Les cotisations à verser à l’assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) sont en hausse. Les coûts de production aussi. Quant au prix du kilo de porc sur le marché, il fait piètre figure. Plus que jamais il faut afficher de bonnes performances. Produire en mode sevrage-abattage est un des moyens d’y parvenir.

Dans l’édition de décembre 2008 du Coopérateur agricole, l’agronome Éric Nadeau et la vétérinaire Brigitte Boucher ont traité des nombreux avantages que comporte ce mode de production en deux sites (plutôt que trois), qui fait passer les porcelets de la maternité directement à l’engraissement. Des éleveurs forfaitaires avec La Coop Unicoop expliquent comment le sevrage-abattage se traduit sur le terrain.





François Fillion et Nancy Pelchat, de Saint-Nazaire, élèvent 850 porcs par lot en sevrage-abattage depuis juin 2007. Au départ, leurs interrogations étaient nombreuses. « On avait des craintes », dit François. Est-ce que les partir bébé allait bien se passer? Le bâtiment conviendra-t-il aux porcelets? Se coinceront-ils les pattes dans les lattes? Auront-ils du mal à s’alimenter? Cette méthode demandera-t-elle des investissements importants?

Les réponses à leurs nombreuses questions n’ont pas tardé à venir. Avec l’appui de Suzanne Fortin, superviseure des élevages à forfait à Unicoop, les éleveurs se sont mis à compter les avantages. D’abord, le nombre de lots. On passe de 3,25 par année, en mode standard (30-120 kilos), à 2,17 en sevrage-abattage (6-120 kilos). Chaque lot dure 24 semaines (soit les 8 semaines de pouponnière qui s’ajoutent alors aux 16 semaines d’engraissement standards).
 
Une mangeoire d’appoint, fixée au sol pour éviter que les porcelets ne la renversent, facilite leur alimentation lors de l’arrivée dans le bâtiment. François Fillion la laisse dans le parc durant environ deux semaines. À l’entrée, les éleveurs regroupent 30 à 34 porcelets de 6 kilos par parc.

« Avec un lot en moins, on réduit les eaux de lavage et le fumier dans la fosse », explique François. Cela se traduit par des coûts d’épandage réduits. Et c’est sans compter avec la diminution du nombre des pesées des porcs que doit faire l’éleveur.

Aussi, puisque le séjour en pouponnière est éliminé, les porcelets vivent moins de stress et de problèmes d’adaptation que lorsqu’ils sont déplacés d’un bâtiment à l’autre. « La mortalité est plus faible qu’avant et les performances sont meil­leures », mentionne l’éleveur. En effet, Suzanne Fortin a enregistré un taux de mortalité moyen oscillant entre 3,5 et 4 % depuis juin 2007, et ce, pour toute la durée des 24 semaines d’engraissement. Ce qui est bien inférieur aux 6 % qu’Unicoop s’était fixés dans son plan d’affaires à la fin de l’épisode de circovirus (voir le reportage en bas de page). « La mortalité du dernier lot de François et Nancy n’était que de 2 %, dit-elle. C’est généralement ce qu’on enregistre dans une pouponnière seulement. »

La régie en tout plein tout vide que pratique l’éleveur permet d’éviter les croisements de lots. Le challenge sanitaire est réduit. L’incidence des maladies aussi. Résultat : « Les vets s’ennuient, dit François, et on aime ça. »

Le modeste bâtiment construit en 1978 n’a pas nécessité de rénovations majeures pour satisfaire aux besoins des jeunes porcelets de six kilos fraîchement sortis de la maternité. Ils se sont rapidement adaptés au plancher, latté sur 1/3 de la superficie. Donc, pas de problème de pattes. «C’est un animal qui apprend vite », assure François. Pour s’assurer que les porcelets ne manquent de rien, l’éleveur a ajouté, dans chacun des parcs, en plus de la trémie, une petite mangeoire amovible ainsi qu’un deuxième abreuvoir. Il a également installé des modulaires de ventilation dans la salle de démarrage. « Si c’était à recommencer, on le ferait encore », assure l’éleveur.




ls ont quatre enfants âgés de 3 à 7 ans, un troupeau laitier de 41 kg/jour et un engraissement porcin. Bref, Lynda Gosselin et Éric Leblond en ont plein les bras. Mais voilà, ils sont efficaces. Et c’est ce qui leur permet de tenir le coup. Avec brio.

En matière de productivité, leur élevage porcin s’est toujours taillé une place parmi les meilleurs de l’Association des groupes d’éleveurs en production porcine (Agrepp), dont une 6e position provinciale en 2007.

