Longtemps boudés par les œnologues et les sommeliers, les vins québécois en ravissent aujourd’hui plus d’un. Et la viticulture québécoise est encore jeune. Ce n’est qu’au début des années 80 qu’elle s’est véritablement installée ici de manière durable. Les débuts ont été modestes, mais les progrès, fulgurants, malgré la rigueur du climat. L’opiniâtreté et l’audace des vignerons jumelées à des cépages mieux adaptés ont permis de grandes avancées. Les produits se raffinent. Les marchés se développent. L’enthousiasme est palpable. Des vignobles surgissent un peu partout en province : Laurentides, Gaspésie, Abitibi. Dans la mire : une appellation. Rigoureuse. Qui, dit-on, encouragera davantage les consommateurs et spécialistes à se tourner vers ces produits. De plus, dans le rapport Pronovost, on voit dans la viticulture une des multiples avenues à privilégier pour développer une agriculture plurielle et bien enracinée dans le territoire. Des reportages et entrevues avec des pionniers dans le domaine brossent le portrait d’une industrie en pleine évolution.


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Malgré les grands progrès réalisés, la viticulture québécoise mène toujours plusieurs combats. Charles-Henri de Coussergues, copropriétaire du vignoble l’Orpailleur, à Dunham, et président de l’Association des vignerons du Québec (AVQ), nous amène dans le ring.





Le Coopérateur agricole À l’échelle du globe, comment se porte le marché du vin?
Charles-Henri de Coussergues Il est en forte croissance. De nombreux foyers de production se développent. Résultat : il y a surproduction. La concurrence est vive et les prix baissent.

« L’échelle humaine, c’est ce qui fera le charme de la viticulture québécoise. À l’Orpailleur, on dit qu’on met de
l’histoire en bouteille. »
C. A. Quelle est la situation au Québec?
C.-H. de C.
Le marché évolue beaucoup. En 1982, il n’y avait qu’un vignoble. On en compte aujourd’hui 52 à l’AVQ. On cultive une vingtaine de cépages et les régions vinicoles se développent. La consommation annuelle par habitant augmente. Elle est d’environ 19 litres, contre un peu plus de 14 litres en moyenne dans l’ensemble du Canada. La SAQ vend chaque année 170 millions de bouteilles de vin étranger. Le consommateur est de plus en plus aguerri et a l’embarras du choix. Si nos vins ne lui conviennent pas, c’est terminé, il retourne à la SAQ. Il faut se démarquer.
   
C. A. Quel est votre défi le plus urgent?
C.-H. de C.
Encadrer cette profession pour contrôler l’origine, les méthodes d’élaboration et la qualité des produits. Toutes les grandes régions viticoles du monde sont contrôlées. Il faut changer l’appréhension face aux produits québécois. Il se fait de plus en plus d’excellents produits. En témoignent les prix que remportent nos vignerons aux concours internationaux. On parle des vins de Bordeaux, de la Loire, des vins californiens, j’aimerais que les vins québécois aient une typicité bien à eux. Très positive.
   
C. A. Comment allez-vous procéder?
C.-H. de C.
En créant une certification provinciale avec un cahier des charges et un système de traçabilité. On espère faire certifier les récoltes de 2009. C’est ce qui nous mettra sur la map comme une région viticole sérieuse. En Ontario, ils ont fait un travail extraordinaire. Au début des années 90, c’était la crise. Ils ont arraché les vignes qui produisaient beaucoup, mais sans forcément de qualité, et replanté de meilleures variétés. Ils ont lancé l’appellation Vintners Quality Alliance pour baliser l’industrie. Ils ont fait un tabac avec ça pour la qualité de leurs vins qui ont aujourd’hui une très grande notoriété.
   
