La Coop fédérée s’est jointe à la Fédération interdisciplinaire de l’horticulture ornementale du Québec (FIHOQ) pour lancer le Prix de la Relève FIHOQ - La Coop fédérée. Ce prix honore et récompense l’excellence d’un jeune de la relève, qui se démarque tant par sa personnalité que par la réalisation remarquable d’un projet ayant eu des retombées significatives sur la vie de l’entreprise ou de l’organisme où il travaille. Le premier Prix de la Relève FIHOQ - La Coop fédérée a été remis lors du Souper des Lauréats de l’EXPO FIHOQ, le 19 novembre dernier. Le Coopérateur vous présente des reportages chez la grande gagnante, Isabelle Caron, des Serres Caron inc., de L’Islet, ainsi que chez les deux finalistes : Patrick Edelmann et Christian Brunet.


Le destin d'Isabelle

À peine sortie de l’autobus jaune, Isabelle Caron, alors âgée de 10 ans, lançait le sac d’école pour aller rejoindre ses parents dans les serres. Il y avait là quelque chose d’attirant. « J’aimais l’odeur de la terre, les tables remplies de plantes et l’ambiance avec les employés… »

Relève assurée pourrait-on dire? « Pas nécessairement, avoue Isabelle. Au moment où je devais choisir une voie d’étude, je n’étais pas prête pour ce genre de vie. J’avais besoin d’explorer d’autres horizons… Il faut dire que l’entreprise était en croissance et que mes parents ne s’offraient pas beaucoup de temps libre. Aujourd’hui, on vit la situation de manière différente », poursuit la jeune actionnaire. Le décès précipité de son père en 1999 est venu remettre en question son désir de continuer ses études en communications. Ses sciences pures complétées, elle prendra finalement le chemin de l’ITA, campus de Saint-Hyacinthe.

La clé : une étape à la fois
Une fois revenue en 2004, son intégration à temps plein au sein de l’entreprise n’a pas nécessairement été facile. « Certains de nos employés sont ici depuis très longtemps, explique la jeune entrepreneure de 27 ans. Au début, il a fallu m’adapter à chaque personne et me faire respecter comme propriétaire. Selon Isabelle, la clé aura été de ne pas avoir pris toutes les responsabilités en même temps, mais plutôt d’y aller graduellement.

« Ma mère a su nous intégrer progressivement, mon frère et moi, et je lui en suis très reconnaissante, car nous avons pu y apporter nos propres couleurs. » La gestion du personnel et tout le domaine du marketing, des relations publiques et de la vente relèvent des compétences d’Isabelle qui poursuit depuis déjà trois ans un certificat en administration des affaires. Une formation jugée définitivement bonne pour elle. Des atouts à parfaire dans le vaste champ de l’administration et de la gestion.

Des projets
Le réaménagement du centre-jardin est, disons, le premier grand projet d’entreprise de la jeune entrepreneure qui débutera dès 2004. Elle le mijote depuis ses études où elle en fait son projet de synthèse. « L’objectif principal est d’augmenter les ventes au détail, précise l’horticultrice. L’espace commercial était devenu trop étroit et son emplacement inadéquat, explique-t-elle. Ultimement, nous voulons mieux diriger et orienter la circulation de la clientèle de manière à ce qu’elle puisse accéder plus facilement à l’espace commercial intérieur. Nous avons donc fait construire deux petites serres offrant à l’entreprise une meilleure visibilité commerciale. » Auparavant, tout le complexe de serres, incluant le magasin, était situé à l’arrière des maisons et donc non visible de la route. La dernière étape sera de construire une boutique plus spacieuse annexée aux deux petites serres. L’acquisition d’un terrain voisin en 2006 est venue enrichir le projet de départ et permettra éventuellement la création de jardins de démonstration.

« Une chance formidable pour nous que cet achat de terrain, reconnaît Isabelle. Si tout se déroule comme prévu, l’inauguration du nouveau bâtiment aura lieu en 2010. »

Situées à L’Islet, Les Serres Caron inc. s’étendent sur 5574 m2 (60 000 pi2) de serre et produisent au-delà de 700 variétés différentes de fleurs annuelles. Reconnue pour sa créativité et son désir de fleurir, l’entreprise s’est fait voir à différentes mises en scène horticoles, dont les deux premières éditions des Floralies internationales de Québec. « Je me rappelle des oies empaillées qu’il fallait se dépêcher de trouver pour enjoliver la plate-bande qui illustrait la bordure du fleuve», évoque Isabelle. Un réflexe qui se perpétue puisque, l’été dernier, Les Serres Caron inc. ont été le fournisseur principal du potager des visionnaires, une exposition du Musée de la civilisation de Québec dans le cadre des fêtes du 400e.

Donner le goût…
Pour cette jeune actionnaire, les défis de l’entreprise sont nombreux. Ils passent par un meilleur contrôle de l’énergie et par la capacité d’attirer un personnel motivé et fiable. Sur cet aspect, qui est sous sa responsabilité, elle est très confiante. « On investit beaucoup de temps avec nos employés, précise Isabelle. Ils sont une source d’information essentielle lorsque vient le temps d’améliorer les choses. Le réaménagement du centre-jardin a d’ailleurs été pensé avec leur collaboration, reconnaît-elle. Je me donne également comme défi personnel de susciter l’intérêt des jeunes de la nouvelle génération pour l’horticulture ornementale. Une des actions bien concrètes est de prendre le temps d’accueillir des groupes scolaires et de leur faire visiter l’entreprise. C’est une façon d’animer notre collectivité. »

Michel Caron, le père, aura laissé sa marque au sein de l’industrie de l’horticulture ornementale. Tout au long de l’entrevue, Isabelle en parlera de façon très animée. « La revue Québec vert l’a déjà qualifié de poète patenteux toujours prêt à expérimenter les nouvelles techniques ou encore à relever de nouveaux défis. Il a inventé un système de tablettes roulantes pour faciliter le déplacement de la marchandise, a introduit au Québec le premier semoir électronique et conçu un
modèle de chariot de livraison démontable que l’on retrouve actuellement sur le marché, précise la cadette. Mon frère a hérité de son côté patenteux et moi de son goût des défis innovateurs », reconnaît-elle. Cette jeune femme d’affaires semble être profondément habitée par la fierté de pouvoir aujourd’hui diriger, avec son frère Jean-François et sa mère Denise Deschênes, une entreprise comptant 55 ans d’histoire et d’expérience. D’où il est, son père est certainement très fier de sa fille!

Créer du bonheur
Patrick Edelmann, entrepreneur-paysagiste, vend une qualité d’air, de la beauté et de la paix intérieure...

Patrick Edelmann a grandi dans les montagnes du Jura en Suisse sur une ferme à la fois laitière et horticole. « Un bagage de connaissances techniques qui me sont toujours utiles », reconnaît l’entrepreneur-paysagiste. Il n’a que 800 $ en poche et un coffre à outils lorsqu’il décide d’offrir aux résidents du centre-ville de Montréal des services de plantations de végétaux.

Motivations profondes
Nous sommes en 1994 et le jeune Edelmann atterrit au Québec pour une année sabbatique. Technicien en maçonnerie, il rêve d’abord aux grands chantiers de construction. Son premier réflexe sera de se faire connaître auprès d’entrepreneurs orientés vers des projets d’envergure. «Je me suis retrouvé dans une zone grise où je devais choisir, se rappelle Patrick. Au-delà de l’attrait salarial que m’offrait le travail du béton des vastes chantiers, mes motivations profondes étaient davantage tournées vers la construction d’autres formes de paysages, avoue cet amoureux des grands jardins. L’entrepreneur est aussi un globe-trotter ayant sillonné plus d’une trentaine de pays différents pour entre autres y visiter les espaces verts. Que ce soit le jardin d’Yves Saint-Laurent de Marrakech au Maroc, celui du Central Park à New York, du Mont Royal à Montréal ou encore ceux de Shanghai et du Taj Mahal en Inde, tous ces trésors horticoles influencent son génie créateur. « Les plus beaux jardins sont ceux qui auront respecté le patrimoine et l’esprit du lieu où ils ont été construits », affirme ce jardinier. Un souci scrupuleusement respecté lorsqu’il doit lui-même créer un jardin.

Tournant
Il choisira de s’établir au Québec pour l’ouverture d’esprit et la culture entrepreneuriale. Ses premiers contrats de plantations seront exécutés d’abord pour des résidents privés. À la suite du verglas de 1998, le jardinier offrira un nouveau service : celui d’élagage et d’émondage d’arbres. Ces deux premières années d’expérience auront permis de flairer le marché de l’entretien, de la construction et de l’aménagement des jardins, de constater les divers besoins et de se donner les moyens de bien s’y positionner. Après avoir suivi une formation offerte par l’Association provinciale des constructeurs d’habitation du Québec (APCHQ), Patrick Edelmann obtiendra sa licence d’entrepreneur général, incluant 22 sous-catégories spécialisées, qui lui permettra d’élargir sa gamme de services. Créations et constructions de jardins Edelweiss prendra son véritable envol en 1999. Certifiée par l’Association des paysagistes du Québec, l’entreprise offre une expertise variée dans les domaines de la maçonnerie, de la menuiserie, de l’architecture de paysage, de l’excavation, de la construction d’œuvres d’art et de jardins d’eau, de la taille et de l’entretien d’arbres et de l’éclairage. Située à Saint-Colomban depuis 2002, elle compte autour de 50 clients par année, situés pour la plupart dans les régions des Laurentides et du grand Montréal. « Je fais le plus beau métier du monde, confie ce jardinier devenu philosophe. On vend une qualité d’air, de la beauté et de la paix intérieure... » Patrick Edelmann prend son rôle d’entrepreneur très à cœur. « C’est le défi de toute entreprise, souligne-t-il. Au-delà de la richesse, il faut réussir à créer du bonheur et de la satisfaction des employés qui y travaillent. » La mission que s’est donnée Patrick Edelmann lorsqu’il a fait le choix de construire des jardins!

