choisir?

Diverses possibilités s’offraient à eux, notamment la production d’œufs bruns, d’œufs enrichis d’oméga-3, et des œufs enrichis de vitamines. Ces créneaux nécessitent peu ou pas d’investissements significatifs et peuvent générer jusqu’à 0,12 $ de plus par douzaine d’œufs. Par ailleurs, cette marge de profit additionnelle peut aussi bien s’annuler, car ces productions sont très encadrées et chacune d’elles doit répondre à un cahier des charges précis de façon à motiver, auprès des consommateurs, des prix plus élevés. Plusieurs qui s’y sont aventurés ont abandonné ces productions par manque d’efficacité et de rentabilité. Selon M. Dumoulin, ces producteurs ont réussi parce qu’ils étaient déjà extrêmement rigoureux du côté de la régie et étaient prêts à fournir un effort supplémentaire pour atteindre leurs objectifs.

Du côté des poulets de chair, les producteurs ont apporté une plus-value en changeant l’alimentation des poulets. Le goût des poulets de chair dits « verts », à plus forte concentration de grains, qui se rapproche du poulet de grain, plaît énormément aux consommateurs.

Recommandation

La suggestion de M. Dumoulin, pour cette phase d’expansion, a été d’amortir le prêt sur la durée du projet et non pas sur l’ensemble des activités de l’entreprise. Les 2 400 000 $ requis pour l’achat de quota de 10 000 poules pondeuses, l’agrandissement du poulailler ainsi que les équipements nécessaires ont donc été amortis sur une période de 15 ans.

« En payant plus longtemps, parfois on se donne l’impression qu’un projet est rentable alors qu’il ne l’est pas vraiment, ou on se convainc que le projet est bon parce qu’il a passé au financement, explique M. Dumoulin. L’un n’a rien à voir avec l’autre. On finance un projet si une entreprise a la capacité de faire un emprunt et le potentiel de le rembourser. »

Cependant, comme la construction prendrait plusieurs mois avant d’être complétée et quelques mois de plus pour atteindre son rendement, il a été convenu que le projet profiterait d’un moratoire d’un an sur le capital afin de protéger le fonds de roulement. Les intérêts du prêt seraient répartis sur 15 ans, mais le capital ne commencerait à être versé qu’à la fin de l’an un. Les paiements coïncideraient donc avec les encaissements pour permettre une bonne marge de manœuvre à l’entreprise tout au long du projet.

Revenus additionnels

La marge brute estimée avec la production traditionnelle est d’environ 16 $ par poule. Étant donné que la marge brute d’une production à valeur ajoutée est en moyenne de 2,50 $ de plus par poule, les producteurs ont décidé de convertir l’ensemble de la production avec l’option choisie pour générer des revenus additionnels et amortir le projet sur 15 ans.

« Ce qui différencie ces producteurs des autres est le fait qu’ils avaient rédigé des budgets sectoriels pour s’assurer du potentiel de rentabilité de chaque projet, dit M. Dumoulin. Il ne restait qu’à déterminer la meilleure façon de le financer. C’est une belle histoire de succès. »

*noms fictifs


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