C. A.
Les vignerons québécois peuvent-ils se tailler une place dans un marché qui en a pour tous les goûts et toutes les bourses?
C.-H. de C.
Oui. En misant sur une production de niche originale et de qualité réalisée sur des vignobles à dimension humaine. En mettant en valeur l’agrotourisme et la vente de vins au vignoble. C’est ce qui va nous démarquer du reste, et même de l’Ontario où l’on voit s’établir de plus en plus de grosses structures. Le vin de glace est un bel exemple.
   
C. A. Vous militez en faveur de l’agriculture dite « plurielle ».
C.-H. de C.
Oui. Fractionner des propriétés pour dynamiser le secteur agricole, stimuler l’agrotourisme, pas pour construire des condos. On a trop longtemps fait que du secteur primaire. On n’a pas encouragé les agriculteurs à transformer eux-mêmes. Avant que je n’achète, l’Orpailleur était une terre à maïs, avec de l’assurance stabilisation qui coûte cher à l’État. Aujourd’hui, avec 24 acres, j’ai 14 employés, dont 12 permanents. Et on fait tout : culture, transformation, vente.
   
C. A.
Le marché du vin est en croissance et la demande augmente. Mais des projets avortent. Pourquoi?
C.-H. de C.
Ça fait rêver de faire du vin. On oublie que c’est un secteur agricole de pointe qui demande des investissements à long terme. Ce n’est pas de l’agriculture de fin de semaine. Le côté agronomique est très pointu. Ceux qui réussissent bien, même s’ils n’étaient pas du secteur agricole, se sont documentés, ont voyagé, observé.
   
C. A.
Pourquoi les vins québécois ont-ils du mal à se faire une place à la Société des alcools du Québec (SAQ)?
C.-H. de C.
La SAQ, c’est une tablette. Elle achète ce qu’elle peut revendre. Le secteur privé ferait de même. La jeunesse de notre industrie, la qualité douteuse de certains produits et l’absence de contrôle n’ont pas joué, par le passé, en notre faveur. D’autre part, si la SAQ nous ouvrait les portes de ses 400 magasins, avec 20 pieds linéaires pour les produits québécois, on serait constamment en rupture de stock. Avec 1,5 million de bouteilles, notre production est somme toute marginale.
   
C. A. Que leur revendiquez-vous?
C.-H. de C.
En 2001, on a obtenu de la Société une section pour les alcools du terroir. C’est très populaire. L’irritant, c’est le positionnement dans les magasins. On veut que la première chose qu’on voit dans une SAQ, ce soit les vins québécois, comme en Ontario et ailleurs dans les pays viticoles. Autre frustration : l’absence de produits québécois lors des réceptions qu’organisent les ministères. On n’y sert que des vins étrangers. Idem dans le cadre du 400e de Québec. Imaginez cela en France. On aurait bloqué les Champs Élysées.
   
C. A. La campagne Le Québec dans notre assiette va-t-elle en ce sens?
C.-H. de C. Ça fait 25 ans que j’en rêvais. Le ministère de l’Agriculture y accorde 11 millions $. Laurent Lessard a promis que, dans son ministère, plus une seule bouteille de vin étranger ne serait servie. Il faudrait qu’il en soit de même pour tous les produits alimentaires, dans tous les ministères.
   


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Quand Richard Dessureault et Claire Bolduc, tous deux agronomes et propriétaires du Domaine DesDucs, ont lancé leur petit vignoble dans leur coin de pays, le Témiscamingue, ils ont dû essuyer moqueries et sourires en coin. Mais après 13 années d’opérations, les sceptiques sont bels et bien confondus!

Texte et photo par
Étienne Gosselin,
agr., M. Sc.

Les techniques viticoles de ces vignerons diffèrent passablement de celles rencontrées ailleurs dans le sud du Québec. Par exemple, on ne tuteure pas les vignes. Si on tuteurait, les plants seraient plus facilement exposés aux rigueurs du climat puisque les sarments qui portent les bourgeons seraient insuffisam-ment couverts de neige.

La relative nordicité du vignoble et son éloignement d’autres productions horticoles a d’autres bons côtés : moins d’insectes et de maladies. En fait, les traitements phytosanitaires sont pratiquement inexis-tants.

« Les plantes accumulent plus de sucres ici, en raison des nuits fraîches qui ralentissent le métabolisme des plantes », explique l’agronome Dessureault. Outre cela, les jours étant plus longs, pour ce vignoble planté au-delà du 47e parallèle, la photosynthèse peut engendrer une meilleure production de sucres.
 
Leur exploitation reste petite et saisonnière. C’est que ces agronomes ont d’autres occupations prenantes; alors que Richard Dessureault travaille au MAPAQ et siège comme conseiller municipal à Ville-Marie, Claire Bolduc, ex-présidente de l’Ordre des agronomes du Québec, est présidente de Solidarité rurale.

Le vignoble compte aujourd’hui 7500 ceps productifs. Chaque plant permet la production d’environ trois quarts de bouteille. L’encépagement totalise une dizaine de variétés retenues au fil des ans parmi les quelque 45 cépages qui ont été plantées au tout début, en 1995.

Trois produits sont issus de leurs vignes : un rouge (Rubis de l’Île), un blanc (Blanc de Duhamel) et un rosé (Rose-Marie). Pour l’instant, le tandem écoule ses bouteilles principalement sur le marché régional et provincial : restaurants, foires agricoles et marchés régionaux. En raison de l’éloignement, le marché local et les ventes à la ferme sont peu développés, contrairement aux vignobles du sud qui bénéficient de la vitrine qu’offre un concept comme la Route des vins.

Pour l’avenir, les vignerons ne manquent pas de projets, eux qui désirent faire passer les superficies de 3,5 hectares à plus de 14! Claire et Richard veulent également investir où c’est important, marketing oblige : dans le design des étiquettes, question de remodeler l’image des produits.


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Elle n’a pas deux ans d’existence, mais l’Association pour le Développement de la Vini-Viticulture au Québec ne passe pas inaperçue.

Textes et photos par Patrick Dupuis, agr.

« Notre principal cheval de bataille : assurer une production de vin fabriqué à partir de raisin issu à 100 % du terroir québécois, indique son président Louis Chassé. On ne tolère pas l’ajout de raisin, de moût ou de jus provenant d’une autre province ou de l’extérieur du Canada. »

Pourtant, la loi le permet. Jusqu’à hauteur de 15 %. Le vigneron de Saint-Charles de Bellechasse, qui dirige l’association de 84 entreprises productrices ou en démarrage, croit qu’un manque de contrôle brouille les cartes et que les pourcentages ne sont souvent pas respectés. Selon lui, on ne sait pas toujours ce que l’on boit et un ménage s’impose.

L’ADVVQ milite aussi pour l’obtention d’une certification à l’échelle provinciale. Et pour qu’une distinction soit faite entre production artisanale et industrielle. Elle s’est dotée d’une marque de commerce, Vigneron artisan indépendant vin 100 % Québec, inspirée d’une association de petits vignerons français. L’ADVVQ a également commandé une étude pour connaître le potentiel de développement d’identités géographiques préservées.

« Entre 10 et 12 % des vins produits au Québec se retrouvent sur les étals de la SAQ, ce qui représente 0,57 % des 2,3 milliards $ de chiffre d’affaires de la Société, indique Louis Chassé qui en revendique une plus grande part, notamment en région. Les autres débouchés : le commerce à la propriété, 50 à 55 % des ventes, les restaurants, l’hôtellerie, les foires et les marchés des saveurs. »

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Henrietta Antony, 76 ans et son fils John, 51 ans, propriétaires du vignoble La Chapelle Ste-Agnès, à Sutton, ont opté pour un créneau dans lequel le Québec s’est taillé une réputation mondiale, le vin de glace.

Les vins hauts de gamme, qui font la renommée du vignoble, constituent leur principale source de revenus, avec des prix variant de 12 $ à 150 $ la bouteille. L’aspect terroir est d’une importance capitale dans ce marché. « On n’utilise que du raisin de la propriété, dit John. Et il s’agit d’un véritable vin de glace. On cueille le raisin gelé en décembre. La fermentation, avant la mise en bouteilles, dure de deux à trois ans, beaucoup plus que le standard ne l’exige. » En plus des vins de glace, la Chapelle Ste-Agnès produit un vin rouge de type porto, à base du cépage Frontenac.
 
Les produits du vignoble, comprenant coffrets et truffes au vin de glace, sont d’abord vendus à la propriété. On les retrouve aussi au Marché des saveurs à Montréal. Cet hiver, les propriétaires approcheront les restaurants haut de gamme de la métropole et de la région.

Les 7000 ceps de Vidal, Riesling, Gewürztraminer et Geisenheim de la propriété sont aménagés sur 18 terrasses telles qu’on en retrouve dans les vignobles de Toscane, d’Autriche et de Suisse. Un muret de grosses pierres soutient chacune d’elles sur la pente de 30 degrés du terrain

D’origine tchèque, Henrietta et John misent également sur la beauté unique du site. D’inspiration médiévale, les caves, les salles de réception et la chapelle romane dédiée à la Sainte Patronne de Bohême (Ste-Agnès) ont été conçues avec l’aide d’un d’architecte ingénieur et décorées par Henrietta, antiquaire de son métier à Montréal. Des artisans tailleurs de pierre, formés en Europe, ont œuvré à la construction des bâtiments. Mariages, réunions, visites guidées et dégustations font partie des forfaits proposés.


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D’après Alain Breault, qui enseigne à l’École de viticulture et de vinification du Québec, le rosé du cépage Frontenac gris, une mutation du Frontenac noir, est le premier d’une série de trouvailles à venir pour la viticulture québécoise. « C’est un très bon produit, compétitif avec ce qui se fait ailleurs sur la planète, dit-il. Il a les acides qui supportent le fruit, se conserve bien et s’améliore avec le temps. Le porto de Frontenac, tout comme le blanc de vendanges tardives tiré de ce cépage,seront sans doute les prochaines découvertes. »


« Il faut en venir à fabriquer en grande quantité, à bas prix, des produits qu’on cherchera à imiter tant ils feront preuve d’originalité. Un vin de couleur orangé. Un rosé qui goûte le rouge. Utiliser des levures de blanc pour faire du rouge. Il faut être fou. Éclatons-nous. Nos cépages ne sont pas traditionnels et ne réagissent comme aucun autre. » C’est le crédo d’Alain Breault et Mariette Lagueux, producteurs et fournisseurs de plants de vignes de climat froid. Sur leur propriété de Saint-Paul-d’Abbostford, ils évaluent une quarantaine de cépages pour mieux répondre aux besoins spécifiques (type de sol, sous-sol, climat) des vignerons.

Alain et Mariette sont d’avis qu’avec la géné­tique, on peut tout faire. « La concurrence est mondiale, mais on peut s’y mesurer, disent-ils. Rien ne nous empêche de faire un vin de qualité équivalente à un bon Bordeaux. »

Cette nouvelle façon de faire a pris naissance sous le climat continental très froid du Minnesota au Landscape Arboretum Horticultural Research Center de l’université de cet État, là où des essais et recherches sur la vigne ont permis de créer des hybrides locaux. L’Université du Minnesota est aujourd’hui une plaque tournante à ce chapitre. Rusticité, qualité, tolérance à -35 °C, résistance aux maladies ont toujours été parmi les priorités des chercheurs qui ont capitalisé sur la vigne indigène du nord-est de l’Amérique du Nord, Vitis riparia. « Tous les cépages que nous utilisons – Frontenac, Marquette, Sainte-Croix, par exemple – en sont issus et procurent une bonne acidité, une caractéristique recherchée », révèle le propriétaire de l’entreprise Viticulture A & M.

Grâce à la multiplication en pépinière, Alain commercialise 200 000 plants de vigne par année, dont la moitié en Ontario. Voilà qui indique bien un marché en croissance.


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Ils sont quatre apprentis vignerons. Philippe Gemme, Martin Gemme, Daniel Blain et Maxime Gratton. La bougie d’allumage, c’est Maxime, expert-conseil à La Coop Sainte-Julie, qui, il y a deux ans, incite les trois autres à développer la viticulture à Saint-Amable.


Avant que le nématode doré ne frappe, en 2006, et que l’Agence canadienne d’inspection des aliments n’interdise la culture du tubercule dans la région, Philippe, Martin et Daniel y font pousser de la pomme de terre avec neuf autres producteurs. Au total, 1214 hectares (3000 acres). Depuis 2007, ouste, la patate, de ces vastes étendues essentiellement sablonneuses qui, à priori, ont peu à offrir pour la vigne. Et place au maïs. Pour plusieurs, la situation a bien changé. « Un acre de maïs est nettement moins payant qu’un acre de patates », dit Maxime.

L’idée de cultiver la vigne, pour diversifier les activités de la région, l’expert-conseil l’a bien avant que le nématode ne soit identifié. En 2005, alors qu’il visite un vignoble en Californie, il constate que les vignes sont plantées dans un sol sablonneux, à s’y méprendre avec la région de Saint-Amable. Et que le vin qu’on y produit n’a rien à envier à quiconque. Maxime en fait part à ses producteurs. L’intérêt est au rendez-vous.

Richard Champagne, un vigneron de Mont Saint-Bruno offre généreusement 3000 plants de vigne Frontenac rouge aux apprentis qui les mettent en terre en 2007 et 2008. Ils bénéficient aussi de son savoir.

Les superficies sont petites. Trois d’entre eux n’en cultivent qu’un acre. Martin, lui, possède 2500 plants sur un hectare, la quantité minimale requise, selon la loi, pour obtenir un permis d’alcool et commercialiser du vin. Daniel investit pour sa fille qui prendra un jour la relève. Maxime a toujours eu un penchant pour cette culture. À 10 ans, il avait déjà planté son premier cep.

La production de vin commencera d’ici deux ans. Martin a résolument décidé de changer de vocation. Il tentera l’agrotourisme et concoctera des assemblages originaux avec framboises et bleuets.

« Il faut commencer quelque part, dit Maxime. Et pourquoi pas, un jour, mettre sur pied une coopérative de viticulteurs et faire partie d’une route des vins… » L’agriculture à Saint-Amable pourrait prendre une tournure inattendue.

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« Le Che et Fidel sont débarqués, lance Robert Le Royer, 56 ans, propriétaire du vignoble Le Royer Saint-Pierre à Napierville. C’est la révolution. On vit une période extraordinaire. Près d’un million de vignes ont été plantées au Québec depuis les 25 dernières années. »

Sa passion : le marketing du vin. Son objectif : combler 10 % du marché. « Pour cela, dit-il, le consommateur doit exiger les vins québécois comme la bière La Fin du monde, le vin Sauternes ou le saké. »

« Certains manquent encore de respect pour le vin, croit celui qui a fait trois ans de droit, décroché un diplôme de travailleur social et travaillé en publicité. Une bouteille de vin, c’est comme la guitare de Hendrix qu’on manipule avec des gants de velours. »
 
« Pour une certification, que le MAPAQ pourra aider à mettre en œuvre, il faudra être sévère, dit-il. Si tu veux faire du vin avec des raisins du Chili, fine, mais vends-le toi-même. Il pourrait y avoir des inspections aux champs. Et radier les fautifs. » À ceux qui n’ont pas la qualité, il dit ceci : « Parles-en, change tes façons de faire. Il faut relever la barre. Sinon l’industrie va tomber. »

Comment changer cette perception? « Être solidaire entre vignerons et miser sur nos forces, dit Robert dont les deux fils, Jean-Philippe, 14 ans et Louis-Pierre, 16 ans assurent la relève. Ici, c’est une salade de fruits. Des blancs à saveurs de pêche, de banane, de mangue. Des rouges à saveur de fraise. On n’a pas beaucoup de tanin. »

« Il faut développer de multiples routes des vins, comme en France. S’associer aux circuits du paysan. » Son vignoble fait partie de la route du Sud-Ouest qui regroupe cinq propriétés. Les partenaires commercialisent un coffret renfermant un produit de chacun des vignobles. Pour chaque coffret vendu, 10 $ sont versés à la fondation de sœur Angèle, qui agira comme porte-parole de leurs produits.

« Il y a trois chapitres dans le vin, indique celui qui gravite dans le milieu depuis 1972. Le champ, la cuve et la coupe. Mais il n’y a pas de bible d’écrit. Il faut faire beaucoup d’essais. » Avec sa fiancée,
Lucie Saint-Pierre, il a testé 55 cépages avant d’arrêter son choix. Il a déjà dû arracher près de 900 ceps affectés par une maladie. Puis éliminer un cépage qui perdait sa couleur en coupe. Sa stratégie : faire découvrir des saveurs en introduisant de nouveaux cépages. Il propose neuf produits, dont un vin de glace. En préparation : un vin de type porto, Le Costaud, en l’honneur de Louis Cyr, né dans la région. Il commercialise 24 000 bouteilles et souhaite grimper à 30 000.




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C’est en vendant l’entreprise d’informati-que fondée avec des collègues de classe que Martin Lavertu a financé son rêve de s’établir sur un vignoble. Le système qu’ils avaient développé permettait de consulter les cotes de la bourse en temps réel sur Internet. Un concept à l’avant-garde de tout ce qui se faisait à ce chapitre. Pas étonnant que le non-conformisme fasse aujourd’hui partie intégrante de la mise en marché de ce vigneron de 38 ans.

Son vignoble, Les Petits Cailloux, 9400 ceps sur 2,4 hectares, est situé au pied du mont Yamaska, à Saint-Paul-d’Abbotsford. Son créneau : la découverte du site et les dégustations champêtres.

 
Martin a imaginé un partenariat original qui mousse la promotion de ses produits, de la région et des activités à y pratiquer. Avec l’entreprise Distance Vol Libre, spécialisée dans le parapente, dont il est un adepte, il propose le forfait concept Vins, Vents et Montagne. On s’initie au parapente puis on déguste les produits de la propriété.

Cet automne, il a organisé des visites guidées interactives. « Les gens parcouraient le vignoble, participaient aux vendanges puis prenaient un repas champêtre concocté par un traiteur », raconte-t-il. Martin accueille des groupes d’au minimum 15 personnes, exclusivement sur réservation. Les entreprises et organismes y trouvent toutes les commodités pour tenir leurs réunions.
Neuf vignerons de la Montérégie, y compris Martin, sont à mettre sur pied La route des vins des 4 Monts, baptisée ainsi en raison des monts Yamaska, Rougemont, Saint-Bruno, Saint-Hilaire.

Il procède à la fermentation séparée de ses cinq cépages, trois rouges et deux blancs. Puis, par assemblage, élabore ses vins. Ils renferment moins d’acidité que la moyenne, l’inverse de ce qu’on retrouve habituellement au Québec, lui dit l’œnologue qui évalue ses produits.

Les Petits Cailloux proposent six produits :deux vins blancs (un sec, boisé et corsé et un fruité), deux rouges (un fruité et un boisé), un rosé et un vin fortifié au sirop d’érable. Son rouge (Zéphir) a remporté la médaille d’or à la Coupe des Nations en 2008. Toute la production, quelque 10 000 bouteilles, est vendue à la propriété. Sa cuverie peut produire le triple. « J’ai pensé long terme », dit-il. Sa mise en marché a débuté en septembre 2007. « J’ai du bon feed-back. Question rentabilité, je vise 2010. »





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