Petite fille, Isabelle Bélanger se levait tôt pour aller traire les vaches avec son grand père. À l’adolescence, elle s’implique activement à la ferme. Après ses études universitaires, elle fonde sa propre entreprise ovine. Pour elle, être agricultrice c’est être à la fois une gestionnairechef d’entreprise, une éleveuse, une femme et une mère. Rencontre avec Isabelle Bélanger, Jeune agricultrice de l’année 2008, pour qui l’agriculture est une vocation!

Une reconnaissance bien méritée

Après deux nominations comme Agricultrice de l’année dans son syndicat de base de l’Islet-Sud, Isabelle a été nommée Agricultrice de l’année au Gala reconnaissance, organisé par le Syndicat des agricultrices de la Côte-du-Sud, en mars 2008. Elle devançait donc six autres candidates et ainsi, devenait admissible à la sélection du concours national.

À la soirée Saturne, tenue le 18 octobre à Drummondville, toute sa famille était présente. Même une partie de sa belle-famille l’accompagnait. Avec une délégation de 53 personnes, la Fédération de la Côte-du-Sud était fièrement représentée.

Une grande nervosité l’habitait tout au début de la soirée. Elle n’arrivait pas à voir ce qui se passait autour d’elle. Lorsque qu’est venu le temps de nommer sa catégorie, Stéphanie Hamelin, conseillère en développement des affaires à la Fédération des caisses Desjardins du Québec, décrit la récipiendaire comme une personne persuasive. À ce moment, sa soeur Mélanie et elle croisent leurs regards avec déception, ne se considérant pas persuasive... Comme quoi les septiques peuvent toujours être confondus. Quelques instants plus tard, elle se retrouve sur scène comme Jeune agricultrice de l’année!

Pendant que ses parents et même son conjoint, remplis d’une immense fierté, versaient la petite larme de l’émotion, Isabelle, en contrôle d’ellemême et heureuse, livre un très bon discours de remerciement. Elle en profite pour passer quelques messages. « C’est important de faire découvrir tôt l’agriculture à nos jeunes, puis de leur en parler de manière positive pour les amener à aimer ça… Il faut arrêter de sous-estimer ce métier. Nous ne sommes pas des manoeuvres, mais des chefs d’entreprise. » Quel plus beau message à transmettre aux générations futures de femmes agricultrices!

Enfin, munie de son titre de Jeune agricultrice de l’année, elle espère mieux faire connaître le milieu agricole, démontrer à de jeunes filles qu’il est possible d’arriver à leurs fins et de réaliser leurs projets.

Des débuts prometteurs
Passionnée des animaux, elle a toujours oeuvré dans le secteur de l’agriculture. Inscrite au Cégep de Lévis-Lauzon dans l’espoir de poursuivre en médecine vétérinaire, il ne lui manquait que 0,2 sur sa cote de rendement Z pour que les portes de la faculté de Saint-Hyacinthe s’ouvrent à elle. Quelle ne fut pas sa déception! En consolation, elle choisit l’agronomie à l’Université Laval. Son but : se réinscrire plus tard en médecine vétérinaire. Séduite par l’agronomie, elle termine son baccalauréat dans cette discipline.

Pendant ses études universitaires, elle fait quelques stages comme représentante en productions végétales et animales dans le milieu coopératif avant d’être embauchée par La Coop Montmagny. Elle considère le travail dans le milieu coopératif comme sa meilleure école. « Lorsqu’on est sur le banc d’école, c’est essentiellement théorique. La formation dans le réseau La Coop, c’est pratique.»

Quelque temps plus tard, elle quitte son poste de représentante, trouvant que ses actions n’étaient pas assez concrètes sur le terrain. Elle se tourne alors vers l’entreprise de son père, car Isabelle était prête à prendre la relève. En parallèle, sa soeur aînée, Carolyne, travaillait depuis une dizaine d’années à la ferme, mais n’avait pas de parts dans l’entreprise. Est-ce qu’il y avait assez de place pour les faire vivre son père, sa soeur et elle? Après plusieurs jours de réflexion, ils en viennent à la déchirante conclusion que non.

Loin de s’apitoyer sur son sort, elle trouve vite un poste de conseillère au syndicat de gestion du Témiscouata, à plus de deux heures et demie de route de Saint-Pamphile. Poste qu’elle occupe pendant un an et demi. Professionnellement, elle aime bien son travail, mais est loin des siens et du terrain. Pendant l’été, elle pense souvent à sa famille qui ramasse le foin pendant qu’elle se trouve dans une salle climatisée devant son ordinateur… Cet emploi lui permet toutefois d’amasser de l’argent et faire sa première mise de fonds pour sa bergerie.

Elle fonde son entreprise ovine en juillet 2002 avec l’aide précieuse de son conjoint. En location dans une ferme au village, les revenus de la bergerie ne permettent malheureusement pas de faire vivre deux adultes. Son conjoint conserve son emploi à l’extérieur. Au début, son troupeau dénombre 80 brebis. Avec le temps, il s’élargit jusqu’à atteindre maintenant quelque 150 brebis et agnelles, dont 90 % sont de race pure Arcott Rideau. Isabelle produit essentiellement de l’agneau lourd et vend à l’Agence de vente de la Fédération des producteurs d’agneaux et de moutons du Québec, ainsi qu’à une clientèle diversifiée.

La ferme Belica est séparée par deux sites: Ci-dessus: la ferme laitière du rang double.
 
Derrière toute grande femme, il y a un homme…
Comme elle l’écrit dans son dossier de candidature, à l’âge de 14 ans, Isabelle tombe follement amoureuse de son voisin, Raynald Jalbert, que son père engageait pour faire la récolte des foins. De leur union sont nés Benjamin et Yanice, âgés respectivement de six et trois ans. N’étant pas prédestiné au milieu agricole, Raynald a fait des études en technique d’automatisation industrielle. Il travaille dans l’industrie privée jusqu’en 2005, année où le couple reprend la ferme laitière du père d’Isabelle.

Lorsqu’Isabelle est à l’université, Raynald y suit en même temps un certificat en production laitière. Cette formation lui permet de se familiariser avec le monde agricole et influence peut-être sa décision de laisser tomber le monde industriel.

 
Isabelle est passionnée des animaux. Lorsque le photographe a commencé à prendre des photos à la bergerie, cette brebis s’est tout de suite approché d’Isabelle pour poser!
Un transfert rapide
Habituellement, dans un transfert de ferme, il y a une période de cogestion entre les parents et les enfants. Pour Isabelle et Raynald, il n’y a pas ce laps de temps qui permet, certaines fois, aux nouveaux gestionnaires de calmer leurs ardeurs de grandeur et, aux futurs retraités, de transmettre leur savoir et leur expérience.

Au mois d’août 2005, Carolyne quitte la ferme afin d’entreprendre des études en soins infirmiers. Un peu avant son départ, leur père, Gaétan Bélanger, a une petite attaque cardiaque, le forçant à ralentir ses activités. Dans la même période, la mère de Gaétan est placée dans un centre hospitalier de soins à longue durée, car ce n’était plus possible qu’elle habite seule dans sa maison du village de Saint-Pamphile. Les parents d’Isabelle déménagent au village occupant la maison de la grand-mère devenue vacante.

Catapultés dans l’action, Isabelle et Raynald se sont retrouvés rapidement propriétaires d’une ferme laitière. En plus, Isabelle tombe enceinte de leur deuxième enfant au même moment. Enfin, ils déménagent leur petite famille au rang Double de Saint-Pamphile, eux qui s’étaient construit une maison quelques années auparavant, un peu plus loin à l’extérieur du village. Bref, une grosse année!
 
Un système de partage des tâches permet à Isabelle et son conjoint de toucher à l’entreprise laitière et ovine tout en étant présents auprès de leurs enfants.

Un nouveau style de gestion

Sans période officielle de cogestion, mais avec une solide expérience, Isabelle et Raynald ont beaucoup appris d’eux-mêmes dans leurs premières années d’agriculture laitière. En tant que technicien en automatisation industrielle, le travail de Raynald consistait essentiellement à optimiser le temps pour que l’industrie produise.

À titre d’agriculteur, cette gymnastique est beaucoup plus difficile à implanter. Quoique Raynald et Isabelle ont organisé leur travail à la ferme pour être le plus efficace possible tout en conciliant leur rôle de parents et d’agriculteurs. Un horaire bien défini laisse à chacun le temps de participer tant à l’entreprise ovine qui est située au village qu’à l’entreprise laitière qui est sur leur terre. De plus, cette gestion leur permet d’être actifs auprès de leurs enfants sans perdre de temps dans l’accomplissement de leurs tâches à la ferme. Isabelle peut aussi compter sur un vacher de remplacement sur demande, d’une aide familiale, d’un employé temporaire, d’un stagiaire de l’étranger (Europe) l’été, d’un stagiaire de l’école secondaire et de la précieuse aide de son père présent matin et soir pour la traite.

Des projets plein la tête
La planche à dessin d’Isabelle est pleine. Fonceuse et ambitieuse, elle et son conjoint pensent toujours à de nouveaux projets. Les plus imminents? Finaliser ce qu’ils ont commencé, c’està- dire terminer la fosse et accroître le troupeau laitier jusqu’à 40 vaches. Ils aimeraient beaucoup déménager la bergerie sur le site de la ferme laitière. Ardente défenseure de l’achat local, elle offre ses produits d’agneaux et de veau à une clientèle très diversifiée. De plus, Isabelle travaille présentement à la transformation de ses produits d’agneau pour permettre à un maximum de gens d’apprécier la qualité de son travail. Beaucoup de projets à concrétiser, autant en réflexion et plusieurs années devant elle pour les réaliser.



 


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