Les dernières assemblées annuelles de la North American Maple Syrup Council (NAMSC) et de l’International Maple Syrup Institute (IMSI), l’automne passé, ont été l’occasion pour les acteurs de l’industrie du sirop d’érable de faire le point sur les enjeux de l’heure et d’honorer le parcours d’un Québécois qui a laissé sa marque chez Citadelle.


D'une part, c’est avec inquiétude que les Québécois présents à ces rencontres, orga­nisées à Amherst, au Massachusetts, ont appris les ravages causés par un coléoptère de forme allongée appelé le longicorne asiatique qui abîme, entre autres, les érables.

« C’est au Massachusetts que cet insecte a jusqu’ici frappé le plus les acériculteurs et ceux-ci sont grandement inquiets, car il n’y a rien pour le combattre, aborde Cécile Pichette, la vice-présidente de Citadelle. Or, il se déplace et pour arrêter sa progression les autorités n’ont d’autre solution que de brûler les feuillus auxquels il s’est attaqué. »

Réchauffement climatique aidant, c’est vers le nord où sa course l’entraîne. Il demeure jusqu’ici aux abords des villes et des parcs industriels et n’a pas été encore aperçu au Québec.

Luc Lussier, le directeur général de Citadelle, admet que la coopérative québécoise des producteurs de sirop d’érable est préoccupée par cette menace. « Nous n’avons pas encore adopté de plan pour nous guider en cas de détection du longicorne asiatique sur une érablière d’un de nos producteurs, mais nous devrons y voir. »

L’insecte qui mesure entre 20 et 35 mm de long et 7 et 12 mm de large est visible de mai à novembre.

Une récolte névralgique en 2009
La conjoncture sur les réserves et la production de sirop d’érable a bien sûr vite repris le dessus dans les discussions de coulisse des deux congrès dont l’horaire est imbriqué. Après plusieurs années de surplus d’inventaires, les stocks se sont complètement écoulés en raison d’une dernière récolte moins abondante – la production américaine dans son ensemble a été supérieure en 2008 alors qu’au Canada et dans l’État du Maine, le fléchissement a été marqué. Cette raréfaction a naturellement culminé à faire bondir les prix de la ressource.

« Tout va se jouer en 2009 selon que la récolte sera bonne ou mauvaise, ont fait consensus les participants à ces congrès, a commenté M. Lussier. On espère chez Citadelle que le contexte actuel ne soit que passager. Bien sûr, des producteurs aimeraient bien que les prix élevés se maintiennent. Mais pour nous, l’impact de cette inflation peut être négatif. D’une part, le consommateur risque de réduire ses achats et, de l’autre, le transformateur agroalimentaire peut nous tourner le dos s’il ne peut être assuré qu’il disposera de produits en quantité suffisante pour alimenter tout le marché. »

Le directeur général de Citadelle n’écarte tout de même pas un scénario où les prix haussiers se maintiendraient malgré un retour à des récoltes foisonnantes.

Nouvelle appellation : pas pour tout de suite
Le rapport du comité spécial formé pour proposer une harmonisation des appellations des catégories, des couleurs et des saveurs du sirop d’érable a enfin été déposé devant les délégués du NAMSC. Ceux qui s’attendaient à un tableau clair et précis qu’ils n’auraient eu qu’à avaliser ont été dépités. Les chercheurs qui ont œuvré à cette tâche ont tout simplement recommandé de poursuivre les recherches…
« À l’évidence, c’est un long processus, a reconnu Luc Lussier, ne cachant pas lui-même sa déception. Nous aurions aimé mettre en place le nouveau système de classement des sirops pour 2010, mais il faudra oublier cette échéance. Je comprends toutefois qu’il ne soit pas aisé de partager des sirops en termes de saveur, avec l’assu­rance que nous serons en mesure de bien qualifier les productions de chaque acériculteur. »

Il donne en exemple les catégories « robuste » ou « léger » qui pourraient être utilisées pour décrire la saveur de certains produits et dont les prix diffé­reraient. Jusqu’ici, il était plus simple de s’appuyer sur la couleur du sirop, en allant du « clair » au « foncé ». L’industrie déplorait toutefois qu’en les cataloguant de produits Canada nos 1, 2 et 3, on dévalorisait, auprès des consommateurs, les deuxième et troisième de la numérotation. Cela n’empêche les Américains de préférer le sirop plus foncé et les Québécois d’adorer l’entre-deux.