Prix de la Relève FIHOQ- La Coop fédérée

Définition d’une relève
Un entrepreneur, un employé ou un travailleur autonome

âgé de plus de 18 ans et de moins de 35 ans à la date de fermeture des mises en candidature;
qui travaille dans une entreprise ou un organisme qui œuvre en horticulture ornementale au Québec;
qui possède un diplôme d’études professionnelles, d’études techniques ou d’études universitaires, ou expérience équivalente.

Critères d’admissibilité

Répondre à la définition de la relève;
Présenter un dossier sur un projet de développement, réalisé ou en cours de réalisation, ayant eu des retombées significatives l’entreprise ou l’organisme;
Remplir les formulaires d’inscription dans les délais requis.


Du doigté bien arrosé
Christian Brunet, spécialiste en irrigation, a contribué à la mise en place des majestueuses mosaïques florales réparties un peu partout dans la ville de Québec, dans le cadre de son 400e anniversaire.

Son goût de la nature et des espaces verts aura eu raison de son baccalauréat en sciences politiques, abandonné après une année d’études. « J’étais fait pour autre chose », se disait Christian Brunet. Un emploi d’été lui aura donné le goût d’approfondir tout le domaine de l’horticulture et de l’aménagement paysager.

Actionnaire depuis 2001 de l’entreprise Hydralis inc., Christian Brunet s’est progressivement spécialisé vers l’irrigation de projets horticoles. Ses engagements scolaires au sein de la coopérative de l’école ou encore du conseil étudiant favoriseront le développement de ses qualités entrepreneuriales. « À la fin de mes études à l’ITA, campus de Saint-Hyacinthe, en 1999, relate le technicien, j’ai été placé devant une offre d’acheter l’entreprise de mon ancien patron, soit Irrigation ACM Huot. Les événements se sont finalement déroulés autrement. Je me suis associé avec Guy Gauthier, propriétaire d’Hydralis et nous avons ensemble fait l’acquisition de l’entreprise de M. Huot. » Située à Québec, Hydralis inc. compte une douzaine d’employés et offre son expertise à plus de 1000 clients dans le domaine de l’irrigation commerciale, résidentielle et institutionnelle. Des services d’éclairage et de drainage de terrain de jeu sont également ajoutés à l’expertise.

L’envolée vers Shanghai
Irriguées par Hydralis inc., les majes­tueuses mosaïques florales réparties un peu partout dans les différents arrondissements de la Ville de Québec dans le cadre des fêtes du 400e étaient magnifiques. Christian Brunet en a d’ailleurs fait une spécialité au sein de l’entreprise. Cette expertise l’a ainsi amené en 2006, à s’envoler vers Shanghai à l’occasion des Mosaïcul­tures internationales. « Une entente de partenariat entre le Centre de formation en horticulture Fierbourg, de Québec, et le comité international des Mosaïcultures est à l’origine de ce voyage », précise Christian. Les mois d’hiver étant plus tranquilles pour Hydralis, l’horticulteur développe son côté pédagogue en offrant des cours dans le domaine de l’irrigation. « Le comité était à la recherche d’un professionnel ayant la disponibilité et les capacités pour irriguer les structures des villes de Montréal, d’Athènes et du Nouveau-Brunswick. Je me suis ainsi retrouvé responsable de trois grandes œuvres. Des élèves du centre de formation m’ont accompagné pour aider à la mise en place des structures, à la plantation et à leur irrigation. Une aventure inoubliable! » commente l’enseignant. Imaginez la scène : seulement l’œuvre de Montréal était composée de plus de 800 000 plantes et fleurs. Pour cet horticulteur devenu expert dans l’irrigation de mosaïques florales, l’expérience aura été riche autant sur le plan humain que sur l’échange de connaissances et des techniques de travail.

Ce jardinier de 32 ans relève actuellement un autre défi, celui de la rédaction de documents pédagogiques portant sur la conception, l’installation et l’entretien des systèmes d’irrigation. Ces deux volumes seront publiés cet hiver par la Société de formation à distance des commissions scolaires du Québec. Son talent varié et bien arrosé l’aura conduit à se préoccuper de la place de l’eau dans les jardins et les espaces verts. « Le défi du siècle, reconnaît Christian Brunet. Déjà, les technologies s’adaptent. Il reste à travailler avec les mentalités…  »



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