Sous l’inspiration de Chrysalide, trois coopératives du Centre-du-Québec ont décidé de faire ménage à trois et d’unir leurs opérations meuneries et leurs services-conseils en production porcine, pour le meilleur et pour l’avenir. Un mariage réussi ayant obtenu la bénédiction de tous. Amen!.




Sous l’inspiration de Chrysalide, oui, mais il faut dire que les tractations pour en venir à un regroupement allaient déjà bon train même avant que le mot Chrysalide soit sur toutes les lèvres. Comme le mentionne Yves Garceau, aujourd’hui coordonnateur des productions porcines pour les coops Bois-Francs, Appalaches et Disraeli, « vaut peut-être mieux s’organiser soi-même que de se faire organiser »; les époux sont généralement malheureux quand le mariage est forcé!

Il y avait déjà une amorce de collaboration entre les trois coopératives avec l’Association de groupes d’éleveurs en production porcine (Agrepp) de l’Érable, qui permettait une comparaison des performances entre les fermes de la région. La Coop des Bois-Francs et La Coop des Appalaches partageaient aussi une structure de multiplication génétique, la Société Hybrilia, ce qui a certainement facilité les rapprochements.

Optimisation des meuneries

Tout a commencé en novembre 2005. La Coop Disraeli, faisant face à des investissements majeurs rendus nécessaires dans sa meunerie, décide de faire fabriquer ses moulées porcines par La Coop des Bois-Francs. Puis, l’idée d’une spécialisation fait son bout de chemin dans les esprits. On devra attendre mars 2008 avant que les meuneries de La Coop des Bois- Francs (Victoriaville) et de La Coop des Appalaches (Lyster) se spécialisent définitivement dans les moulées pour monogastriques et polygastriques respectivement.

Avant cela, les deux meuneries fabriquaient tous les types d’aliments, un certain illogisme quand on prétend à la force d’un réseau.
 


De gauche à droite :Yanick Dubois (vétérinaire), Jean-François Blais (secteur de la génétique), Audrey Martel (secteur maternités), Jean Gauthier (secteur des ventes), Alexandre Larochelle (secteur maternités), Sébastien Turcotte et Martin Carrier (secteur engraissement et élevage à forfait)
et Martin Choinière (vétérinaire).

François Garneau, directeur de la meunerie de Victoriaville et du centre des grains : « La taille des lots de fabrication s’est décuplée. Alors qu’on fabriquait jadis des lots aussi petits que quatre ou cinq tonnes, on brasse aujourd’hui des recettes aussi volumineuses que 80 ou 100 tonnes, sur deux quarts de travail totalisant 20 heures par jour. Du coup, la productivité est augmentée puisque nous faisons moins d’arrêts entre les lots pour nettoyer nos lignes de production. L’uniformité de la qualité est aussi bien meilleure et le risque d’erreur moindre. De plus, nous ne fabriquons plus de rations destinées à des ruminants, ce qui allège de beaucoup les inspections de l’Agence canadienne d’inspection des aliments et la bureaucratie qui y est associée. » Éventuellement, François Garneau aimerait réaménager ses silos pour adapter sa capacité de stockage aux besoins réels.

La spécialisation des meuneries présente quand même ce paradoxe : La Coop des Bois- Francs, située dans le bassin laitier par excellence du Québec, ne fabrique plus que des moulées porcines et avicoles, alors que La Coop des Appalaches, reconnue pour ses producteurs de porcs performants, n’élabore plus aujourd’hui que des aliments pour les ruminants.

Tour du chapeau
Il n’y a pas que les meuneries qui ont été optimisées. Les ressources humaines ont aussi été ciblées. Si bien qu’Yves Garceau a aujourd’hui la vive impression de diriger une équipe de hockey, une équipe de rêve

Posté derrière le banc des joueurs dans son rôle d’entraîneur-chef, il peut compter sur une adjointe en or au nom de Marylène Martineau, ancienne responsable des productions porcines à La Coop des Appalaches et agronome versée dans les aspects économiques liés à la production porcine. À leurs côtés, deux vétérinaires, Yanick Dubois et Martin Choinière, jouent le rôle de « soigneurs » ou de médecins d’équipe. Sur la glace, les défenseurs Sébastien Turcotte et Martin Carrier (expertsconseils en engraissement et élevage à forfait), les ailiers Audrey Martel et Alexandre Larochelle (experts-conseils en maternité), le joueur de centre Jean Gauthier (expert-conseil dédié aux ventes) et le gardien de but Jean-François Blais (expert-conseil au secteur génétique) conjuguent leurs efforts pour atteindre les buts.

Et c’est sans compter les propriétaires de l’équipe, les membres des trois coopératives, qui semblent, selon Yves Garceau, apprécier les performances de l’équipe. Résultat? Un tour du chapeau signé Centre des services de l’Érable, la nouvelle entité chapeautant les productions porcines des trois coopératives. Une entité toute virtuelle, puisque les bureaux des conseillers sont demeurés dans leur coop d’origine, restée 100 % indépendante.

En somme, c’est en quelque sorte un partage de ressources humaines, ressources qui ont dû se spécialiser dans les domaines qu’ils ont euxmêmes librement choisis, en fonction de leurs intérêts personnels pour un secteur ou l’autre : maternité, engraissement, ventes ou génétique.

Les membres ont donc aussi collaboré, en acceptant bien souvent de changer d’expert-conseil. Mais ils y gagnent puisque leur conseiller sera à la longue doublement compétent en développant une expertise pointue dans son domaine, ce qui était moins vrai auparavant étant donné que les conseillers touchaient à tout. Imaginez! C’est comme si on demandait, avant la réorganisation, à Carey Price d’exceller au centre d’Andrei Markov et Mike Komisarek, alors que Saku Koivu gardait les buts, fl anqué de part et d’autre par Alex Kovalev et Alex Tanguay… Tous d’excellents joueurs certes, mais c’est à leur position qu’ils sont les meilleurs.

Bien sûr, les experts-conseils doivent voyager beaucoup plus pour couvrir le territoire des trois coops regroupées, ce qui exige un peu plus de planification quant aux déplacements. Pour ce qui est des réunions d’équipe, elles sont tournantes et se tiennent à tour de rôle dans une coop ou une autre.

Double défi
L’association des trois coopératives a représenté tout un défi technique. Mais c’est davantage le défi humain qui a mis à l’épreuve Yves Garceau, l’obligeant à mettre à pied deux personnes, l’une des tâches les plus diffi ciles qu’ait eu à faire cet agronome qui oeuvre en production porcine depuis sa sortie de l’université. C’est qu’il fallait impérativement faire correspondre les ressources aux besoins.




Autre défi, la gestion administrative du regroupement, qui est encore perfectible, affirment Yves Garceau et Marylène Martineau. Mais plus le temps passe, plus des solutions sont imaginées pour diminuer les irritants. À titre d’exemple, les dépenses en salaires, formations et déplacements des experts-conseils sont réparties parmi les trois coopératives selon les tonnages associés à ces dépenses.

« La force de ce projet de réorganisation de nos activités meuneries et de services conseils, c’est qu’il a été initié par nous-mêmes et officialisé par nos directeurs généraux et nos conseils d’administration, juge Yves Garceau. Nous l’avons fait par choix. En fin de compte, Chrysalide n’aura que précipité les choses pour nous; elle nous a aidés à tourner la clé qui était déjà dans le contact. » Bref, un changement venu d’en bas plutôt que d’en haut.

Intérieur de la meunerie de Victoriaville où on fabrique des moulées pour monogastriques.

Marylène Martineau : « Chacun a ses idées, mais on ne peut pas tout avoir. Il faut aussi donner, laisser aller. En fin de compte, tout le monde doit gagner. » Yves renchérit : « Le but n’est pas de sauvegarder des chasses gardées. C’est plutôt de diminuer les coûts et d’être plus efficace, au bénéfice des producteurs. En somme, il a fallu mettre de l’eau dans son vin et accepter l’uniformisation des façons de faire. » Et les résultats? D’abord, l’alliance à laquelle se sont prêtées les coopératives aura permis de mieux connaître les coûts de production associés aux opérations en meunerie, au transport des moulées et des animaux et au service à la clientèle. Ensuite, bien que les économies soient encore difficiles à chiffrer en raison du peu de temps depuis la fusion des opérations, on anticipe vivement des gains économiques au profit des membres. Le mariage sacré pourra alors être célébré, l’union consommée. Alléluia!

Le lexique de Chrysalide
Sans se consulter, Yves Garceau, anciennement
responsable des productions porcines à La Coop< des Bois-Francs et Marylène Martineau, au même poste, mais à La Coop des Appalaches, ont donné trois mots chacun qui décrivent bien leur projet de regroupement.

 
La production s’effectue sur deux quarts de travail totalisant 20 heures par jours, cinq jours par semaine.




 


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