Le 17 septembre 2007, vers 14 heures, Serge Tremblay et les gens de la Ferme Métro étaient dévastés, sous le choc. Un incendie faisait rage, détruisant leur étable et la majeure partie de leur troupeau. Aujourd’hui, leur nouvelle étable est flambant neuve et… flamboyante!


C'était une vieille dame respectable, cette vieille étable, la plus vieille du rang Caron à Métabetchouan–Lac-à-la-Croix. Cente-naire, elle était massive et charpentée, construite poutre sur poutre et avait même – imaginez! – un toit en bardeaux de bois. Au fil des décennies, elle avait subi cures de rajeunissement et liftings. Elle aurait pu vieillir encore plusieurs années : ses tuteurs en prenaient bien soin. Ils venaient à peine de la repeindre entièrement.

Mais voilà, il y a eu cette petite étincelle produite par une pièce du monte-balles qui a surchauffé. Comble du malheur, la majorité de la paille était déjà sagement cordée dans le fenil. L’incendie fut violent. En moins de deux heures, la vieille dame s’écroulait, terrassée.
 
Le troupeau de race Ayrshire s’est bien adapté au passage à la stabulation libre, avec seulement huit vaches réformées.
Le brasier était intense. Les pompiers ont au moins pu protéger les maisons familiales en les arrosant copieusement.

Du bout du champ où il se trouvait, il n’a pas été facile pour Serge Tremblay de voir brûler son étable. Pour le producteur laitier, le plus difficile aura été de voir un patrimoine bâti et un patrimoine génétique soigneusement constitué partir en fumée.

Le troupeau de race Ayrshire, avec sa moyenne de 8000 kg de lait, avait de très bons sujets. Un veau mâle s’apprêtait même à prendre le chemin du centre d’insémination… Serge, les employés
et les voisins, qui sont accourus pour donner un coup de main, ont quand même réussi à sauver une douzaine de vaches et une trentaine de génisses. Heureusement que la plupart de ces dernières étaient logées dans un autre bâtiment, une étable hors site achetée en 2005. Le plus drôle – ou tragique – c’est que les vaches ne voulaient vraiment pas sortir de chez la vieille dame, dont elles aimaient bien l’intérieur rassurant. Et toute cette agitation à l’extérieur. Et tous ces gestes brusques. Et toute cette fumée. La majorité des vaches auront au moins été asphyxiées avant de brûler vives…

Comme bien des producteurs, Serge Tremblay installait ses meilleures vaches à l’entrée de l’étable, plus par fierté qu’en pensant aux possibles incendies. C’est justement du côté de l’entrée que le feu a pris naissance. Il n’a jamais pu s’y rendre. Adieu Métro Laurianne, Métro Collagène et
Métro Nationale…

Les lendemains, bien que pénibles sur le moral, ont été facilités par trois choses : une bonne relation avec l’assureur, des voisins aidants qui ont gentiment hébergé le reste du troupeau et une prise en charge efficace de la paperasse abondante par Sandra Maltais, conjointe de Serge et coproprié­taire de l’entreprise. C’est elle qui s’est notamment occupée de la location du quota pendant près d’un an auprès d’autres producteurs désireux d’en louer.

Quand son étable flambe, surtout quand l’hiver n’est pas aux portes, on a vite envie de recons­truire, parfois avec hâte, d’où des erreurs fréquentes de conception et des « j’aurais don’ dû ». Heureusement, rendu en septembre, ç’aurait été la course contre la montre pour rebâtir. Le conseil le plus important que Serge a reçu d’autres producteurs ayant vécu la même épreuve, c’est de se permettre de prendre le temps de reconstruire à son goût, en pensant à l’avenir.

Avec une douzaine de vaches et une trentaine de génisses, les silos en béton coulé sont les survivants de l’incendie. L’étable centenaire s’est écroulée deux heures après la première étincelle ayant provoqué le brasier.

Et l’avenir, c’est les enfants, bien que Serge soit encore bien jeune (41 ans). « Quand on demande à un enfant de nous dessiner une étable, il nous dessine toujours un bâtiment à combles français. Nous avons donc voulu respecter ce type d’architecture, au moins pour la façade de notre étable », mentionne Serge Tremblay, cet homme jovial, tranquille, fils de Louise et d’Adélard Tremblay. Serge et Sandra ont quatre enfants : Laurianne (14 ans), Sébastien (13 ans), William (10 ans) et Benjamin (9 ans). On imagine facilement le plaisir qu’ils ont eu au concours « Dessine-moi-une-étable-et-je-te-la-construis ». Surtout que les enfants y travaillent avec joie dans cette étable, ayant leurs tâches attitrées. En avril 2008, après de multiples visites de ferme en compagnie de ces dessinateurs-architectes en herbe, les premières fondations sont coulées. Petit à petit, le deuil de la vieille dame s’accomplit.

Un carrousel de traite de 24 places a été installé, ce qui offre une capacité de traite bien supérieure aux besoins, mais les dirigeants de la ferme pensent prendre de l’expansion.

