Déjà enfant dans son patelin de Saint-Cuthbert dans Lanaudière, Sylvain Coulombe savait qu’il aurait un jour sa ferme laitière. Très déterminé à atteindre ses buts, il était cependant loin de se douter que tout se déroulerait aussi vite. « J’ai fait en 10 ans, ce que d’autres construisent en une vie. À 19 ans je n’avais rien, pas de vaches, pas de quota et voilà qu’aujourd’hui à 30 ans je suis propriétaire d’une ferme, d’une centaine de têtes avec un quota de 60 kg/jour », lance-t-il fièrement.


C'est en 1998 que débute l’aventure. Avec en poche son diplôme en agriculture du Cégep régional de Lanaudière, à Joliette, et beaucoup de volonté, Sylvain trace son avenir. À l’aube de la vingtaine, le jeune adulte décide de concrétiser un projet d’étude soumis lors d’un de ses cours collégiaux; soit de louer une étable, acheter quelques vaches et surtout faire l’achat de quelques kilos de quota. « À l’école, on nous décourageait de démarrer une entreprise laitière si on ne provenait pas déjà d’une ferme. Moi j’avais mon idée et rien ne m’y ferait dévier. Au contraire, ça me poussait à vouloir réussir encore plus », explique l’entrepreneur avec le sourire.

Objectif : grossir 1 kg à la fois

Jusqu’en 2003, M. Coulombe loue la ferme de son grand-père paternel à Saint-Cuthbert. Durant cette période, il modernise les façons de faire instaurées par la génération précédente, achète des vaches et se procure ses premiers kilos de quota. « Puisque je ne possédais pas 20 % des parts sur la ferme louée, je n’ai pas eu droit au prêt de quota. J’ai donc dû louer 15 kg et, bien sûr, puiser dans mes économies personnelles cumulées depuis mon adolescence pour me procurer progressivement 18 kg de quota », nous confie-t-il timidement.

Au terme du bail de 5 ans, une mésentente familiale chamboule ses projets et le laisse sans toit. Faisant un pied de nez à cette épreuve, le jeune gestionnaire se retrousse les manches et loue l’étable d’un voisin et y déménage son troupeau alors constitué de 35 vaches Suisses brunes, Canadiennes et Holsteins. Au même moment, grâce au nouveau programme de la Fédération des producteurs de lait, il obtient 5 kg de plus, portant son actif à 23 kg/jour.

Saint-Léon-le-Grand. Inauguration de la ferme Sylcou enr. en août 2008. En seulement trois mois, Sylvain Coulombe a rénové la nouvelle étable tout en poursuivant ses activités à la ferme louée de Saint-Cuthbert. « Je ne peux passer sous silence l’aide que nous a donnée l’ancien propriétaire de la ferme, Bernard Arsenault. Ce dernier voulait laisser une chance à un jeune de s’établir. Cela nous a grandement facilité les choses. »

Trimer dur et se concentrer sur l’essentiel

Durant cette autre période de cinq ans, Sylvain Coulombe n’a qu’un but; utiliser le maximum de son revenu provenant du lait pour augmenter le cheptel et acheter encore plus de quotas. Toutes ses décisions, même celles touchant la famille, sont prises dans ce sens. Lorsqu’il faisait l’acquisition d’une vache, son critère de base était qu’elle produise du lait. L’âge de l’animal, la classification ou la conformation demeuraient pour lui secondaires. Quant aux intrants, il préférait les acheter, ce qui était plus économique que de les produire.

« Ça n’a pas toujours été facile. On a fait beau­coup de sacrifices, commente sa conjointe Jacinthe Forget, mais je savais où il voulait se rendre et je l’ai suivi là-dedans. En plus de tout l’ouvrage qu’exigeait son entreprise, Sylvain travaillait également chez un autre producteur. Ce deuxième salaire lui permettait de vivre, de payer le loyer et d’acheter des vaches. »

Le gestionnaire agricole estime qu’une erreur commise par la relève est de vouloir tout avoir, tout de suite, sans trop travailler. « La maison neuve, le pick-up de l’année, le beau gros quatre-roues ce n’est pas cela qui génère une paye. Si c’était à refaire, je ne louerais même pas de terre, pour être encore plus rentable. En fin de compte, il n’est pas nécessaire de posséder une étable, un fonds de terre et de la machinerie pour produire du lait.

