Le rouleau compresseur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) poursuit son œuvre. De plus en plus de producteurs agricoles s’interrogent et s’inquiètent de l’avenir du système de gestion de l’offre auquel ils sont attachés. Le Coopérateur agricole amorce une série de reportages sur les orientations prises ailleurs en ce qui a trait aux systèmes de contingentement. Nous sommes d’avis que l’on n’est jamais trop informé et que ces points de vue peuvent être utiles à alimenter votre réflexion comme entrepreneurs agricoles. Les points de vue exprimés par ces intervenants ne représentent cependant nullement une prise de position du Coopérateur agricole ou de La Coop fédérée sur cette question. Dans la prochaine édition, la position du Canada!




La Suisse renonce au contingentement laitier dès le 1er mai 2009. « Le signal d’alarme a été le Canada. Le processus d’endettement des producteurs canadiens pour acheter du quota mène à un cul-de-sac. Quand la valeur du contingent vaut plus que les terres, les bâtiments et les animaux, vous mettez en péril la compétitivité de la filière laitière », soutient Eduard Hofer, ex-vice-directeur de l’Office fédéral suisse de l’agriculture, à la retraite depuis peu.

Considéré comme le père des quotas laitiers, introduits en 1977 dans le petit royaume laitier, M. Hofer a prêché ensuite son abolition pour une raison majeure. Selon lui, « le coût artificiel du quota nuit au transfert de ferme à la génération suivante ».

La valeur du contingent laitier suisse a déjà atteint une valeur d’environ 233 millions $ au début des années 2000. « L’État a toujours clairement dit qu’un jour le système de contingent laitier pourrait être abandonné, sans dédommagements », ajoute M. Hofer.
 
Eduard Hofer, ex-vice-directeur de l’Office fédéral suisse de l’agriculture

Interrogé sur la pertinence des quotas, Christoph Grosjean-Sommer, porte-parole de la Fédération des producteurs suisses de lait (FPSL), répond que « chaque pays cherche à améliorer son système de production.L’idéal serait qu’il n’y ait pas de prix sur le quota. La grande question liée aux transactions de quotas c’est : à qui va l’argent? En Suisse, on payait ceux qui ont revendu leurs fermes ou qui cherchaient à grossir. Aurait-on dû faire une bourse pour faire la promotion des produits laitiers ou des aides destinées aux jeunes agriculteurs? C’est le gouvernement qui doit régler ça ».

L’abandon par étapes du contingent laitier par la Suisse est un geste longuement mûri et s’inscrit dans une politique agricole adoptée par le petit peuple helvétique, 7 millions d’habitants, à 77,6 % par voie de référendum le 9 juin 1996.

Par ce vote historique, le champion de la raclette a résolument opté pour une agriculture à la fois multifonctionnelle, durable, sans OGM, et adaptée aux exigences du marché. Le monde agricole s’y voit confier quatre tâches, désormais enchâssées dans la Constitution : 1) sécurité d’approvisionnement pour la population; 2) conservation des ressources naturelles; 3) entretien du paysage; 4) occupation diversifiée du territoire, des plaines aux alpages.


La mutation des prix du soutien pour couvrir les coûts de production à un système de paiements directs aux producteurs sur preuve de prestations écologiques est au cœur de cette nouvelle politique. « L’ancien régime coûtait une fortune à l’État puisqu’il garantissait des prix qui encourageaient une surproduction tandis que les coûts de production ne cessaient d’augmenter, sans compter les dommages écologiques », stipule M. Hofer. Pour passer ce nouveau contrat social, « il a fallu du courage politique. Chez nous, l’État prend des décisions parfois contre la volonté des producteurs », ajoute-t-il.

La nouvelle politique agricole « verte » coûte environ 4 milliards $ par année au Trésor suisse et elle mise aussi sur l’ouverture des marchés.

L’objectif : produire plus de lait de façon écolo pour lancer Gruyère, Emmental puis autres fromages de spécialité et frais à la conquête de l’Union européenne (UE), un bassin de 450 millions de consommateurs dont l’appétit de corbeau croit à raison de 2 à 3 % par année.

La Suisse compte faire de ses fromages déjà réputés le fer de lance de ses exportations pour équilibrer sa balance commerciale agricole, déficitaire pour le moment. En 2002, le petit royaume laitier a signé un accord bilatéral sur le fromage avec l’UE, éliminant toutes entraves commerciales sur une période transitoire de cinq ans. Et depuis 2007, ni même les Alpes freinent ce commerce. Les exportations de fromages suisses ont décuplé à plus de 56 000 tonnes tandis que les importations de fromages, elles, ont quintuplé à 39 629 tonnes. Ces importations supplémentaires font le bonheur des Suisses dont la consommation annuelle par habitant est passée de 2,3 à 20,7 kg entre 2001 et 2007, note l’Office fédéral de l’agriculture dans son rapport 2008.

En contrepartie du nouveau contrat social jumelé à une ouverture des marchés, incluant des concessions faites à l’OMC, les producteurs suisses ont dû subir une baisse du prix du lait, eux qui exigent 1 $ du kilo. « L’existence des 27 000 producteurs de lait est menacée », soutient Peter Gfeller, président de la FPSL, dans un récent communiqué de presse. Le prix du lait, aujourd’hui une affaire négociée entre producteurs et transformateurs, fait l’objet d’âpres négociations entre la FPSL et les quatre grands industriels laitiers au pays. « Notre défi est de regrouper les 30 à 40 organisations de producteurs suisses pour former une OPEP blanche et obtenir plus de transparence sur la formation du prix dicté par quatre personnes », explique Christoph Grosjean-Sommer.

Dans sa stratégie de protection des revenus, la FPSL demande à l’État une augmentation de paiements directs de 300 $ par vache parce que « les coûts de production et de main-d’œuvre seront toujours plus élevés que dans le reste de l’Europe », poursuit M. Grosjean-Sommer. La FPSL recommande à ses membres d’abaisser en moyenne de 15 % les coûts de production engendrés en majorité par les économies d’échelle, mais aussi par l’augmentation de la productivité, l’utilisation commune de machineries et la suppression de la location des contingents. Le quart de la valeur des quotas est des contrats de location. « En enlevant le contingent laitier, l’objectif des contrats de location est anéanti. Les producteurs qui ont loué leur quota peuvent le reprendre ou sortir de la production. Le but est d’arrêter le flux d’argent entre producteurs actifs », soutient M. Hofer.

Les producteurs suisses comptent augmenter leur production de lait de 10 % d’ici 2015, en misant à fond sur l’étiquetage « Suisse Garantie » et autres labels. L’État maintient une aide financière au lait transformé en fromages jusqu’en 2012 et finance également des programmes de R&D. Le but est de conquérir le marché domestique et européen avec des produits innovateurs et non traditionnels « si on peut fabriquer du chewing gum avec du lait on va le faire », lance à la blague M. Hofer.

Environ 1500 exploitations laitières disparaissent du paysage suisse par année, mais quelque 500 jeunes producteurs reprennent le flambeau. M. Grosjean-Sommer estime que le nombre de fermes, dont la taille moyenne est de 20 vaches, 20 hectares, se stabilisera un jour autour de 15 000. « En Suisse, nous nous demandons comment optimiser le système. Doit-on posséder une vache qui produit 12 000 kg à 14 000 kg de lait dans les plaines ou deux vaches qui produisent 5000 kg en montagne? Notre dilemme est que nous touchons un paiement direct par vache et que la somme globale des paiements directs est plafonnée. En fin de compte, c’est le consommateur qui va décider de la taille des fermes familiales et où elles vont se situer. »

Pour en savoir plus
Organisation de coopération et de développement économique (OCDE)
Étude économique du Canada 2008 : www.oecd.org

Suisse

Office fédéral de l’agriculture (OFAG) : www.blw.admin.ch
Fédération des producteurs suisses de lait : www.swissmilk.ch

France

Les chiffres clés de la filière laitière : www.cniel.com
Fédération nationale des producteurs de lait : www.maison-du-lait.com

États-Unis

Wisconsin Milk Marketing Board : www.producer.wisdairy.com
Dairy Business Innovation Center : www.dbicusa.gov
Wisconsin Cheese Makers Association : www.wischeesemakersassn.org
University of Wisconsin : www.wisc.edu
USDA : www.usda.gov


La France, tout comme les 26 autres membres de l’Union européenne, prépare son bye bye aux quotas laitiers en 2015. Instauré dans l’UE et l’Hexagone en 1984, et inspiré du Canada suite à une rencontre à Ottawa des ex-ministres de l’Agriculture, le socialiste Michel Rocard et le libéral Eugène Whelan, le contingent laitier européen visait à stopper la croissance de la production laitière pour la ramener au niveau de la consommation intérieure et enrayer les exportations subventionnées d’immenses surplus de produits laitiers. « Contrairement à d’autres pays, on a décidé dès le début de ne pas marchander les quotas pour éviter d’alourdir l’endettement de l’exploitation et de plomber la compétitivité du secteur. C’est d’ailleurs la raison de l’abandon des quotas laitiers en Europe », explique Thierry Roquefeuil, producteur laitier et administrateur à la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL).
 
Thierry Roquefeuil

La France, qui compte aujourd’hui 90 000 exploitations laitières, a plutôt choisi un système de gestion administrative des quotas par département et lié au foncier, « ce qui permet de fixer la production de lait par région et d’installer la relève ». Un système qui a connu une dérive du fait que, parfois, le foncier lié au quota a été un peu mieux valorisé que du foncier sans quota. En revanche, « le lait est aujourd’hui la production qui installe le plus de jeunes toute production confon­­­due », poursuit M. Roquefeuil qui possède un troupeau de 50 vaches en lactation dans le sud-ouest du pays. Le nombre d’entreprises laitières diminue au rythme de 3 % à 4 % par année et, de ce pourcentage, la moitié est reprise par les jeunes tandis que l’autre va à l’agrandissement.

Les producteurs laitiers français touchent des paiements directs sur une base d’écoconditionnalité depuis la réforme de la Politique agricole commune (PAC) introduite en 2003. La France, mamelle laitière de l’Europe, perçoit la part du lion des aides de Bruxelles soit, 10 milliards d’euros chaque année, toutes productions confondues.

Mais la France est exportatrice et l’Europe exporte 10 % de sa production laitière. Mis à l’index à l’OMC, les producteurs et transformateurs français ne peuvent plus compter sur la gestion et les aides de la Commission européenne pour écouler leurs inventaires. Ils doivent s’aligner sur le prix en yoyo de la poudre de lait, beurre et fromages sur le marché international qui, même si ces produits ne représentent que 7 % de la production laitière mondiale, a un impact déterminant. «Le prix actuel du lait est de 33 euros par hectolitre en France et pourrait passer à 29 euros à la fin 2009 », croit M. Roquefeuil.

Tout comme les éleveurs suisses, les producteurs français rêvent d’une OPEP blanche pour négocier un meilleur prix avec les transformateurs. « Le rêve français c’est d’être Canadien! Les producteurs sont maîtres de leur production et distribuent le lait aux industriels. C’est quelque chose que l’on n’a pas su faire en 1984 à la mise en place des quotas », indique M. Roquefeuil. Un rêve hors de portée, croit le producteur, en raison de la diversité des parties en cause pour négocier un prix de base unique – grands groupes industriels, coopératives – des territoires différents et des appellations d’origine contrôlée (AOC) ou autres labels en jeu.

Si l’année 2015 est affichée comme la fin des quotas, « c’est pas la fin de la maîtrise entre offre et demande ». Pas question donc à la FNPL de rencontrer l’objectif français d’augmentation de la production laitière de 5 % d’ici 2013 si le marché n’absorbe pas la production. « Sinon c’est le prix
de la poudre de lait qui baisse et c’est le prix qui fera qu’un producteur reste en production », soutient M. Roquefeuil.

L’éleveur s’attend à une restructuration rapide de l’industrie laitière au pays des 1000 fromages car, depuis 2003, les volumes de production sont négociés sur une base de contractualisation entre producteurs et entreprises. « Celles qui auront des produits en cohérence avec le marché pourront payer le lait correctement. Par contre, celles qui seront plus exposées à des variations trop importantes auront plus de difficulté », conclut-il.


Dans un environnement d’affaires totalement déréglementé, le Wisconsin s’est taillé une place de leader dans la production de fromages de spécialité aux États-Unis et sur les marchés d’exportation.

Les producteurs laitiers québécois connaissent bien cet état du Midwest américain. Chaque année, dans la ville de Madison, se déroule la plus prestigieuse exposition de bovins laitiers au monde, la World Dairy Expo. Les organisateurs de l’événement sont aussi très familiers avec la Belle Province. Nos éleveurs, de classe mondiale, y décrochent régulièrement de grands honneurs.

Le Québec et le Wisconsin ont davantage en commun qu’une passion pour les expositions. Tous deux sont d’importants bassins laitiers. Le développement de fromages de spécialité, sur chacun des territoires, est en forte hausse. La consommation de fromages par habitant grimpe année après année.

Des différences importantes les distinguent pourtant. Le secteur laitier du Wisconsin est exempt d’un modèle de fixation de prix, de quotas qui contingentent la production à la ferme, de conventions qui attribuent un volume de lait aux usines où il sera transformé et de règlements limitant l’exportation de produits laitiers.

Restreints dans leur croissance au Canada, des transformateurs laitiers d’ici se sont naturellement tournés vers ce marché. Saputo et Agropur sont du nombre. La grande coopérative laitière y a fait l’acquisition de Trega Food, en janvier 2008, une entreprise familiale du Wisconsin issue de la fusion de trois des plus anciennes fromageries de cet État. Trega Food possède trois usines au Wisconsin et emploie 300 personnes. On y fabrique cheddar, feta, mozzarella, provolone et ingrédients laitiers. Le chiffre d’affaires de l’entreprise, qui transforme 650 millions de litres de lait par année, est de 300 millions $US.

« La gestion de l’offre ne nous permet plus de croître ou encore d’exporter nos produits à l’étranger, explique Renée-Claude Boivin, porte-parole chez Agropur. Dans un marché local restreint et à maturité, où trois joueurs (Agropur, Saputo et Parmalat) se partagent dans des proportions équivalentes 75 % de la transformation laitière, nous n’avons d’autres choix que de nous établir à l’extérieur du Canada. De plus, avec les lois sur la concurrence, nous ne pourrions être le seul transformateur canadien. L’entreprise garde donc l’œil ouvert et est à l’affût de toutes les possibilités d’affaires qui pourraient survenir pour solidifier sa présence sur le marché canadien et poursuivre notre expansion à l’étranger. »
 


Dean Strauss et Patrick Geoghegan.
« Le Wisconsin est le leader de la fabrication fromagère aux États-Unis avec 25 %
de la production nationale», indique
M. Geoghegan.

« Lorsque la Commission Pronovost m’avait demandé de lui suggérer un État aux États-Unis dans lequel faire une mission sur les nouvelles orientations de l’agriculture, j’avais aussitôt proposé le Wisconsin, indique Guy Debailleul, chercheur et professeur à l’Université Laval. Non seulement parce que l’importance de la production laitière permet de faire un parallèle avec le Québec, mais aussi parce qu’on a tendance à conserver des clichés sur cette production que l’on considère comme conventionnelle, figée. Elle fait au contraire preuve de beaucoup d’innovations. Cet état laitier a mis en place une structure et des programmes qui favorisent le développement de produits à valeur ajoutée, des incitatifs qui font défaut au Québec où les fermes de dimension industrielle sont de plus en plus la norme et deviendront, à long terme, si le système n’est pas assoupli, un handicap pour notre secteur laitier. »

Baptisé America’s Dairyland, le Wisconsin, deuxième bassin laitier de la nation après la Californie, avec près de 11 milliards de kilos de lait produits en 2007, a longtemps été affublé du titre de « producteurs de commodités ». Ingrédients laitiers et fromages fabriqués en quantités industrielles étaient, pour plusieurs, la perception qu’on en avait. Un titre que de nombreux intervenants de cet état se sont affairés à changer. Et avec grand succès. Car dans l’ombre des grandes usines, de multiples fromagers façonnent une foule de produits de spécialité et artisanaux. Et les consommateurs en redemandent. Au total, on recense 600 variétés de fromages. Une industrie florissante qui s’appuie sur 150 ans d’expérience (voir l’encadré).

Mal prix?
Les quelque 13 500 producteurs laitiers du Wisconsin ont reçu, en moyenne, en 2008, 19 $US les 100 livres de lait (41,80 $US l’hectolitre). Un prix basé entre autres sur celui du fromage à la bourse de Chicago. « Le prix varie en fonction de l’offre et de la demande des différents composants du lait et du rendement qu’il en procure, explique Robert Cropp, spécialiste en marketing et politiques laitières à l’Université du Wisconsin. C’est donc essentiellement le marché qui en dicte l’évolution. »

Une situation que les petits producteurs trouvent difficile en raison de la récente hausse des coûts de la plupart des intrants qu’ils utilisent. « Le nombre de fermes diminue à raison d’une par jour, précise Patrick Geoghegan du Wisconsin Milk Marketing Board. Résultat : la ferme moyenne, qui compte 90 vaches, grossit. Les plus vieux quittent la production. Les plus jeunes investissent et prennent de l’expansion. Ils profitent d’économies d’échelle et embauchent du personnel afin d’améliorer leur qualité de vie. » Certains maximisent la production laitière par vache. D’autres se tournent vers l’utilisation intensive des pâturages pour réduire les coûts d’alimentation en acceptant de sacrifier un peu sur la production. D’autres encore misent sur la
 
valorisation de leur lait. En en faisant la transformation directement à la ferme ou par l’entremise de petites fromageries. « Nous avons tous les types d’entreprises, de la petite ferme familiale à la très grande entreprise, dit M. Geoghegan. Chacune d’elles contribue à la force de notre industrie.»

Avec un prix du lait de près de la moitié moins élevé qu’au Canada, ne souhaite-t-on pas instituer un système de contingentement? « L’idée d’instaurer une forme de gestion de l’offre a été proposée quelques fois au fil des ans, fait savoir Robert Cropp. Particulièrement au début des années 80 alors que nous avons enregistré des surplus de lait qui avaient tiré les prix vers le bas. Mais le concept n’a jamais fait beaucoup d’adeptes, outre auprès des petits producteurs et des producteurs plus âgés. »

« Nous sommes de très fervents promoteurs de la libre entreprise, indique Dean Strauss, président de la Professional Dairy Producers Association et propriétaire d’un troupeau de 685 vaches laitières. Au début des années 90, lorsque nous avons fondé l’association, le Wisconsin perdait beaucoup de producteurs laitiers, car leurs entreprises n’étaient pas suffisamment concurrentielles. Notre association, qui regroupe des entreprises de toutes tailles et même de l’extérieur des États-Unis, a mis sur pied un programme éducatif et vise à donner des solutions pour réussir et être plus compétitifs. Nos gestionnaires sont davantage tournés vers l’aspect business de la production laitière. Si on veut prendre de l’expansion, on le fait. Nous transigeons à la bourse pour les prix du lait sous forme de contrats à terme. Et on établit des contrats de prix avec les transformateurs. C’est un style de management que j’aime. Je suis mon propre patron. »

