Les propriétaires des Bergeries du Coin ont décidé de se retrousser les manches et de vivre leur passion du mouton. Contre vents et marées.


Contre vents et marées, au sens propre comme au sens figuré, car Les Bergeries du Coin se trouvent plantées – comme le nom l’indique – à l’intersection de la route 132 et de la route de Saint-Adelme, à Matane. Le haut silo, les grosses bergeries et les bâtiments bien entretenus font qu’on ne peut pas manquer cette ferme imposante… à moins que le regard ne soit perdu dans l’éblouissante vue que l’endroit offre sur le fleuve enchanteur, sur la mer majestueuse, sur les petits moutons qui roulent en bêlant sur l’eau, comme autant de brebis égarées…
 
Line Bélanger s’est facilité la tâche avec l’installation d’un distributeur automatique d’ensilage dans la nouvelle bergerie construite en 2004.

Mais revenons à nos moutons
Oui, revenons-y. Sur la terre ferme se trouve l’un des gros troupeaux ovins du Bas-Saint-Laurent avec ses 1000 brebis qui permettent une production annuelle de 1600 à 1800 agneaux lourds.

Les brebis désaisonnalisées grâce à la photopériode sont de races Arcott Canadien et Suffolk et les béliers de race Hampshire, des races surtout reconnues pour leurs qualités paternelles (races à viande au taux de croissance intéressant et produisant de belles carcasses). À ce titre, la classification des agneaux tourne autour de l’indice 102 à un poids moyen oscillant entre 24 et 25 kg. Le sevrage de type « conventionnel » s’effectue vers 70 jours d’âge.

L’utilisation de la photopériode comme technique de désaisonnement de l’activité sexuelle des brebis, en plus d’être très économique, fonctionne admirablement bien aux Bergeries du Coin, en témoigne une fertilité variant entre 85 et 95 %. Pour Line Bélanger et Bruno Pelletier, c’est la technique adopter. Ils ont laissé tomber les éponges hormonales vaginales depuis six ans. Line pense aussi que c’est la méthode la plus naturelle et la plus acceptable pour la population parce qu’elle fait appel aux hormones naturelles que les brebis sécrètent. Seule ombre au tableau : en
voulant faire passer le nombre d’agnelage par brebis par année de 1 à 1,5, Line dit que cela épuise ses femelles. Jouer avec la nature a donc ses limites pour celle qui préfère couper la poire en deux et ajuster le taux d’agnelage à 1,3.

Une nouvelle bergerie de 550 places bien ventilée et bien adaptée pour la reproduction a été construite en 2004. Ce bâtiment est déjà utilisé à sa pleine capacité. Pour faciliter le travail, on y a installé un distributeur automatique d’ensilage.

L’entreprise est exploitée par les frères Bruno et René Pelletier et par la conjointe de Bruno, Line Bélanger. Alors que Bruno s’occupe des agnelages et des champs, c’est Line qui prend en charge la régie des accouplements, le sevrage et la gestion de l’entreprise. Le rayon de la mécanique échoue invariablement dans la cour de René, habile de la clé anglaise!

Pendant 15 ans, le père de Bruno, Benoît Pelletier, a tiré des vaches à cet endroit. À la suite d’un problème de santé, il a dû passer aux vaches à bœuf, pendant 14 ans. Puis en 1980, c’est vers la production ovine qu’il s’oriente avant de tourner, en 1996, une autre page de l’histoire en vendant la ferme à son fils Bruno. Line joint officiellement l’entreprise en 1998. René agit à titre d’employé depuis 2000.

Les propriétaires des Bergeries du Coin, Line Bélanger et Bruno Pelletier,
comptent depuis huit ans sur l’aide du frère de Bruno, René.

Pas sortis de la bergerie
Parlons-en de René. « Ça fait huit ans que René est notre employé du mois… et de l’année! » lancent à la blague Line et Bruno. La boutade n’illustre qu’une chose : trouver un employé polyvalent dans la région n’est pas facile. Tout au plus réussissent-ils à accueillir un stagiaire l’été. « Avec notre nombre de brebis et notre superficie, nous serions censés être cinq dans l’entreprise », peste Line.