« Notre système de classification actuel a aussi ses paradoxes. Ainsi, certains sirops perdent de leur couleur avec le temps sans que leur saveur en soit altérée. Les consommateurs peuvent certes être médusés! Il n’en reste pas moins que nous avons un important travail d’information à réaliser auprès d’eux si nous voulons planifier ces changements d’appellation. »
 
Les délégués aux récents congrès de l’industrie nord-américaine du sirop d’érable se sont rendus à la ferme Boisvert à Hadley, non loin de Amherst. Le producteur acéricole et maraîcher du Massachusetts leur a proposé le lunch. Au menu, les frites et les hamburgers sont autant en évidence que les produits d’érable!

Des congrès incontournables
Si Citadelle a été au nombre des fondateurs de l’IMSI il y a un peu plus de 34 ans, ce n’est que tout récemment qu’elle a grossi les rangs du NAMSC. À l’automne 1992, le directeur général et le vice-président de la coopérative, qui étaient à l’époque Gaston Rioux et Michel Nadeau, respectivement, s’étaient rendus à l’assemblée annuelle de l’organisme nord-américain à titre d’observateurs.

« À leur retour, ils nous ont chaudement recom­mandé que nous y adhérions, se souvient encore très bien René Arès, qui présidait alors aux destinées de Citadelle et qui n’avait pu suivre ses collègues au congrès en raison de sa participation au SIAL, à Paris. On trouvait que ça n’avait pas de sens que le Québec travaille de façon isolée de l’ensemble de l’industrie du sirop d’érable. Et ce n’est pas parce que nous (le Québec) sommes le plus gros joueur de l’industrie qu’on doit négliger l’apport des autres. Et on trouvait qu’en étant actif au sein de cet organisme, on pouvait mieux voir venir les coups… »

Il faut savoir que l’IMSI est tourné vers la commercialisation des produits et la promotion auprès des consommateurs tandis que le NAMSC oriente ses travaux sur la recherche et l’information technique apte à améliorer l’univers des acériculteurs. Seules des associations provinciales de producteurs ou d’États américains peuvent devenir membres du NAMSC. La fusion des deux organismes a souvent été envisagée, mais chaque fois les décideurs ont conclu que leurs préoccupations étaient trop distinctes.

M. Arès note que la pertinence de l’adhésion au NAMSC s’est vite avérée. En 1993-1994, la découverte de plomb dans l’équipement de fabrication d’un producteur de cidre de pomme du Vermont, dont Citadelle a eu rapidement écho par le biais du NAMSC, lui a permis de bien se préparer aux doutes qu’allait semer, par extrapolation, cette nouvelle sur les acériculteurs québécois. Sans délai, des analyses ont été conduites sur le matériel et les produits des membres québécois, permettant de rassurer promptement la population. Encore cette année, l’événement annuel à Amherst a donné l’occasion au Québec de prendre connaissance du nouveau danger qui se pointe à l’horizon sous la forme d’un petit insecte chinois.

« Les premières années, nous avons surtout pris des notes aux rencontres annuelles puis peu à peu nous avons commencé à prendre position dans les débats. C’est ainsi que nous avons acquis de la crédibilité et que nous nous sommes fait respecter. Ils voient qu’on travaille pour le bien de l’industrie. »

Les congressistes du NAMSC se sont entichés des Québécois à tel point qu’ils ont créé un nouvel honneur en 2008 afin de commémorer la contribution de M. Arès à l’organisme nord-américain. Président de Citadelle de 1991 à 2006, le producteur agricole de Stuckley-Sud, en Estrie, qui vient de souffler ses 60 bougies, a été le premier titulaire du Special Recognition Award.

« Bien qu’il se savait en nomination pour ce mérite, M. Arès a été fort ému par toute cette attention, a relaté Mme Pichette. Il venait à l’événement revoir tous les amis qu’il s’était fait au fil des ans et qu’il n’avait pu saluer lors de sa dernière année de présidence, retenu au Québec pour des raisons médicales. »
 
La cabane à sucre du producteur acéricole de Hadley où se sont arrêtés les congressistes loge à même la boutique qui sert à ce dernier de commerce de détail de produits de l’érable, de fruits et de légumes.

Le principal intéressé a admis que les applaudissements des quelque 350 personnes présentes à son endroit constituèrent pour lui un moment « saisissant ». Surtout, a observé René Arès, que cet élan de foule se déroulait en territoire américain!

Le NAMSC célébrera son demi-siècle d’existence l’an prochain lors d’un congrès de forte ampleur à Harbor, dans le Maine, du 22 au 26 octobre 2009. Les organisateurs ont promis pour lors de redonner à l’événement le caractère protocolaire qui était sien jadis.



Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés