Après avoir vu ses commerces fermer un à un, le petit village qui ne voulait pas mourir a formé une coopérative de solidarité qui a permis la mise en place d’un centre multiservice. Le projet a donné un nouveau souffle de vie à la localité.



Saint-Adelphe fait partie de la municipalité régionale de comté (MRC) de Mékinac qui regroupe 10 municipalités de 300 à 4000 rési­dants, en Mauricie. On y compte 1034 habitants dont environ 30 % travaillent dans le secteur manu­facturier, agricole ou pour des PME locales. Sans services à proximité, il est difficile d’attirer ou de retenir les gens. La population stagne. Certains vont jusqu’à dire que le déclin est inévitable.

Avant qu’il ne soit trop tard…
Personne ne s’était révolté lors de la fermeture du magasin de meubles, de vêtements, du dépanneur, des deux restaurants. Le glas a sonné avec l’annonce de la fermeture de la quincaillerie d’Herman Lafontaine.

Jadis, une bonne douzaine de commerces faisaient vibrer la rue Principale de Saint-Adelphe. Comme c’est le cas de plusieurs dizaines, voire des centaines de petits villages partout au Québec, un système économique sans pitié et sans respect pour la communauté et ses habitants avait euthanasié les commerces un à la suite de l’autre.

Sans oser le dire tout haut, les gens se demandaient combien de temps l’épicier tiendrait le coup. D’ici quelques mois, il faudrait parcourir 15 à 20 km pour une poignée de clous. Si un tel sort s’acharnait sur le magasin d’alimentation, on devrait hélas reprendre cette même route pour y acheter du pain et du lait.

Saint-Adelphe avait déjà mis en place une corporation de développement économique visant à stimuler la croissance de la municipalité.

En 2005, fort des résultats d’un minisommet économique, un comité planche sur un projet audacieux : celui de créer une coopérative de solidarité qui mettrait toutes les infrastructures en place pour attirer des entreprises de services dans leur localité. Le modeste projet prend de l’audace : une petite quincaillerie avec un coin dépanneur fait place à un complexe multiservice de 680 m² (7300 pi²).

Engagement de La Coop CoopPlus
La coopérative de solidarité, rebaptisée Coop du coin est un organisme sans but lucratif (OSBL) dont le statut a permis d’accéder à des subventions – municipales, régionales, provinciales et fédérales – qui autrement n’auraient pas été disponibles. Le but de la Coop du coin n’a jamais été d’exploiter un commerce, mais d’offrir un emplacement commercial viable qui profiterait à tous les membres de la communauté.

Propriétaire de trois quincailleries et d’un marché d’alimentation dans la région, CoopPlus est un partenaire logique pour y exploiter la future quincaillerie-épicerie et s’implique dans le projet dès le début. La structure financière proposée repose sur un partenariat entre la Coop du coin et La Coop CoopPlus : une formule « gagnant-gagnant » qui verrait un partage de profits avec la Coop du coin si les résultats devaient surpasser ceux anticipés et qui permettait au commerce d’aspirer à une rentabilité dans un délai acceptable.

Chef d’orchestre du projet, la Coop du coin a rallié les gens de Saint-Adelphe à l’idée d’un tel projet et a réussi un exploit : celui de vendre des cartes de membres coops à 70 % des familles de la municipalité. Devant cet engouement de la communauté, le projet ne pouvait faire autrement que de réussir.

Le projet est reçu avec enthousiasme par le conseil d’administration de La Coop CoopPlus. « Notre coopérative agricole est présente dans le milieu depuis plus de 60 ans et quand le projet de Saint-Adelphe s’est présenté, on s’est dit que ça serait une bonne façon pour CoopPlus de couvrir tout le territoire tout en aidant au développement de la région », explique Edgar Gervais, président du conseil d’administration.

« CoopPlus a participé au projet en signant un bail de 20 ans renégociable uniquement à échéance, dit Dany Côté, directeur général. C’était une condition sine qua non pour que la Coop du coin termine le montage financier qui servirait à l’achat du terrain et à la construction du bâtiment. » L’enga­gement est important. Il requiert que l’exploitant paie tous les frais afférents : l’hypothèque, les taxes municipales, les assurances, en plus des autres coûts liés à l’exploitation du commerce.

Loin de la rue Principale
L’emplacement choisi a probablement créé un pincement au cœur chez ceux qui auraient préféré voir le commerce s’installer sur la rue Principale. Cependant, afin de prendre avantage du bassin d’automobilistes qui circule sur la route régionale et maximiser le potentiel de ventes de la nouvelle entreprise, la Coop du coin opte pour construire le bâtiment dans un endroit stratégique, soit à l’intersection de la rue du Moulin qui mène dans le comté de Portneuf et de la route provinciale 352. L’emplacement est un site de choix, étant situé à l’entrée de la municipalité de Saint-Adelphe. Mais pour y accéder, lorsqu’on demeure au village, il faut traverser le pont qui enjambe la rivière Batiscan. Il s’agit d’un obstacle de taille pour les gens qui n’ont pas de véhicule ou qui sont à mobilité réduite, mais l’alternative de ne plus avoir de services comme tels à Saint-Adelphe n’aurait guère été mieux.

Synergie

« On voulait trouver une façon de répondre aux besoins de nos membres agricoles » Edgar Gervais, président du conseil d’administration à La Coop CoopPlus

En rassemblant sous un même toit tous les secteurs d’activité désirables pour la communauté, notamment un comptoir SAQ, un service de location de films, une épicerie avec un service de boucherie et un comptoir de mets préparés réfrigérés en plus d’une quincaillerie, il devenait possible de justifier la taille du projet proposé. Il pourrait ainsi y avoir un partage des frais fixes, de la main-d’œuvre et de l’inventaire et les divers secteurs profiteraient alors d’un achalandage accru.

Pour réaliser un tel projet cependant, il fallait s’assurer que tout le monde en ressorte gagnant. Or, la petite épicerie de Constant Cossette était toujours en activité sur la rue Principale. Il était évident que la municipalité ne pourrait faire vivre deux marchés d’alimentation et que les citoyens n’auraient d’ailleurs pas appuyé un projet qui eut créé une concurrence déloyale envers leur petite épicerie qui dessert le village depuis plus de 50 ans. La Coop du coin a donc offert de racheter l’achalandage de M. Cossette et il est convenu avec La Coop CoopPlus que celui-ci serait nommé responsable du secteur épicerie du nouveau commerce.

Le même scénario s’est produit avec la station-service, située de biais avec le terrain de la Coop du coin. Avec des réservoirs à essence désuets qui devaient être changés à court terme, le commerçant a choisi de vendre son achalandage à CoopPlus et Sonic, permettant ainsi l’ajout d’une station d’essence libre-service à ceux déjà offerts.

Quelques hoquets
Malgré le bail de béton signé avec CoopPlus, « le financement a été extrêmement difficile », raconte François Douville, président de la Coop du coin.

L’augmentation de la superficie du bâtiment a fait bondir les coûts de construction de 40 %. Malgré le potentiel accru du projet et la volonté du locataire que le bail soit révisé à la hausse pour tenir compte du dépassement budgétaire, la réaction du prêteur hypothécaire a risqué de compromettre le projet. En limitant le financement du projet à 50 % de l’évaluation marchande du bâtiment, le Centre financier des entreprises (CFE) Desjardins ne couvre plus que l’équivalent de 30 % des coûts de construction. La Coop du coin, loin de s’avouer vaincue, persuade Investissement Québec du potentiel du projet qui accepte de garantir la valeur excédentaire du prêt auprès du bailleur de fonds.
 
«Plus de 300 cartes de membres coops de 250 $ ont été vendues» François Douville, président de la Coop du coin

Le résultat

Le 24 août dernier, les administrateurs et près de 300 membres de la Coop du coin célébraient l’aboutissement de leurs efforts collectifs. « Ce type de partenariat est essentiel à la survie des petites municipalités, selon Paul Labranche, maire de la municipalité. Le résultat obtenu démontre bien que l’imagination et la volonté d’une collectivité peuvent faire toute la différence et que le principe de coopérative offre beaucoup de possibilités, et ce, bien au-delà du modèle économique traditionnel de commerce à but lucratif. »

Après seulement cinq mois d’activité, La Coop CoopPlus affirme que la formule, qui réduit les coûts d’opérations et qui profite de l’appui de la communauté, a le potentiel d’être plus rentable qu’un projet réalisé dans un cadre traditionnel. Déjà on songe à ajouter des services connexes, dont une serre au printemps prochain.

Ouvert de 6 h 30 à 21 h, 7 jours semaine, l’achalandage du commerce est tel qu’il ferait rougir d’envie les propriétaires de plusieurs commerces situés dans des centres urbains.
 




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