« Ils mettent des heures et des heures, assure Suzanne Fortin. C’est ce qui fait leur force. Ce sont des producteurs de haut niveau, très minutieux. Sauter d’un mode de production standard au sevrage-abattage n’a donc pas été un problème pour eux. Ils ont obtenu des résul­tats tangibles dès le début. »

Le jeune couple, propriétaire de la Ferme Abénakis, à Saint-Lazarre de Bellechasse, élève 925 porcelets par élevage en mode sevrage-abattage depuis août 2008. La mortalité moyenne des 4 lots complétés est inférieure à 3,25 %.

Le mode de production sevrage-abattage nécessite une attention toute particulière au début de l’élevage. « La première semaine, je fais une tournée des parcs jusqu’à six fois par jour, dit Éric. Il faut que les porcelets aient un environnement confortable. » L’éleveur jette un œil sur tout : mangeoires, bols à eau, tétines, ventilation, chauffage. Le bâtiment, récemment agrandi, est doté, dans la nouvelle section, d’un système de ventilation à extraction basse qui permet un démarrage en douceur. La température est fixée à 29 °C pour les deux premiers jours, puis graduellement ajustée à la baisse. On fournit aussi aux porcelets une luminosité constante pendant trois ou quatre jours de manière à ce qu’ils se familiarisent rapidement avec leur nouvel environnement.

Au démarrage, les producteurs logent 40 porcelets par parc. Les plus gros sont ensuite rassemblés séparément. Les plus petits aussi, que l’on regroupe sous une éleveuse. « Ça permet de réchapper presque tous ceux qui sont moins vigoureux », indique Éric. On a ajouté un point d’eau dans les parcs dont chacun comprend une section lattée (2/3 de la surface) et une aire de repos. Pour faciliter l’accès à l’abreuvoir, on installe une dalle de béton sur laquelle les porcelets peuvent monter. En plus de la trémie, on leur procure une mageoire en plastique dans laquelle ils s’alimentent au cours des trois premières semaines.

Et qu’en est-il des revenus? Est-ce que faire moins de lots en une année les diminue pour autant? « Ça revient au même », fait savoir Éric. « Le revenu en pouponnière est tout simplement transféré à l’engraissement, explique Martin Laflamme, directeur des fermes porcines et élevages à forfait à Unicoop. Les producteurs sont donc payés davantage pour chaque porc produit. Il faut aussi compter qu’en plus des améliorations des performances de croissance, il y a des économies au chapitre du transport et de la mortalité d’élevage. Pour le producteur, les économies de temps de lavage, produits de désin­fection, temps de production et volume de lisier à épandre compensent les frais supplémen­taires possiblement reliés au chauffage et à l’ajout d’équipements nécessaires en mode sevrage-abattage. »
 
L’ajout d’une dalle de béton sous l’abreuvoir y facilite l’accès.

Conclusion? « On doit adapter notre façon de travailler, résume Éric. C’est plus facile au début, car les porcs sont plus petits. Mais ça demande plus de temps au démarrage. Il faut être présent… »




Jacquelin Pépin ne cache pas son enthou­siasme de travailler avec Unicoop. « Le partenariat avec le réseau La Coop donne des résultats », mentionne celui qui a été finaliste dans la catégorie Finisseur au concours de la Ferme porcine de l’année en 2008.

L’éleveur a complété son troisième lot de 1480 porcs en mode sevrage-abattage début janvier. « Étant donnée sa grande expertise, il continue toujours d’obtenir des résultats supérieurs », fait remarquer Martin Laflamme. Alors qu’il fonctionnait sous la filière standard, le producteur de Saint-Méthode-de-Frontenac avait terminé au 3e rang de l’Agrepp provinciale en 2007.

« La créativité entraîne la créativité. » C’est ce que croit Jacquelin Pépin qui élève également du poulet à griller. « Quand on m’a proposé de produire mes porcs en sevrage-abattage, j’ai trouvé l’idée intelligente, dit-il. De meilleures perfor­mances à moindre coût. »

« L’éleveur produit 60 % de ses porcs dans une section dotée de vastes enclos à fonds ouverts où une balance trieuse est installée, souligne Suzanne Fortin. Même dans un environnement peu commun, abritant de grands groupes de porcs, les porcelets de 6 kg s’adaptent très bien. Ils disposent tous des 0,3 m2 (3,6 pieds carrés) d’espace de plancher requis à l’entrée. »
 


L’éleveur produit 60 % de ses porcs dans une section dotée de vastes enclos à fonds ouverts où une balance trieuse est installée.

