Avec l’augmentation des coûts de l’énergie, il est judicieux de privilégier une meilleure autonomie énergétique des exploitations agricoles en favorisant des projets éco-efficients. Alors, pensez-y à deux fois avant de reconstruire ou rénover un bâtiment d’élevage ce pourrait être payant! Un projet de mur solaire pourrait être admissible à divers programmes de subvention en efficacité énergétique.


Bien que les vertus de l’énergie solaire soient connues, elle demeure sous-utilisée, principalement dans les pays nordiques comme le nôtre. Les murs solaires n’étaient pas très populaires au Canada dans les années 90, en raison du faible coût de l’électricité et de la faible durée d’ensoleillement quotidienne. La figure ci-dessus présente les durées moyennes d’ensoleillement quotidiennes au Canada en décembre. Le sud-ouest du Québec bénéficie d’une moyenne journalière d’environ 2,8 heures. Avec l’augmentation des coûts d’énergie et la conscientisation des gens face aux émissions des gaz à effet de serre, la tendance des dernières années se tourne vers des énergies renouvelables et plus vertes. L’énergie solaire combinée à une autre source d’énergie peut devenir très intéressante. Le présent article aborde le fonctionnement et l’efficacité des murs solaires.

Procédé
Le procédé est simple. Le mur solaire est un revêtement de métal noir composé de milliers de petites perforations. Ces murs sont installés sur une paroi faisant face au sud. La lumière du soleil inonde le revêtement et chauffe l’air près de sa surface. L’air est aspiré par les petits trous dans le revêtement et acheminé vers un espace étroit entre le mur et l’immeuble. L’air chauffé s’élève vers une chambre, où il est aspiré dans l’installation par des ventilateurs. Le mur solaire est également muni d’un panneau situé au bas et s’ouvrant vers l’extérieur. Ce panneau de contournement est ouvert lorsque le mur solaire n’est pas utilisé.La photographie ci-dessous permet de visualiser ce principe.

Naissance d’un projet à La Coop fédérée
C’est au sud-est du Mont-Saint-Hilaire, à Saint-Jean-Baptiste, que deux poulaillers du Centre avicole de La Coop fédérée ont été détruits par la force du vent en 2004. La reconstruction de ces bâtiments d’élevage s’est faite en 2005 avec l’installation de murs solaires. Ces bâtiments d’une capacité de 19 200 à 19 700 poulets ont été construits de façon identique. La durée de l’élevage est de 35 à 45 jours. La surface totale de murs solaires par plancher est de 73,7 m2 pour le site.

Suivi de l’efficacité
Dans le cadre du projet, un suivi de l’efficacité des murs solaires a débuté depuis l’été 2006 sous la supervision de Suzelle Barrington, chercheuse de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement de l’Université McGill, avec l’aide de ses étudiants, Marc Abbyad et Sébastien Cordeau. Ce projet a vu le jour avec la collaboration du fournisseur des murs solaires, Solag inc., du ministère des Ressources naturelles Canada, du Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec (CDAQ) et de La Coop fédérée.

L’objectif de ce projet est de démontrer les avantages agronomiques, économiques et environnementaux des murs solaires. Le but était d’évaluer :
• l’économie d’énergie (gaz naturel) pendant la saison froide;
• l’augmentation du taux de ventilation;
• l’impact sur la performance alimentaire et sur la croissance des poulets;
• l’énergie récupérée par les murs solaires en fonction des conditions climatiques et d’un bâtiment témoin.

Fait à noter, lors de l’étude, les murs solaires de chacun des bâtiments étaient utilisés, en alternance, comme référence pour le second bâtiment. Ainsi, lorsque les murs solaires d’un bâtiment étaient utilisés, les panneaux de contournement de l’autre bâtiment étaient activés. Seule une énergie « conventionnelle » alimente, dans ce cas-ci, le bâtiment « de référence ». Cette démarche vise à lever un éventuel biais de l’étude, communément appelé « effet bâtiment».

Différents équipements ont dû être installés à l’intérieur des bâtiments afin d’obtenir des données sur la température, l’humidité relative, la vitesse de l’air à l’entrée, le dioxyde de carbone et l’ammoniac. Une station météorologique a même été installée entre les deux poulaillers pour obtenir les données climatiques.

L’apport d’air frais à l’intérieur des bâtiments est une donnée qui a été vérifiée dans le but d’observer le bénéfice sur la performance et la croissance des animaux. Cela a été rendu possible grâce à l’enregistrement du taux de dioxyde de carbone et de l’ammoniac à l’intérieur du bâtiment.
 
Le panneau de contournement étant ouvert, le mur ne fonctionne pas
(4 novembre 2008).

Résultats
Les résultats de l’étude après un an ont révélé une économie significative pour le chauffage des bâtiments. Lors d’une saison froide, une économie de près de 650 $ par bâtiment, par mois (ou 8,80 $/m2 de mur solaire) peut être réalisée avec l’utilisation des murs solaires. Cette économie signifie une diminution de la consommation de gaz naturel d’environ 325 m3 par bâtiment, par mois. La diminution des émissions de gaz à effet de serre reliée à la combustion du gaz naturel est également un avantage notable avec les murs solaires.

Par contre, les poulets n’ont pas nécessairement bénéficié de l’augmentation de l’air frais provenant des entrées d’air des murs solaires. L’amélioration de la qualité de l’air n’a toujours pas démontré d’influence sur la performance des poulets. D’autres travaux devront être menés afin d’observer la viabilité et la prise de poids de l’animal. Toutefois, les résultats de l’étude 2008-2009 devraient donner plus d’information sur l’influence du CO2 dégagé par les aérothermes (alimenté au gaz naturel) à l’intérieur des bâtiments. De plus, l’étude confirmera des tendances tant sur l’économie d’énergie que sur la ventilation des bâtiments.

Un logiciel permettant de prédire le gain de chaleur par les murs solaires, selon une région et un climat donné, est actuellement en développement dans le cadre de l’étude effectuée par l’Université McGill. Ce logiciel permettra de mieux modéliser les gains potentiels pour une installation donnée, avant de faire le choix d’adopter le mur solaire comme source alternative d’énergie calorifique. La cueillette des données devrait se terminer en avril 2009. Merci à Jean Boisjoli, directeur d’élevage et Bruno Lambert, gérant du Centre avicole inc. pour leur contribution dans la cueillette de données.


 
Source : Ressources naturelles Canada

Un des deux bâtiments munis des murs solaires et, à l’avant, la station météo.


Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés