Toutes les semaines, Michel Thériault et Valérie Fortin font abattre entre 500 et 550 poulets de leur élevage biologique nommé Poulet fermier. Du « fermier » de bon poulet!



C'est dans le sous-sol de leur maison, aménagé en salle de découpe, que le poulet est savamment désossé, découpé, transformé et emballé. Poulets entiers, découpes variées, saucisses, mousses, rillettes et abats. Et voilà.

Mais pour connaître l’histoire de cette belle entreprise avicole de Lotbinière, commençons par le commencement, qui débute… dans le Témiscouata.

Elphège Thériault, grand-père de Michel, avait un quota de production d’œufs à Cabano. Comme Ghislain Thériault, le père de Michel, était bien servi par un emploi stable dans la fonction publique, il ne restait que Michel pour mettre à profit le certificat de quota familial. Après un cours en mécanique ajustable et un début de carrière à la papetière Cascades, Michel change son fusil d’épaule et décide de reprendre la ferme familiale. Son initiation au travail d’usine l’avait laissé mi-figue mi-raisin; les sonneries qui rythment pauses, dîner et fin de quart lui irritaient
passablement les tympans!
 

Aux rennes d’une ferme avicole, la liberté est tout autre. S’écoulent quelques années, après quoi, en 1999, changement de cap : Michel et Valérie choisissent de se rapprocher des grandes villes. Ils trouvent donc une petite ferme à Saint-Apollinaire, l’idéal pour élever des poulets… et pourquoi pas des enfants (Minaelle et Esteban).

100 % bio
À l’époque, nos éleveurs produisaient un poulet tout végétal « à l’ancienne ». Il n’y avait que deux pas à franchir vers la certification bio. C’est chose faite en 2001.

Pour l’instant, Michel ne cultive pas ses propres aliments, mais il ne faut jamais dire jamais. À moyen terme, il aimerait peut-être mettre la main à la terre. Mais pour l’heure, c’est davantage vers des partenariats avec des céréaliculteurs biologiques locaux qu’il désire s’orienter. Avis aux intéressés.

La ration des poulets se compose essentiellement de maïs, de soya, d’orge, de blé, de lin et d’un prémix de minéraux et vitamines homologués pour l’agriculture bio.
 
Éric Dion, agronome et expert-conseil de La Coop fédérée, conseille la ferme Poulet fermier Thériault. Un défi stimulant puisqu’il n’y a pas beaucoup de fermes avicoles sous régie biologique au Québec.

Deux sortes de moulées différentes (bientôt trois) sont servies lors de l’élevage. Pour le lin, on en ajoute jusqu’à 150 kg par tonne de moulée de manière à produire un poulet dont la viande est enrichie en acide gras oméga-3.

Un des secrets (qui ne le sera plus!) de production est l’abreuvement des animaux : on ajoute du sirop d’érable dans l’eau, ce qui stimulerait les poulets à s’abreuver. Et leur chair deviendrait plus juteuse et plus goûteuse, foi de Michel Thériault! Cet ajout de sucre dans l’eau n’aurait pas d’incidence sur la prolifération bactérienne dans l’eau.

Pour ce qui est des normes bio régissant l’élevage, elles sont nombreuses. Par exemple, la densité d’élevage, moindre qu’en traditionnel, couplée à une alimentation moins riche, a toujours permis de se passer des antibiotiques et des anticoccidiens. Avec 0,1 m2 par oiseau, Michel dit n’avoir jamais eu de maladies. Une densité plus faible évite tout autant les problèmes d’agressivité et de piquage des plumes. À la fin de chaque bande, il lave et désinfecte avec de l’eau de Javel. Un vide sanitaire de sept jours suit. La présence de fenêtres pour une luminosité naturelle est une autre des normes obligatoires, ce qui facilite le programme lumineux par lequel on donne aux oiseaux plus de 16 h de lumière par jour.

À peu près 40 % de la production est constituée de coqs de race Redbro, au plumage rouge-brun, une race qui colle bien à la réalité de la production de poulets différents : meilleure rusticité, plus résistante aux maladies, croissance plus lente, caractère plus calme en fin d’élevage et donnant une viande à la chair plus foncée. Le Redbro est élevé dans les mêmes conditions que le 60 % restant, des mâles Ross aux plumes blanches.

Pour un poids carcasse oscillant entre 1,7 et 3,0 kg, le Redbro nécessitera 11 semaines d’élevage, le Ross une semaine de moins. Michel élève sur cinq parquets quelque 6400 oiseaux en détassant trois fois durant un même lot. Le taux de conversion moyen est à 2,2.

Michel Thériault. Pour lui, « la ferme d’antan, c’est un modèle d’avenir »!

Ouste dehors!
Autre particularité des normes biologiques : l’obligation d’offrir aux volailles un accès extérieur quand les conditions le permettent. Une norme mise à mal lors de l’épisode mouvementé de la grippe aviaire, en 2005-2006. Depuis, les directives se sont assouplies.

Ainsi, de juin à septembre, les parquets d’élevage donnent sur des cours d’exercice grillagées que les oiseaux peuvent investir à leur guise.

« Je ne fais sortir aucun oiseau avant l’âge de quatre semaines, explique Michel Thériault. Il ne faut jamais servir ni eau ni nourriture à l’extérieur pour ne pas attirer des visiteurs indésirables comme des oiseaux sauvages. Je n’ai d’ailleurs jamais eu de renards dans le poulailler. Le pourtour des bâtiments est bien éclairé, ce qui aide à les décourager. »

Selon Michel, 60 % des poulets profitent de la cour, ce qui est avantageux lors des grandes chaleurs puisque la surface par oiseaux se voit augmentée, d’où une mortalité plus faible. La cour doit être scrupuleusement propre et sèche, idéalement enherbée. Mais si, d’après Michel, les poulets mangent des insectes, des vers et des cailloux, ils ne touchent pas à l’herbe, à moins qu’elle ne soit montée en graines. « Les poulets qui ont eu accès à l’extérieur, on le ressent très bien lors de l’attrapage : ils sont moins stressés, mais sont beaucoup plus “vivants”, plus vigoureux », estime l’éleveur.

Les marchés
La théorie, c’est que les producteurs de poulet ne fournissent pas à la demande, qui augmenterait encore de 20 % par année. La réalité est toutefois un peu plus complexe. Si, il y a quelques années, l’accès au marché était plus aisé, il faut aujourd’hui trouver ses marchés, faire sa place et la conserver. Et on doit parfois défoncer quelques grosses portes, comme celle du Château Frontenac, dont la ferme est l’un des fournisseurs.

Poulet fermier, qui a déjà distribué ses produits aussi loin que l’Ontario ainsi que Saint-Pierre et Miquelon, veut indéniablement « d’abord nourrir son monde », son marché de proximité immédiate.
 
En 2008, en raison des conditions pluvieuses, la kabatiellose était présente dans plusieurs champs de maïs au Québec.

Le but : recentrer la mise en marché sur Lotbinière et Québec. C’est davantage vers la vente à la ferme qu’on souhaite axer les efforts. L’entreprise fait partie d’une route gourmande, Goutez Lotbinière, qui draine vers la ferme une bonne clientèle, surtout l’été. Elle compte aussi sur le Marché de solidarité régionale de Québec des Amis de la Terre pour écouler sa production, une façon facile de vendre en ne livrant qu’à un seul point de chute de la Vieille Capitale.

Pour conserver ses parts de marché, l’entreprise a aussi consenti à investir dans une mise en marché inventive, un marketing soigné et la création d’une expérience d’achat plaisante pour le consommateur. Par exemple, Michel et Valérie, cette dernière étant graphiste de profession, n’ont pas hésité à investir dans leur présence sur le Web, leur site Internet étant digne des meilleurs : bilingue, dépouillé, en ton de sépia, avec d’agréables musiques d’ambiance, illustré de multiples photos et garni de généreuses explications. On a même pensé réserver une section pour l’ajout éventuel d’une webcam pointée vers un parquet d’élevage!

Pour les visiteurs en chair et en os qui se déplacent à la ferme, de vastes fenêtres permettent de satisfaire les plus curieux et de tout comprendre de l’élevage sans même devoir ouvrir la porte et déranger les volatiles… Bref, une stratégie orientée vers l’agrotourisme.

Autre marché non négligeable, celui du fumier des animaux, très riche, et qui fait le bonheur de quelques maraîchers bio du coin. Un fumier qui est entreposé dans une fosse recouverte où sont installés des tuyaux d’aération, ce qui force le fumier à composter, même en hiver.

L’avenir passe par d’antan
Qu’il soit élevé en mode bio ou traditionnel, on penserait qu’il s’agit toujours du même Gallus gallus domesticus. Pourtant, s’il faut en croire Michel Thériault, son poulet se distingue sous la dent. Bonnes tendreté, jutosité et maigreur, très nutritif, jaune-orangé plutôt que « blanc malade »; à écouter Michel, son poulet est le meilleur! Avec une chair plus fibreuse, ce genre de poulet méritera une cuisson plus douce (300 °F) et plus longue dans la rôtissoire.

Nos éleveurs pensent à s’équiper bientôt d’une moulange, ce qui permettrait de diminuer le coût de l’alimentation et du transport des aliments.

« En biologique, être indépendant fait partie de la philosophie de production », justifie Michel. Même après sept années en production bio, la rentabilité est encore difficile à trouver. On s’active donc à chercher soigneusement les endroits où des économies, si petites soient-elles, sont possibles.

L’image du fermier de famille, Michel Thériault la cultive à fond, notamment dans une galerie de photos sur son site Internet : le 40 kg de grains sur l’épaule, le petit chapeau de campagne vissé sur la tête, un coq sous le bras et l’air songeur (pas le coq, Michel)… Une image que les consommateurs redemandent. D’ailleurs, l’éleveur a cette formule magique et paradoxale pour expliquer le besoin des consommateurs de se reconnecter aux valeurs terriennes, rurales, naturelles : « La ferme d’antan, c’est un modèle d’avenir! »
 
Le graphisme et le design du matériel promotionnel et du site Internet ont été confiés à des professionnels.
Et ça paraît!

Leur poulet fermier trouve preneur dans les grands restos. Une orientation que Michel et Valérie veulent de plus en plus prendre.

Jeunes oiseaux de race Ross. Remarquez l’éclatante luminosité apportée par la présence de fenêtres.






Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés