Comment composer avec la hausse du prix des matériaux quand on veut – et qu’on doit – réaliser un projet majeur de construction? Explorons les choix des Brillant, de la Ferme Normand Brillant & Fils de Saint-Fabien, qui ont bâti une nouvelle étable à stabulation libre.

Dans la dernière année, plusieurs s’accordent pour dire que le coût des matériaux a bondi d’au moins 15 %, pour différentes raisons, dont l’augmentation des prix des métaux et de l’énergie. Ces augmentations sont parfois telles qu’elles mettent en péril des projets de construction ou de rénovation. C’est le cas de projets sur lesquels a collaboré Patrice Fournier, directeur de comptes agricoles au Centre financier aux entreprises du Bas-Saint-Laurent à Rimouski. « Certains producteurs ont remis à plus tard leurs projets, d’autres les ont carrément mis sur la glace, illustre-t-il. Autrement, on doit parfois remanier la structure de financement en consolidant des prêts et en allongeant l’amortissement sur 20 ans ou, exceptionnellement, sur 25 ans. »

Si le prix du bois d’œuvre est demeuré sensiblement le même lors des dernières années, il en est autrement des produits métalliques comme la quincaillerie et la tôle Vicwest, dont le prix a bondi de près de 20 %. Réjean Brillant : « Notre projet a nécessité plus de 30 000 vis… Laisse-moi te dire que le prix du fer, c’est l’enfer! »

Ceci étant, comment amoindrir l’impact de la hausse des coûts? D’abord en achetant localement vos matériaux, quand cela est possible (bois, portes et fenêtres, quincaillerie, etc.). Dites-vous que plus vos matériaux voyagent, plus ils coûtent chers, sans parler des gaz à effet de serre générés avec le transport. On peut aussi acheter en plus grosse quantité, quand cela est possible. C’est effectivement ce qu’on fait les Brillant pour leur bois de construction, en collaboration avec leur conseiller en matériaux de La Coop St-Fabien, Michel Ouellet. Ce dernier leur a magasiné des lots de 5 cm sur 15 cm (2 po sur 6 po) brut, non plané, à prix très concurrentiels. Une pleine remorque de bois a ainsi été livrée directement de la scierie à la ferme. En achetant en gros, les Brillants ont pu économiser de bonnes sommes, surtout que leur nouvelle étable a nécessité plus de 9144 m (30 000 pi) linéaires de bois.

Mais la façon la plus drastique de couper dans les coûts reste encore de mettre soi-même la main au marteau. Si vous êtes habile de vos mains, autoconstruire vos projets vous permettra d’abord d’économiser environ 30 % des coûts totaux d’un projet, soit la proportion impartie à la main-d’œuvre. Du solage aux fermes de toit en passant par les barrières et les revêtements intérieurs et extérieurs, les Brillant ont tout construit, fabriqué ou assemblé eux-mêmes, allant jusqu’à brasser leur propre béton pour certains recoins de leur étable à stabulation libre. Seule l’électricité a été confiée à des maîtres électriciens.

C’est le bonheur pour les sujets de remplacement et les vaches taries, qui logent dans une toute nouvelle étable construite à peu de frais.

Des étables et des hommes

Même si elles n’abritent que des femelles, ça sent la testostérone quand on entre dans les étables des Brillant! Et pour cause, la Ferme Normand Brillant & Fils n’est opérée que par des messieurs, à commencer par le patriarche maintenant retraité, Normand Brillant, 78 ans, et ses deux fils Réjean et Denis. Mais ce n’est pas tout, les fils de Réjean, Vincent et Guillaume et leurs cousins Daniel et Philippe, les fils de Denis, veulent aussi vivre de l’agriculture. Voilà bien des bras qui ont souvent des fourmis dans le marteau!

Agrandir l’exploitation pour atteindre un volume d’affaires appréciable était donc rendu nécessaire pour établir toute cette relève intéressée. Il fallait ainsi rallonger l’étable logeant les vaches en lactation. L’objectif : faire passer le troupeau de 95 à 150 vaches en lactation. Mais si les vaches en lactation prennent la place des sujets de remplacement, que faire des taures et des génisses, sans parler des vaches taries? On ne peut pas rallonger indéfiniment l’étable initiale, qui avait déjà vu sa longueur passer de 24 m à 113 m…

En effet, en 1958, la première étable de 12 m sur 24 m pouvait accueillir 15 vaches à la traite. En 1980, on porte cette longueur à 55 m, un agrandissement justifié par l’intégration dans l’entreprise de Réjean et Denis. Puis en 1998, l’étable passe à 98 m de longueur. En 2005, on ressort marteaux et scies pour la porter à sa longueur actuelle : 113 m.

Puisque le relief trop abrupt empêchait la construction d’un bâtiment connexe à la ferme originale, on a donc pensé loger les vaches en lactation d’un bord de la route, soit dans l’ancienne étable, pour déménager le reste du troupeau de l’autre côté du 2e rang, dans une nouvelle construction de 12 m sur 70 m.

Rénovation de l’ancienne étable avec le prolongement du lactoduc, construction de la nouvelle étable et de sa nouvelle fosse, érection d’un silo-tour de 7 m sur 29 m, installation d’un système d’alimentation RTM et d’une pompe à piston pour évacuer le fumier… Les Brillant ont réussi à tout faire avec un budget de seulement 650 000 $, un tour de force par les temps qui courent. « Ils sont de très bons gestionnaires », rappelle simplement Patrice Fournier.

Les Brillant sont allés jusqu’à fabriquer leur propre béton pour certaines parties de l’étable. Une autre façon d’économiser sur le coût total de leur projet.


Saint-Fabien, village coopératif
Qu’on parle de la Caisse populaire Desjardins, du magasin d’alimentation coop ou de La Coop St-Fabien, la coopération est bien enracinée dans ce village de 2000 âmes. Mentionnons aussi l’importante Coopérative d’utilisation de matériel agricole (cuma) de Saint-Fabien qui regroupe 43 membres et des immobilisations de plus de 600 000 $, et dont Réjean Brillant fut l’un des membres fondateurs en 1991 et est encore aujourd’hui secrétaire-trésorier.






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