La nouvelle étable à stabulation libre de 34 mètres sur 52 (110 pieds sur 170) est agréable, bien aérée, éclairée et organisée. Les nouveaux équipements permettent de travailler sans forcer. Par exemple, des courroies ont été installées partout pour alimenter automatiquement les vaches. La ration complète est tout simplement déposée devant elles, sur un plancher recouvert de céramique. Le mélangeur RTM est donc fixe, dans un hangar contigu à l’étable et qui donne sur les nombreux silos, seuls survivants de l’incendie. Le panneau de contrôle pour préparer les rations à partir des différents ingrédients est imposant et digne des panneaux pour envoyer des hommes sur la Lune!

Au rez-de-chaussée de la partie de l’étable à combles français se trouvent les bureaux, la laiterie, une salle polyvalente, une salle de bain, la chambre électrique/mécanique et une superbe pouponnière, pour les veaux, aménagée avec une louve qui les alimente automatiquement. L’avantage de cet équipement : en plus du temps économisé à brasser de la poudre de lait et de la température toujours constante du lait préparé en petite quantité, il est possible de savoir précisément quels veaux ne s’alimentent pas correctement, signe éventuel de maladie. Partout au premier étage, une seule source de chauffage : des planchers chauffants radiants pour un confort optimal… et pour minimiser les risques d’incendie. Aucune plinthe électrique. Aucune éleveuse au propane.

Au deuxième étage se trouve une salle de réunion assez grande pour faire swinguer la parenté lors des fêtes de Noël. Cette vaste salle donne sur la salle de traite et sur une section à stabulation entravée composée de deux rangées de vaches malades ou en préparation au vêlage. La vue est impressionnante!

En théorie et en pratique, tout a été prévu pour l’expansion probable de l’entreprise : carrousel de traite de 24 places, réservoir de lait de 13 638 litres (3000 gallons), fosse à purin, étable avec un grand nombre de logettes… Ne restera qu’à régler un détail : acheter du quota supplémentaire! L’entreprise tire actuellement une centaine de vaches, mais les installations suffiront pour en accueillir jusqu’à 169. Le troupeau s’est plutôt bien adapté au passage à la stabulation libre, seulement huit vaches ayant été réformées.

Le 15 septembre 2008 marque un soir de première. Presque un an jour pour jour après le sinistre, les premières gouttes de lait font leur chemin vers le réservoir. Tout le monde y était, avec le sourire par-dessus le marché, y compris Adélard Tremblay, le père de Serge. Voilà beaucoup de nouveautés pour celui qui a trait les vaches à la main et labourait encore jusqu’en 1966 avec l’aide de chevaux! Pensez-y, un carrousel de 24 places… même plus besoin de se pencher!
 
Un système de chauffage installé dans le plancher permet de chauffer les aires de travail avec moins de risques d’incendie.


L’objectif du moment, on s’en doute, est de revenir au même niveau de production d’avant l’incendie. Actuellement, 75 % des vaches n’en sont qu’à leur premier vêlage, mais l’acclimatation se déroule bien. Serge dit trouver ses vaches étonnamment calmes.!

Aujourd’hui, Serge Tremblay est tout feu tout flamme. Son enthousiasme est palpable, sa motivation requinquée. Si la ferme a pu renaître de ses cendres, c’est sûrement grâce au feu sacré de ses exploitants. Cela, j’en mettrais ma main au feu


 
La ration voyage partout dans la ferme sur des courroies d’alimentation. Un chariot se déplace sur cette courroie pour faire tomber la ration aux bons endroits sur les planchers de céramique.

Sauriez-vous comment réagir?
(en collaboration avec Roland Turgeon, pompier à la retraite et instructeur)

Il y a prévenir…


N’autorisez jamais qu’on fume dans votre étable ou à proximité des matières inflammables.
Évitez la combustion spontanée du foin en vous assurant qu’il est tout à fait sec avant d’être engrangé.
Assurez-vous que les installations électriques et les fils ont été inspectés et approuvés par votre électricien.
Installez des paratonnerres sur tous les grands bâtiments.
N’entreposez jamais de l’essence dans un bâtiment.
Sachez vous servir de vos extincteurs (et ayez-en!).




 
… et guérir


Lorsqu’un incendie éclate, tout le monde doit évacuer immédiatement les lieux. Des issues de secours additionnelles doivent être prévues, car les sorties habituelles peuvent être obstruées.
Fermez toutes les portes et les fenêtres derrière vous, pour ne pas créer de courants d’air qui activeraient le feu.
Lorsque tout le monde a pu quitter le bâtiment, appelez le 9-1-1 et déclinez votre nom, votre adresse, l’endroit précis de l’incendie et d’autres détails importants (réservoirs de propane ou d’essence, présence de plans d’eau, etc.).

Et surtout, ne mettez pas en jeu des vies humaines pour sauver des animaux.
  Notez enfin que les animaux en panique ne quitteront pas une étable en feu d’eux-mêmes parce qu’ils n’ont pas peur du feu et que l’étable est un endroit sécurisant pour eux. Aussi, la plupart des animaux périssent asphyxiés avant d’être brûlés.


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