Cet été, Line et Bruno ont pris trois jours consécutifs de vacances, leurs premières depuis… 12 ans. En fait, les deux dernières fois qu’ils avaient pu décrocher du boulot, c’est lorsque Bruno est entré à l’hôpital pour un accident vasculaire cérébral en 2003 et quand Line a accouché du premier enfant du couple, le petit Jacob; pas des vacances à proprement parler!

Les Bergeries du Coin tirent des revenus non seulement de la production de l’agneau,
mais aussi des grandes cultures, dont le canola et l’orge.

Le trio s’occupe aussi, à forfait avec un intégrateur porcin, de trois ou quatre lots par année de cochettes et de verrats destinés à l’exportation. Si le petit salaire permet d’apporter un peu d’oxygène aux finances, le lisier, en revanche, fait doublement l’affaire pour fertiliser leurs grandes cultures, autre source appréciable de revenus. Sur le plan de culture : 486 hectares (1200 acres) de foin, céréales, canola et maïs ensilage.

Maïs ensilage? Oui, la ferme en a cultivé pour la troisième fois en 2008. Des achats de fourrages à la qualité variable au fil des ans les ont convaincus d’en cultiver pour le rendement (un peu moins de 14 t/acre) et pour sa haute teneur en énergie.

Comme l’explique le directeur du secteur laitier/végétal chez Purdel, Philippe Bernier, le maïs ensilage donnait autrefois dans la région un bon rendement et de la qualité tout au plus une année sur cinq. Avec le développement de nouveaux hybrides (la région fait environ 1900 UTM), rendement et qualité sont désormais au rendez-vous quatre années sur cinq, selon Philippe. Alors que Matane constituait traditionnellement la limite où cultiver cette plante productive, graduellement, les frontières sont repoussées vers le nord-est.

Le maïs ensilage est principalement servi aux brebis aux périodes suivantes : après le sevrage pour les reconditionner, avant les accouplements (flushing alimentaire) et pour une partie de la gestation. On ajoute à la ration de l’orge et un supplément protéique. Tous les animaux ont accès à des pro-blocs Ovation en tout temps. À l’agne­lage, les brebis en lactation passeront à l’ensilage de foin. Les agneaux lourds sont aussi engraissés avec de l’ensilage de foin additionné d’un mélange de grains (avoine, blé et orge) et d’un supplément formulé selon les analyses de fourrages de la ferme.

Le Blues du mouton

Les moutons ont les bleus; comment faire de l’argent en production ovine? Comment se libérer le moindrement du soutien étatique? Voilà des questions laissées sans réponse, hormis le classique «soyez efficaces » qui brûle littéralement les oreilles de Line Bélanger!

Le ras-le-bol des revenus anémiques a amené la ferme à participer à un regroupement de quatre entreprises ovines qui testent, sous cahier de charges, les possibilités de produire un agneau ayant un meilleur profil d’acides gras. Les agneaux seraient élevés, abattus et transformés dans le Bas-Saint-Laurent; des agneaux pure laine bas-laurentienne! Si les difficultés techniques sont en voie d’être surmontées (notamment la digestibilité de la ration), c’est du côté de la mise en marché que tout se jouera.

En attendant, la stagnation des revenus fait fulminer Line Bélanger, qui n’est pas reconnue pour avoir la langue dans sa poche : « On est cassé comme tout le monde. C’est dur sur le moral et sur la carrosserie. Nos deux primes à l’établissement sont allées sur la chaux pour améliorer nos sols… »

Dessine-moi un mouton
Pour ces Matanais, les défis à venir se résument aisément : rentabiliser les opérations en accroissant la productivité, autant à la bergerie qu’au champ. Il faudra s’atteler à rescaper les agneaux surnuméraires, donc diminuer la mortalité néonatale. Au champ, les rendements – de 2t/acre dans l’orge – ne sont déjà pas si mal. On veut aussi cultiver davantage de céréales et de
canola, pour passer de 253 hectares à près de 364.

Autre objectif que le trio a à cœur, et non le moindre : obtenir une médaille de l’Ordre national du mérite agricole, qui constituerait un bel encouragement, dans l’état actuel des choses.


 
Un futur berger? Jacob, le fils des propriétaires des Bergeries du Coin, Line Bélanger et Bruno Pelletier.





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