On ne les voit pas à l’œil nu, mais sur les feuilles de maïs se jouent des guerres sanglantes entre une multitude d’organismes microscopiques, dont les champignons. Et l’une des victimes collatérales, c’est bien souvent ce qui sert aux champignons de champ de bataille et de source de ravitaillement… votre maïs!


Pour bien réussir en grandes cultures, il faut toujours être sur un pied de guerre, prêt à se lancer à l’assaut de belligérants qui foisonnent dans nos campagnes, telles des conditions météorologiques défavorables, des mauvaises herbes envahissantes, des insectes hideux et des maladies fongiques.

Dans cette dernière catégorie, les ennemis à débusquer sont nombreux et oppressants : tache fusarienne grise, helminthosporiose, kabatiellose, sans oublier la rouille du maïs. À peu près toutes sont des maladies qui profitent de conditions fraîches et humides pour croître. Des conditions de guerre froide direz-vous… Et si on ajoute à ces conditions climatiques favorables différents stress (infestation de pyrales, humidité excessive, sécheresse, grêle, etc.), les maladies foliaires ont alors beau jeu pour mener leur petite guérilla et envahir les feuilles. Du coup, les dommages dans les rangs sont bien visibles, et au premier chef, différentes lésions brunes ou noires, des blessures de guerre qui affectent la capacité des feuilles à photosynthétiser des sucres. Et qui dit « moins de photosynthèse » dit « moins de rendement ».

Or, le dépistage des maladies fongiques dans le maïs-grain n’est pas courant au Québec. On allègue généralement que les maladies sont présentes, mais à des niveaux sous les seuils d’intervention. On n’en fait donc pas des guerres saintes!

Les traitements phytosanitaires contre ces maladies sont jugés davantage préventifs que curatifs. Il vaut peut-être la peine, en ce qui a trait aux maladies fongiques, de mener une guerre préventive contre elles, sans nécessairement devoir sortir les armes de destruction massive! De simples fongicides homologués pour le maïs-grain, qui sont très populaires chez l’Oncle Sam, font l’affaire pour mener le combat.
 
Maurice Desautels de la Ferme des Rosalies et Brigitte Lapierre, expert en grandes cultures de La Coop fédérée. La Ferme des Rosalies a été l’une des cinq fermes où des tests ont été effectués.

Planifier les opérations
On doit d’abord mettre au point sa stratégie défensive, à commencer par donner toutes les chances au maïs d’être en santé par tout un bataillon de bonnes pratiques : rotations, préparation du sol, taux de semis correspondant à l’hybride semé, fertilisation bien ajustée et placement optimal de l’engrais dans le sol, semis effectué dans de bonnes conditions, désherbage efficace, etc. Sachons aussi que la tolérance naturelle des hybrides face aux maladies fongiques fait partie du travail des sélectionneurs.

Ensuite, on doit planifier l’affrontement offensif à venir, qui se fera au moyen de l’armée de l’air (arrosage par avion), puisque le meilleur moment pour lancer l’attaque est lorsque le maïs est rendu trop haut pour l’armée de terre (vos chars d’assaut!). Avec la méthode aérienne, on est sûr de ne pas abîmer les plants, contrairement à la méthode terrestre. La fenêtre idéale de traitement fait encore l’objet d’études, mais on allègue qu’elle va du début à la fin de la sortie des croix, soit entre la mi-juillet et le début août dans la plaine du Saint-Laurent.

Le déroulement des opérations? Si vous voulez tenter un traitement, il faut premièrement déterminer les champs à arroser, rassembler les plans de ferme et identifier clairement sur papier les obstacles comme les pylônes électriques, les cours d’eau, les puits publics, les bâtiments, etc. On doit ensuite aller piqueter le début et la fin du champ pour que l’avion « bombarde » la bonne surface. La firme d’arrosage à forfait (Hélico Service de Rougemont, par exemple) géoréférencera par la suite les champs, question de faire le bon travail au bon endroit. Enfin, on doit donner le go lorsqu’on juge venu le moment de lancer l’offensive, selon le stade de la culture et les signes de maladies. En somme, on doit compter beaucoup de temps et de coordination pour mener à bien les opérations, qui peuvent être supportées par votre coopérative agricole locale (informez-vous).

Comme l’explique Brigitte Lapierre, experte en grandes cultures pour La Coop fédérée qui a testé cet été trois fongicides différents chez cinq producteurs de la Montérégie, les fongicides offrent une protection contre les maladies d’une durée d’environ deux semaines, ce qui serait suffisant pour faire une différence quant au rendement. Les produits sous essai : Headline de BASF (pyraclostrobine), Pivot d’IPCO (propiconazole) et Quilt de Syngenta (azoxystrobine et propiconazole), tous des fongicides à large spectre.

Les fongicides agiraient non seulement contre les champignons en « blindant » le feuillage, comme une sorte d’armure, mais auraient aussi des effets bénéfiques sur la physiologie de la plante. Martin Mercier, expert-conseil en productions végétales à La Coop Comax de Saint-Hyacinthe, parle de plantes qui respirent moins durant la nuit (brûlent moins de sucres), conservant alors les sucres pour le stockage dans les organes de réserve que constituent les grains. Mais ce n’est pas tout.

Le maïs produirait moins d’éthylène en fin de saison, retardant d’autant le dépérissement des feuilles et la sénescence du plant; il reste ainsi vert plus longtemps, ce qui améliorerait le remplissage du grain, sans toutefois empêcher un bon mûrissement.
 
En 2008, en raison des conditions pluvieuses, la kabatiellose était présente dans plusieurs champs de maïs au Québec.
Autres hypothèses : grâce au fongicide, le maïs assimilerait mieux le carbone de l’air (CO2) et l’azote du sol, d’où de meilleurs rendements; les tiges seraient aussi plus fortes, donc moins susceptibles à la verse. Bref, beaucoup de promesses.

Cet été, les coops Comax, Sainte-Julie et Verchères ont offert aux producteurs intéressés de faire traiter leurs champs avec le fongicide Headline. Au total, 34 producteurs ont mis à l’essai les fongicides, ce qui a permis de faire progresser les connaissances quant à leur utilisation dans le maïs-grain.

On remarque encore la verdeur du champ sur la partie traitée, c’est-à-dire les deux tiers du champ à partir du champ de soya situé à droite de la photo. Photo prise à la Ferme Étienne Leblanc de Saint-Barnabé.

Mais c’est connu, le nerf de la guerre reste l’argent. Diminuer la pression des maladies a un coût. Et pour que les bénéfices outrepassent les coûts, le prix du maïs joue un rôle certain. Pour évaluer la rentabilité de traiter, les facteurs à considérer sont plus nombreux que les seuls prix du fongicide et du maïs. Il faut examiner les contraintes relatives à la disponibilité de services d’application aérienne, au coût du carburant pour faire voler l’avion, à la distance séparant la ferme de la piste d’atterrissage. En somme, le calcul technico-économique sur la pertinence de traiter peut varier d’une entreprise à une autre, d’une région à une autre.

Et les rendements?
Lors de la récolte, des échantillons sont prélevés, pour chacun des traitements utilisés, et expédiés à la Ferme de recherche en productions végétales de La Coop fédérée pour en évaluer différents paramètres dont le poids spécifique.

Advenant l’emploi des fongicides sur de larges superficies (le maïs s’est cultivé sur à peu près 400 000 ha en 2008 au Québec), il est toujours possible, comme dans le cas des insectes et des mauvaises herbes, que les champignons développent des résistances aux fongicides, puisque comme dans toutes guerres, la résistance s’organise. Nous n’en sommes heureusement pas encore à ce stade, mais la rotation entre les familles de fongicide demeure à-propos.

Ultimement, ce qu’on espère de cette croisade contre les maladies foliaires, c’est un meilleur rendement. À ce titre, l’expérience états-unienne démontre des augmentations variant entre 0,75 et 1 tonne de maïs par hectare. Martin Mercier a quant à lui observé, chez quatre producteurs ayant traité une partie d’un de leur champ et en ayant conservé une autre comme témoin, une hausse moyenne d’un peu plus de 750 kg par hectare. Des résultats en conformité avec les allégations faites par le fabricant du Headline, BASF en l’occurrence.

Les résultats des parcelles de Brigitte Lapierre et d’autres essais en miniparcelles Valérie Chabot, professionnelle de recherche à la Ferme de recherche en productions végétales, seront publiés dans l’encart de la Ferme de recherche de l’édition de février 2009 du Coopérateur. Des résultats qui devraient aider à documenter l’emploi des fongicides dans le maïs-grain sous les conditions québécoises. Ils permettront aussi d’identifier quelle arme à action fongicide est potentiellement la meilleure.

Et si les résultats sont concluants, il sera alors souhaitable que les maladies fongiques agitent le drapeau blanc… et signent l’armistice!


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