La voisine d’Alain et Francine*, producteurs de grandes cultures dans la mi-cinquantaine, leur offre d’acheter sa terre de 30 ha à 11 100 $ l’hectare. Comme bon nombre de producteurs, Alain et Francine voudraient profiter de la tendance positive du marché pour prendre de l’expansion. Devraient-ils sauter sur cette occasion?

* noms fictifs


La volonté de nos voisins du sud à rencontrer l’autonomie énergétique a donné le coup de départ à cette frénésie qui entoure les biocarburants. Cette situation, en plus de la forte augmentation de la consommation des pays émergents, laisse présager que les prix des grains demeureront intéressants, du moins à moyen terme. Ainsi, la tentation d’acheter des terres est grande pour certains qui songent à prendre de l’expansion. Mais est-ce une bonne idée?

« Chaque cas est différent, ce qui veut dire qu’il n’y a pas nécessairement de bonnes ou de mauvaises réponses à cette question », explique Frédéric Fulham, agronome et directeur de compte sénior à la Banque Nationale à Drummondville.

Avant de décider si la stratégie convient à l’entreprise, il faut d’abord évaluer son efficacité et sa capacité financière pour déterminer s’il serait dési­rable d’agrandir l’exploitation. Selon M. Fulham, « il ne faut pas se leurrer, mettre des lunettes roses et se dire que tout va aller mieux en prenant de l’expansion ».

Situation des producteurs

Alain et Francine ont vendu leur quota laitier il y a une dizaine d’années pour se concentrer uniquement sur les grandes cultures. Ils possèdent 100 ha et en louent 250 de plus pour produire du maïs grain (90 %) et du soya (10 %). Étant donné qu’un de leurs fils aimerait un jour prendre la relève, le couple se demande s’il ne devrait pas augmenter ses actifs immobiliers pour ajouter de la valeur à leur exploitation.

Considérations
Le marché est peut-être favorable, mais il existe un gros bémol dans l’équation. L’augmentation du revenu brut des producteurs de céréales n’a pas automatiquement entraîné une augmentation de leur revenu net, souligne notre directeur de compte. La hausse du prix des céréales a en quelque sorte été neutralisée par les prix plus élevés des intrants et des terres agricoles. Il est donc important de bien évaluer le coût de production afin de prendre une décision éclairée. Pour ce qui est d’Alain et de Francine, il est raisonnable de croire que celui-ci serait de 1445 $ par hectare de maïs semé.

« Ces producteurs avaient un véritable dilemme devant eux, explique-t-il. Ils devaient décider s’il était préférable de ne pas acheter cette terre, d’utiliser leurs excédents pour rembourser la dette de l’entreprise et se protéger face aux imprévus, ou de l’acheter pour augmenter la valeur de leur entreprise et diminuer leur dépendance aux locations. »

Il est vrai que cette acquisition stabiliserait leurs activités agricoles. Bien qu’ils aient loué leurs 250 ha pour 5 ans, il est toujours possible que ceux-ci ne soient pas tous disponibles lorsqu’il sera temps de reconduire le bail à échéance. Alain et Francine n’auraient peut-être plus suffisamment de superficie pour faire vivre leur parc de machinerie. Le cas échéant, ils seraient forcés de vendre des actifs, selon leur endettement.

D’autre part, un ratio de dépenses de 75 %, bien que dans les limites acceptables, laisse place à l’amélioration. Selon M. Fulham, un ratio plus bas assurerait une meilleure rentabilité du projet.

Décision
Alain et Francine n’ont finalement pas acheté la terre. Compte tenu de leur âge et du fait qu’ils ne voulaient pas prendre le risque d’avoir à réduire leurs salaires afin de s’acquitter d’engagements financiers advenant un imprévu, ils ont préféré ne pas faire d’offre.

Ceux qui en ont fait l’acquisition, l’ont payé 11 600 $ l’hectare. Il s’agit de producteurs laitiers qui possédaient 90 kg/jour de quota et environ 500 hectares en grandes cultures. Ceux-ci ont un passif de 2 millions $, mais ils ont quatre fois plus d’actifs qu’Alain et Francine. Ils ont acheté cette terre par conviction.

« Lorsque vous devez prendre ce type de décision, il est important de rester le plus rationnel possible et de faire une bonne analyse de la situation. Les émotions peuvent vous jouer de vilains tours et vous plonger dans une situation peu enviable, dit M. Fulham. Dans le cas de ces deux entreprises mentionnées, les enjeux et facteurs décisionnels étaient complètement différents. Voilà pourquoi la décision de l’un est différente de celle de son voisin. »


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