En marchant de cette façon, tu sais ce que tu vaux et c’est plus facile pour négocier devant le banquier », affirme le producteur laitier qui ne s’est jamais fait refuser un prêt ou du quota. Il faut croire que cette stratégie a bien fonctionné dans son cas puisqu’aujourd’hui il possède 60 kg de quota et une centaine de têtes.
 

Au menu
Génisse 0-5 mois : Poudre de lait Goliath élevage, moulée Goliath 19
Taure 6-24 mois : Supplément laitier, Pro-bloc et maïs selon l’état de chair
Tarie : Pro-bloc 305
Préparation vêlage : Transimil 14
Lactation : Supplément Symbiose SP40, maïs sec ainsi qu’une moulée laitière Synchro 22 % VIP (Palmit, Fortifiant 6-2, Bionique) servis en couverture aux 1-120 jours en lait


Le rêve devenu réalité
Déjà en 2005, l’étable louée à Saint-Cuthbert est à pleine capacité. « Il y avait des vaches partout même dans les allées », commente Christian Houle, leur expert-conseil depuis trois ans. Une décision d’affaires s’imposait donc. Animé par le désir de prendre de l’expansion, d’être enfin chez lui et de fonder une famille éventuellement, le couple Coulombe-Forget décide d’acheter une ferme.

La ferme Sylcou enr., ayant pignon sur rue à Saint-Léon-le-Grand, a un potentiel de traire 70 vaches et d’élever une soixantaine d’animaux de relève en stabulation libre. « L’étable était vide lorsque j’ai acheté. Je l’ai rénovée pour offrir le maximum de confort aux vaches », enchaîne le producteur.

À quoi aspire Sylvain Coulombe à présent que son rêve s’est concrétisé? « Je veux prendre plus de temps pour moi, pour ma famille, vivre un peu. Ça fait 10 ans que je n’arrête pas une minute.» Pensif, il ajoute tout de même devant le regard un peu surpris de Jacinthe, que si la tendance se maintient, dans cinq ans il n’est pas impossible de voir toute la famille, et le troupeau, déménager une troisième fois, faute de place dans l’étable.
 
Une belle complicité s’est développée entre l’expert-conseil Christian Houle et Sylvain Coulombe. Lorsque ce dernier mentionne vouloir prendre ça plus relax, son expert-conseil rétorque à la blague que maintenant Sylvain marchera un peu plus au lieu de courir tout le temps.

Coup de pouce pour la relève en production laitière

Organismes :
Fonds coopératif d’aide à la relève agricole, un partenariat de La Coop fédérée, la FRAQ et le Mouvement Desjardins
Aide : Support financier, support professionnel, développement des compétences, mentorat, etc.
Contact : Votre coopérative locale ou votre directeur de comptes agricoles du réseau Desjardins.

Organisme : La Fédération de la relève agricole (FRAQ)
Aide : Conseils au démarrage, rabais chez des fournisseurs
Contact : www.fraq.qc.ca

Organisme : La Fédération des producteurs de lait du Québec
Aide : Deux programmes différents sont offerts. Programme d’aide au démarrage de nouvelles entreprises laitières : prêt de 10 kg de quota. Programme d’aide à la relève en production laitière : prêt maximum, totalisant 5 kg/jour de matière grasse, alloué aux entreprises en deux temps.
Contacts : www.upa.qc.ca, www.lait.org

Organisme : La Financière agricole du Québec
Aide : Subvention d’aide à l’établissement
Contact : www.fadq.qc.ca

Organismes : Société d’aide au développement des collectivités (SADC) et Centre d’aide aux entreprises (CAE)
Aide : Aide financière, conseillers dans la recherche et le développement de produit, l’élaboration de plan d’affaires, suivi de projet.
Contact : www.reseau-sadc.qc.ca





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