La production laitière et fromagère du Wisconsin aurait-elle connu un tel essor si elle avait été réglementée comme elle l’est au Québec? « Probablement pas, croit Robert Cropp. Un prix plus élevé aux producteurs signifierait une matière première plus chère pour les transformateurs, donc un prix plus élevé pour les fromages au détail, ce qui aurait pour effet de restreindre la consommation. Les usines de transformation se livrent une dure concurrence pour assurer leur approvisionnement en lait. »

La menace du démantèlement des barrières tarifaires et du système de gestion de l’offre pèse. Qu’adviendrait-il du marché laitier québécois et canadien? « Le Canada devra restructurer son industrie laitière, et il sera en mesure de le faire, indique M. Cropp. Mais à court terme, le marché sera sans doute inondé de produits étrangers. Le Canada est déjà le deuxième marché d’exportation de produits laitiers des États-Unis. Nous y expédions notamment des fromages et des ingrédients laitiers. »
 


Miser sur l’innovation


Une étude réalisée par l’Université du Wisconsin en 2005 avait conclu que pour mousser la production de fromages de spécialité et artisanaux, il fallait en renforcer l’image et améliorer l’appui aux entreprises. Les recommandations de cette étude ont débouché sur la création du Dairy Business Innovation Center (DBIC), un organisme à but non lucratif, financé par le gouvernement fédéral. Le DBIC regroupe des experts qui travaillent à améliorer la performance des entreprises, à élaborer des plants d’affaires, des profils d’investissements et des demandes de subventions ainsi qu’à développer le marketing des produits. Ces services sont offerts gratuitement aux producteurs.

Attachée agroalimentaire à la délégation du Québec à Chicago et membre du conseil de l’American Cheese Society, Joan Kimball veut donner un coup de pouce aux fromageries québécoises en mettant en valeur ce qui se fait au Wisconsin. « Des investissements importants ont été réalisés en éducation, en recherche ainsi que dans les nouvelles méthodes de production fromagère tout comme dans les anciennes, dit-elle. Producteurs et fromagers travaillent main dans la main. En collaboration avec l’Université du Wisconsin, un Master Cheesemaker Program, le seul de ce type aux États-Unis, a été mis sur pied. On parle maintenant d’artisans maîtres fromagers. »

Du côté du Wisconsin Milk Marketing Board, on travaille aussi largement sur le branding des produits. « On prélève 15 cents par 100 livres de lait vendu à la ferme, explique Patrick Geoghegan. Cinq cents sont versés au National Dairy Board. Le reste, dix cents, génère chaque année 24 millions $ utilisés notamment à la promotion de la consommation des produits laitiers. »

« Les artisans fromagers misent sur la méthode de fabrication, l’histoire, la marque et l’étiquetage pour capter l’imagination des consommateurs, indique John Umhoefer, directeur général de la Wisconsin Cheese Makers Association. Leurs efforts ont même stimulé les fromageries traditionnelles, dont les coopératives, à produire ces nouveaux fromages aux saveurs exotiques. »

En plus des quelque 130 grandes usines de fabrication traditionnelle que compte le Wisconsin, on recense 1200 fromagers licenciés et 50 artisans possédant le titre Master Cheesemaker. « En 2008, la production de fromages de spécialité s’est accrue de 3 % par rapport à 2007 et les exportations de produits laitiers ont bondi de 130 % », fait savoir Patrick Geoghegan.


Sources :
Office fédéral de l’agriculture, Évaluation des données sur la production de lait 2006-2007; Les chiffres clés de la filière laitière, www.cniel.com; Agéco, FPLQ, MAPAQ, PATLQ, Statistique Canada, Faits saillants laitiers 2008; USDA; Valacta; Wisconsin Milk Marketing Board; Wisconsin Agricultural Statistic Service


 

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