Mélanie Boulet a réalisé un de ses rêves les plus chers : juger les bovins laitiers d’une exposition d’envergure mondiale. En janvier 2008, elle prenait place dans l’arène d’un événement phare d’Europe : la Swiss Expo, à Lausanne. Une consécration pour la productrice de Saint-Michel de Bellechasse et maman de trois jeunes enfants. La vive et enjouée Mélanie chérira pour toujours cette première internationale dans sa carrière de juge.

Mélanie a 36 ans. Généreuse de son temps, à l’écoute, elle déborde d’énergie. En l’observant, on la croirait nerveuse, mais il n’en est rien. C’est plutôt qu’une forte dose d’enthousiasme coule dans ses veines. C’est d’ailleurs pour cela, et pour sa grande expertise, qu’on fait de plus en plus appel à ses qualités de juge. Les femmes ne sont pas légion dans ce métier, au Québec. « Nous ne sommes que deux ou trois à le pratiquer parmi une cinquantaine d’hommes », dit-elle.

Lausanne, place aux femmes
Les organisateurs de la Swiss Expo, tenue du 15 au 20 janvier 2008, ont fait preuve d’originalité et d’audace. Ils n’ont invité que des femmes à y juger le bétail exhibé constitué de bon nombre d’holsteins rouge et blanche, à l’honneur lors de l’exposition, et très populaires auprès des producteurs helvètes.

« J’ai été reçue comme une reine, dit celle qui réussit à concilier carrière et vie de famille. Le site d’exposition est magnifique et Lausanne est une très belle ville. » Il faut compter entre 8 et 9 heures de vol pour s’y rendre. Et composer avec 6 heures de décalage horaire. Malgré tout, dès le lendemain de son arrivée en Suisse, le 16 janvier, trop excitée pour se reposer, elle assiste aux premiers jugements. « Je me suis familiarisée avec les façons de faire et j’ai fraternisé avec les juges d’autres pays, dit-elle. Il y avait, cette année, 7 races en concours et plus de 1000 animaux. Le 18, c’était mon tour. J’ai jugé 215 holsteins rouge et blanche, réparties dans 15 classes, de 8 heures à 15 heures, sans arrêt, sans pause. C’est très exigent. »

« La plus grande qualité d’un juge, c’est l’assurance, dit en substance la productrice. La deuxième, c’est d’avoir de bonnes raisons pour appuyer son jugement. Il n’y a pas d’hésitations à avoir. Comme un arbitre. On ne prend pas de notes. Les notes sont dans ma tête. Il faut écouter nos coups de coeur. Notre première impression est toujours la meilleure. » S’il y a bien quelques soirées mondaines où se rassemble le gratin de l’élevage laitier mondial, l’horaire chargé de la Swiss Expo laisse peu de répit aux participants.

Ainsi, le lendemain, elle est de retour sur le plancher des vaches, mais en tant que maître de piste, cette fois. Elle prêtera main-forte à la juge américaine pour évaluer des holsteins noire et blanche.

« Le maître de piste est essentiel au bon déroulement du jugement, indique Mélanie. Pour replacer dans le droit chemin une taure récalcitrante, par exemple. Même si on n’évalue pas le conducteur, ça prend des bêtes extrêmement bien domptées. Sinon, c’est dur à juger. »

Quels sont les principaux critères de jugement? « Un bon balancement, résume-t-elle. C’est à- dire un bon système mammaire, de bons pieds et membres, une bonne puissance laitière – largeur du poitrail, ouverture des côtes, longueur du cou – et une bonne ossature. »

D’où tient-elle son expertise? « J’ai un bon background », dit Mélanie. Et comment. Elle est la fille d’Alfred et Jeannette Boulet, maîtres éleveurs Holstein, et soeur de Pierre Boulet, producteur, as du commerce des bovins laitiers et courtier pour de très nombreux éleveurs. Dernière d’une famille de sept enfants, Mélanie a été bien entourée par une fratrie composée de trois soeurs et trois frères. Aussi, ses parents ont toujours eu l’oeil pour dénicher la perle rare. Sa mère, tout particulièrement. « Elle avait souvent le dernier mot pour l’achat d’une bête », dit-elle.

Jeune, lorsque son frère Pierre est occupé avec le commerce des animaux, Mélanie le remplace auprès du troupeau avec un autre de ses frères, Simon, qui possède aujourd’hui la ferme paternelle, et aussi décoré du titre Maître éleveur. Elle fait son apprentissage sur le tas. Elle avoue n’avoir aucune formation particulière, mais de la passion et du bonheur à revendre. Elle observe, lit beaucoup et n’hésite pas à bouger pour apprendre. À 17 ans, elle quitte son coin de pays pour suivre des cours intensifs d’anglais au Nouveau-Brunswick.

Sa lecture préférée en matière d’élevage, le magazine Holstein International, un mensuel publié en cinq langues, édité aux Pays-Bas, le berceau de la Holstein Friesian. C’est une des bibles des producteurs laitiers à l’échelle mondiale.

 
Mélanie a beaucoup d’assurance. Elle rend son
verdict rapidement.
« Les organisateurs ont eu une super idée en n’invitant que des femmes à juger tous les animaux de l’exposition, dit Mélanie Boulet. Les maîtres de piste étaient aussi des femmes.


La Ferme Arthur Lacroix ltée
Arthur et Colette Lacroix, parents de Martin, le conjoint de Mélanie, ont transféré leur entreprise au jeune couple en 2005. Martin et Mélanie ont fait fructifier l’oeuvre de leurs prédécesseurs en misant, comme eux, sur la haute productivité, la conformation exceptionnelle, la constance et la longévité des sujets. Le troupeau, au préfixe Arcroix, comprend aujourd’hui 14 EX, 61 TB, 35 BP. La production moyenne est de 11 500 kilos de lait avec 4,0 % de gras et 3,4 % de protéines. Comble de joie, les deux générations se partagent, depuis le 8 janvier dernier, le titre Maître éleveur décerné par l’association Holstein Canada (voir le reportage à paraître dans l’édition de juillet-août 2009).

Les propriétaires de la Ferme Arthur Lacroix ont décroché le très convoité titre Maîtrre éleveur en
janvier dernier.


Juge 101
Bien entendu, on ne s’improvise pas juge. En mai 1997, Mélanie se présente à l’école des juges de l’association Holstein Québec. Bien décidée à se frayer un chemin dans ce milieu. Première étape : pour pratiquer ce métier, il faut être neutre. Deuxième étape : passer devant le comité de jugement. « Que vas-tu faire dans un milieu d’hommes? » lui demande-t-on. « Je préfère travailler avec les hommes, répond-elle sans hésiter, j’ai toujours été entourée d’hommes. »

Troisième étape : l’évaluation. D’abord théorique. Elle doit juger des animaux à partir de photos et justifier ses choix. Tous les caractères laitiers y font l’objet de questions pointues de la part du co-mité. Quatrièmement : après la théorie, la pratique. Dès le lendemain. Six ou sept classes de vaches avec, dans chacune d’elles, six à huit bêtes. Elle doit identifier les meilleures, les classer et expliquer clairement ses choix.

Une fois les évaluations complétées, il faut patienter cinq mois. Les résultats ne sont divulgués qu’en octobre. Une éternité. Mélanie réussit haut la main ses examens. Mais attention, on ne file pas pour autant à Toronto ou Madison avec son diplôme en poche. Une cinquième étape s’impose. « On est d’abord aspirant-juge pendant quelques années avant de devenir juge officiel, explique Mélanie. Et pour être juge officiel, il faut en faire la demande écrite à Holstein Québec. On estimera alors les résultats accomplis. Une fois que tu es juge, tu seras éventuellement coté parmi tes pairs.

 
Mélanie Boulet et Arcroix Dolman Now qui a remporté, en 2008, à Saint-Anselme, le titre 1 an junior (1er prix).

Chaque année on peut passer un examen pour se mettre à niveau. Il n’est pas obligatoire, mais on apprend des autres. Quand on ne fait plus appel à nous, il faut se poser des questions... »

Pour apprendre, il faut voir beaucoup d’expositions, dit-elle. C’est très important. Quelques jours après l’entrevue qu’elle accordait au Coopérateur, Mélanie s’envolait pour Toronto, pour assister à La Royale. Elle s’est aussi déjà rendue à la World Dairy Expo de Madison à deux reprises.

Faire son chemin
Son premier contrat, Mélanie le décroche auprès des Jeunes ruraux, en mai 1998. « Ç’a très bien été, dit-elle. Depuis, j’ai toujours eu du travail. » Elle juge trois ou quatre expositions par année: Huntin-gdon, Saint-Félicien, Coaticook, Amqui, Portneuf, Lotbinière. Mais elle ne fait pas que juger. Elle expose, aussi. Cinq ou six bêtes chaque année. L’été dernier, la ferme Arcroix a décroché les titres 2e Exposant et 2e Éleveur Junior à l’exposition de Saint-Anselme.

Mélanie a beaucoup de soutien de Martin et de ses beaux-parents. Le couple n’a pas d’employé, mais une gardienne à la maison pour s’occuper de Jason, 11 ans, Allison, 9 ans et Marc-Antoine, 6 ans. Ce qui lui permet de s’adonner librement à sa passion. En participant à la Swiss Expo, grâce à l’appui de James Peel, directeur de Holstein Québec, qui avait chaudement recommandée sa candidature, Mélanie a relevé un grand défi. « Un véritable challenge », dit-elle. Mais on ne rêve pas qu’une fois. Toronto et Madison sont maintenant dans sa ligne de mire…


Exposition 101
Quel préparatif le jugement d’une exposition te demande-t-il?
Il faut être bien reposée, se concentrer et contrôler son tract. Certains abandonnent, car ils ne peuvent subir la pression ou accepter les critiques.

Quel est ton style?
Je rends mon verdict rapidement. C’est parce que je suis sûre de moi.

Combien de temps te faut-il pour juger une bête?
De 1 à 2 minutes par animal, soit environ 20 minutes par classe.

A-t-on déjà contesté tes décisions?
Non. Mais en tant que femme, on se fait surveiller. On a moins droit à l’erreur. On entendrait une mouche voler quand on prononce notre jugement. Les producteurs ont travaillé fort pour amener leurs animaux là. Les expos leur sont utiles pour la vente de sujets et d’embryons. Le jugement est important pour eux. On essaie qu’il soit le plus équitable possible. Il faut respecter le jugement, même si on n’est pas toujours d’accord.

Quelles différences vois-tu entre les expositions d’Europe et d’Amérique?
Aucune. Toutes sont très professionnelles et impartiales. En Suisse, on prête beaucoup attention à la santé de la bête et à ses caractéristiques mammaires. Ils utilisent très souvent les taureaux du Québec, qui ont une réputation internationale. À Madison, parmi les 26 pays participants, le Québec a obtenu cinq meilleures vaches et génisses. Il n’y a pas de favoritisme.

Quelle est, selon toi, l’exposition la plus prestigieuse?

Toronto et Madison arrivent ex aequo.

Les éleveurs doivent-ils favoriser les grandes vaches?
Si les vaches possèdent d’abord des caractéristiques laitières bien équilibrées, la grandeur et le poids sont des atouts.

Te laisses-tu influencer par la passé d’une vache?
Non. Il faut juger au jour le jour, même si son passé est excellent. On n’est pas toujours en forme, les vaches non plus.

Quelle satisfaction tires-tu à juger des animaux?
J’éprouve une grande satisfaction personnelle à réévaluer les races qui sont en constante évolution. Aussi, une récompense, pour moi, c’est choisir la bonne vache qui fera son chemin dans d’autres expositions.


L’alimentation du troupeau Arcroix
Expert-conseil :
Dominique Buteau, T.P. La Coop Rivière-du-Sud

Veaux :
Goliath 19 et foin 14 % p.b.

Génisses (élevage) :
Goliath 40, maïs humide, foin sec

Génisses (exposition) :
Goliath Expo et foin sec

Taures gestantes :
Ensilage de graminées, supplément commercial
et Pro-taure

Vaches taries :
Pro-bloc 305, minéraux vaches taries, ensilage de graminées

Vaches (préparation au vêlage) :
Transilac 14 %,
ensilage de graminées

Vaches en lactation :
supplément personnalisé,
supplément symbiose profil, Palmit 80, minéraux cubes, maïs humide (Pulp o Zyme), ensilage luzerne mil 19 % protéines, ensilage de maïs, foin sec de graminée



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