La balance trieuse est une balance à libre accès. Les porcs y entrent de leur plein gré. Elle permet de sélectionner les porcs pour l’abattage et de les classer par groupe de poids pour l’expédition. « Ça facilite beaucoup le travail », dit Jacquelin.

À la ferme, l’éleveur dispose de caméras vidéo installées dans les enclos d’élevage. « C’est un outil de contrôle qui me permet de surveiller plus adéquatement mes installations, et ce, à différents moments de la journée », mentionne Jacquelin. Un détail qui rehausse la qualité du travail du producteur.

« La tendance des résultats des 10 derniers lots de toute cette filière est hors du commun, conclut Martin Laflamme. La conversion alimentaire économique standardisée moyenne est de 2,28 à 20-107 kg et la mortalité moyenne est de moins de 4 %. Avec de tels résultats, la filière de sevrage-abattage atteint déjà les objectifs à long terme fixés dans le plan porc du réseau La Coop. Pas étonnant qu’une deuxième filière en sevrage-abattage a été mise sur pied par Unicoop en juin 2008. »



Tout commence en 2005. Le Circo, le SRRP et l’influenza affligent alors durement de très nombreux troupeaux au Québec, dont une filière appartenant à Unicoop, coopérative agricole, la ferme Dubras, une maternité de 825 truies situées à Saint-Raphaël. La vétérinaire Brigitte Boucher et l’équipe de production porcine des élevages propriété et sous contrat de la coopérative, se penchent sur la question. On cherche ardemment des solutions à ces problèmes qui minent dangereusement l’existence de la filière.

Le mode de production sevrage-abattage, qui se pratique déjà depuis un certain temps aux États-Unis, est une piste de solution prometteuse. Brigitte Boucher et Martin Laflamme, directeur des fermes porcines et élevages à forfait, tentent le tout pour le tout.

En mode de production standard, les porcs sortis de la pouponnière entrent à l’engraissement à un poids de 25 à 30 kilos. Ils y demeurent jusqu’à 120 kilos, le poids d’abattage. C’est le mode de production, en trois sites, généralement répandu. En revanche, quand on pratique le mode sevrage-abattage, les porcelets quittent la maternité, beaucoup plus petits et beaucoup plus jeunes, soit au poids de 6 kilos. Ils gagnent alors directement l’engraissement. Le séjour en pouponnière est éliminé au profit d’un séjour plus long en engraissement. Ils y restent aussi jusqu’à 120 kilos.

Avec le mode se production sevrage-abattage, la maternité de la ferme Dubras n’a plus besoin de pouponnière.
L’auteur remercie Martin Laflamme et Suzanne Fortin pour leur collaboration.

« Dans la période trouble que nous vivions alors, la production en mode sevrage-abattage a été une lueur d’espoir, se rappelle Martin Laflamme. On a évalué cette méthode sur les plans technique et financier puis réalisé des essais tout au long de l’année 2006. »

« Les partir entre 25 et 30 kilos ou à 6 kilos, c’est bien différent, explique Gaston Dutil, employé de la ferme Dubras. Les deux premières semaines, il faut faire très attention. On a testé divers environnements afin de trouver la combinaison qui convenait le mieux; ventilation, température, mode de distribution d’eau, plancher latté de 66 à 100 %, etc. »

Un confort adéquat est important au démarrage des porcelets; une température trop froide et un environnement trop humide peuvent favoriser l’apparition de la diarrhée, ont constaté les experts d’Unicoop. Pour les premières 48 heures, l’accès à l’eau est capital. La température de départ doit être d’environ 83 °F (28,3 °C). On la réduira ensuite progressivement de façon semblable à ce qui se fait en pouponnière. Ce ne sont là que quelques-uns des multiples éléments qu’ont révélés leurs essais.

« On a aussi réalisé que la biosécurité apportée par cette méthode de production demande un contrôle sanitaire de beaucoup supérieur à ce qui se faisait avant, mentionne Martin Guy, superviseur d’élevage à Unicoop. On réduit les vas et viens à la ferme et les possibilités de contamination par le transport. »

« On a tout pris ça en considération pour élaborer un modèle de production, poursuit Martin Laflamme. Puis on a fait le grand saut en mai 2007. C’était une première au Québec. »
 

Depuis, la maternité fonctionne en bande aux deux semaines. On y produit 26 porcelets/truie. La moitié des 21 174 porcelets produits chaque année sont transférés, de 17 à 23 jours d’âge, dans les six bâtiments d’engraissement situés sur le même site que la maternité. L’autre moitié est élevée par cinq producteurs forfaitaires au sein de la filière.


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